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En élevage bovin allaitant, des solutions pour maîtriser son coût alimentaire

Comment éviter un dérapage des coûts alimentaires avec l’envolée du prix des matières premières suite à la guerre en Ukraine ?

Publié le par Jérémy Douhay (Institut de l'Elevage)
Alimentation - Abreuvement Coûts de production Bovin viande
Une des conséquences les plus préoccupantes de la situation en Ukraine sur les élevages et les entreprises des filières de ruminants reste la flambée du coût des matières premières (énergies, fertilisant, céréales…). Celle-ci affecte déjà les coûts de production des systèmes allaitants français. Pour en limiter les effets, les conduites alimentaires des bovins allaitants en phase d’élevage et de finition peuvent être raisonnées selon son système de production.

Recommandations pratiques pour maîtriser le coût alimentaire sur son cheptel d’élevage

Les rations rencontrées en élevage allaitant comportent généralement moins de 25 % de concentrés sur le total distribué au cheptel reproducteur (< 3 kg/tête/jour) tandis que cette proportion est variable en finition et dépend de la nature du régime alimentaire et du niveau de performances visé.


La réduction du coût de l’alimentation doit être raisonnée en fonction des objectifs de production recherchés par l’éleveur (niveau de croissance, état de finition…) et des compensations biologiques entre l’alternance des périodes d’alimentation restreintes ou non. Favoriser la consommation de fourrages (pâturage ou stocks) par le troupeau reproducteur ou les animaux en finition permet également de répondre à cet objectif, notamment en réduisant le recours aux concentrés. Une analyse de la valeur alimentaire des fourrages assure un meilleur ajustement des apports aux besoins des animaux. Les concentrés représentent un poste de charge alimentaire important. Cette note ambitionne donc de réduire leur utilisation ou de les consommer autrement.

Optimiser son pâturage pour économiser un maximum de concentrés : mise à l’herbe précoce et pâturage tournant

La saison de pâturage est désormais lancée en France. Pour valoriser au mieux l’herbe de printemps, une transition alimentaire progressive au moment de la mise à l’herbe est nécessaire. En effet, l’herbe de printemps est riche en eau, en énergie et en azote, mais elle est pauvre en fibres, en sodium et en magnésium. Celle-ci est donc très appétente ce qui va entraîner une ingestion importante avec un transit trop rapide qui ne permet pas une valorisation optimale. Que faire ? Apporter un fourrage grossier (foin ou paille) lors de la mise à l’herbe durant 2 à 3 semaines en évitant les enrubannages ou les foins de deuxième coupe. Les animaux mettent souvent quelque temps (entre 5 à 10 jours), pour ressentir les effets laxatifs de l’herbe jeune. Bien veiller également à lâcher les animaux « panse pleine » en leur mettant à disposition de l’eau propre et du sel.


La mise à l’herbe doit s’effectuer à 300 °C jour dès lors que les sols sont portants et que la hauteur d’herbe avoisine 9-10 cm (herbe à la cheville) afin d’avoir une herbe feuillue de bonne valeur nutritive. En début de saison, l’herbe pâturée est un fourrage équilibré qui ne nécessite pas de complémentation. Elle contribue donc à l’équilibre de la ration et permet d’économiser des concentrés.


Tout au long de la saison de pâturage, la conduite en pâturage tournant permet une meilleure valorisation du potentiel herbager et une réduction des besoins en concentrés, d’autant plus si les prairies sont riches en légumineuses. Les repères de conduite permettent de valoriser au mieux la ressource en herbe en se calant sur la physiologie de la végétation : 4-5 parcelles au printemps (35 ares/Equivalent vache/veau), été/automne : 4-6 parcelles après agrandissement (65 ares/Equivalent vache/veau).

Faucher précocement pour des stocks de qualité et des économies de concentrés 

Produire des fourrages plus riches en énergie et en matières azotées est une stratégie gagnante pour réduire les apports en concentrés azotés de la ration. Cela passe par l’optimisation du stade et de la technique de récolte. Par exemple, un gain de 8 g PDIE/kg MS d’ensilage d’herbe en ensilant précocement (1 semaine avant début épiaison au stade feuillu) est possible. De plus, le fourrage sera moins encombrant et plus riche en énergie, ce qui améliorera l’ingestion. Pour un troupeau de 70 vaches allaitantes alimentées en bâtiment pendant 200 jours, l’introduction de 3 kg de MS d’ensilage d’herbe/vache/jour dans la ration hivernale représente une économie de l’ordre de 3 tonnes de tourteau de soja/an. A moyen terme, une réflexion peut être conduite sur la nature des prairies. En effet, dans certains systèmes avec des terres labourables, l’installation et la valorisation de prairies multi-espèces améliore le rendement (1,5 TMS/ha/an de plus qu’une association RGA/trèfle blanc) et la valeur alimentaire des prairies (avec plus de 40 % de légumineuses dans le mélange, le rapport PDIN/UFL est égal ou supérieur à 90). 

Gérer la complémentation des broutards au pré selon la pousse de l’herbe

L’efficacité de la complémentation des veaux sous la mère au pâturage, mesurée dans différents essais, varie fortement en fonction de la disponibilité en herbe. Ainsi, une réduction de 1 kg par jour de l’apport de concentrés se traduit par une baisse de la croissance des veaux de l’ordre de 120 à 300 g/j. La réduction d’apport de concentrés permet une ingestion supplémentaire d’herbe presque équivalente à condition qu’elle soit disponible sur la parcelle. 
Le graphique illustre l’évolution de la consommation de concentrés par un veau allaitant Charolais de 4 mois et de 180 kg vifs avec des concentrés à volonté sur les 100 derniers jours avant le sevrage au pâturage selon la qualité de l’herbe disponible (2 situations : herbe limitante et non limitante). Le graphique montre que la consommation de concentrés par des veaux nés en hiver augmente de façon quasi linéaire au fil des semaines, lorsque la distribution est faite à volonté au pâturage. La consommation de concentrés par les broutards varie en fonction de la qualité de l’herbe offerte. Après 100 jours de complémentation, elle serait limitée à moins de 3 kg/jour avec une herbe de bonne qualité mais serait supérieure à 5 kg/jour avec une herbe de faible qualité.

 

Un bon moyen de réduire la dépendance en concentrés et l’impact d’un surcoût est donc d’améliorer la gestion du pâturage. Les essais conduits à la ferme de Jalogny sur des veaux mâles nés à l’automne montrent qu’avec une conduite en pâturage tournant optimisée, en maîtrisant les hauteurs d’herbe à chaque entrée (entre 9 et 15 cm) et sortie de parcelle (entre 4 et 6 cm), une économie de 100 kg de concentrés/veau est possible sans détérioration des performances.

Rations hivernales, en vêlage d’automne : réduire l’apport de concentrés pour les vaches

Une réduction des apports de concentrés jusqu’à 1,5 kg/vache/jour pendant 2 à 3 mois sur la seconde partie de l’hiver est possible. En pratique, cela correspond à une suppression de l’apport de concentrés pour les multipares. En contrepartie, une perte d’état corporel de l’ordre de 0,2 point et une diminution de la croissance des veaux d’environ 100 g/j sont attendues. Si les fourrages sont distribués à volonté, la consommation supplémentaire de fourrages permise par la réduction des concentrés viendra atténuer ces effets. Suite à une période de restriction, le pâturage de printemps permettra une reprise d’état corporel des vaches plus rapide et une stimulation de la production laitière. Trois conditions sont toutefois nécessaires pour réaliser cette économie de concentrés :

 

  1. Disposer de fourrages de qualité (selon les recommandations du tableau ci-dessous) et en quantité suffisante pour terminer la période hivernale,
  2. Avoir des vaches avec une note d’état corporel moyenne de 2,0 en milieu d’hiver,
  3. Avoir des disponibilités de surfaces pâturées au printemps et optimiser la conduite au pâturage afin d’avoir suffisamment d’herbe jusqu’au sevrage des veaux.

Recommandations des qualités de fourrages à récolter pour les rations hivernales (vache Charolaise de 750 kg vifs, NEC inférieure à 2)

 

 

 

Densité énergétique (UFL/UEB)

 

Densité protéique (PDI/UEB)

 

Stade de récolte maximum recommandé

 

Vêlage début/milieu d’hiver

 

0,64

 

60

 

Epiaison

 

Vêlage de fin d’hiver/début de printemps

 

0,57

 

53

 

Epiaison

 

Vêlage de fin d’été/automne

 

0,62

 

58

 

Début épiaison

En vêlage de fin d’hiver : supprimer l’apport de concentrés pour les vaches

Avant de supprimer l’apport de concentrés dans les rations, il faut d’abord s’assurer que l’on dispose de stocks fourragers de qualité « ordinaire » (selon les recommandations du tableau ci-dessus) et que les animaux l’ingèrent en quantité suffisante (environ 1,6 kg de MS ingérée/100 kg de poids vif avant le vêlage et 1,8 kg de MS ingérée/100 kg de poids vif un mois après le vêlage). Sans apport de concentrés et avec des animaux en bon état corporel en début d’hiver, la note d’état corporel moyenne des vaches passera de 3 à 2 durant la période hivernale, ce qui correspond à une perte de poids d’environ 50 kg vifs en considérant des vaches de 750 kg vifs. Au printemps, la reproduction ne posera pas de problème dans la mesure où l’herbe disponible servira de flushing naturel et permettra une reprise de poids rapide. 

Ne pas négliger les femelles mises à la reproduction en bâtiment

Durant cette phase du cycle de production, il faut impérativement que les vaches soient en situation de reprise de poids. Pour cela, il est nécessaire de déterminer la valeur alimentaire des fourrages, le taux de matière sèche de l’ensilage le cas échéant, et les quantités distribuées de fourrages. Si les besoins ne sont pas couverts, une quantité de concentré énergétique et/ou protéique sera ajoutée pour équilibrer la ration. Une analyse de fourrages et un contrôle par pesée des quantités offertes peuvent permettre d’économiser jusqu’à 1 kg de concentrés par vache et par jour. Pour limiter la durée de distribution du concentré, la période de reproduction pourra être limitée à une période de 2 à 2,5 mois.

Réduire la part de concentrés en ration mélangée

Dans les systèmes allaitants qui utilisent des mélangeuses, le principe est d’alloter les mères en fonction de la date de vêlage prévue ou réalisée. Lorsque primipares et multipares sont mélangées dans une même case, la distribution d’une ration mélangée unique, conduit à une mauvaise répartition de l’alimentation apportée, à cause de la différence de capacité d’ingestion des jeunes et des adultes (10 à 15 % d’écart). Dans ce cas, la ration conduit à un état corporel des adultes plus élevé et souvent excessif (vaches grasses) et se révèle finalement coûteuse. Il est donc possible de supprimer les apports de concentré énergétique et azoté dans le mélange (sauf les minéraux) et de limiter la distribution de concentrés aux seules primipares (en les bloquant au cornadis le cas échéant).

Remplir la capacité d’ingestion des vaches à 80 %

Dans les systèmes avec ensilage de maïs, un état corporel des vaches excessif est souvent constaté en période hivernale. Dans cette situation, les régimes alimentaires manquent en général de fibrosité et sont de fait, ingérés en trop grande quantité. La marge de manœuvre ne porte pas sur la réduction de la complémentation mais plutôt sur une diminution globale des quantités apportées. En effet, il n’est pas toujours nécessaire de saturer la capacité d’ingestion des vaches et une alimentation rationnée sur certaines périodes peut parfois permettre des économies substantielles. Des observations réalisées à la ferme de Jalogny montrent qu’à défaut de pouvoir apporter de la fibre complémentaire (paille ou foin), des vaches et génisses alimentées à hauteur de 80 % de leur capacité d’ingestion ne posent pas de problème de comportement. Ce type de rationnement en hiver peut être compensé par de bonnes performances lors de la mise à l’herbe.

Jouer sur la croissance compensatrice des génisses d’élevage

Après la puberté (autour de 450 kg vifs), les génisses tolèrent des fluctuations de croissance. La réduction de 1 UFL du niveau énergétique de la ration (soit 1 kg de céréales) se traduira par une baisse de la croissance de 200 g/j, soit 10 à 20 kg de poids vif en moins qui sont « rattrapables » lors de la mise à l’herbe au printemps. Cette stratégie peut être mise en œuvre à deux conditions :

  • La ration doit être bien équilibrée, notamment en azote ; ne pas réduire excessivement les apports de tourteau si les fourrages sont pauvres en matière azotée ; complémentation minérale indispensable : pour une génisse Charolaise de 450 kg de poids vif avec un GMQ de 800 g/j, viser 0,73 UFL/UEB et 67 g PDI/UEB.
  • L’organisation du pâturage de printemps doit permettre une disponibilité d’herbe suffisante en quantité et en qualité, notamment sur la deuxième partie du printemps.

Pour aller plus loin :

Consulter le site de la Ferme expérimentale de Jalogny

Replay journée Herbe  Webinaire « Mieux faucher, mieux pâturer »

Dossier « Finition des femelles adultes à partir d’herbe enrubannée » : des pratiques innovantes pour alourdir et engraisser

Contact :
Jérémy Douhay, Idele, tél : 06 77 69 31 36
Bertrand Deroche, Idele, tél : 06 34 90 13 30

Les chiffres concernant le coût de production ou le prix de revient contenus dans cette publication ne peuvent pas être considérés comme des indicateurs de référence pour la contractualisation calculés par IDELE dans le cadre prévu par la loi EGALIM 2. Pour en savoir plus consultez nos pages Indicateurs de référence pour la contractualisation.