Retour

Marchés mondiaux des produits laitiers en 2015 (469-juin 2016)

Sous le flot de l'Europe du Nord

Publié le par Groupe Economie du Bétail GEB (Institut de l'Elevage)
Marchés Lait et viande Bovin lait
2015 a confirmé le formidable potentiel laitier de l’Union européenne. La production a progressé moitié moins vite qu’en 2014, mais elle est demeurée insensible à la chute du prix du lait. Le dynamisme laitier européen a lourdement pesé sur l’équilibre des marchés mondiaux des produits laitiers car la demande internationale est restée sans vigueur, malgré la faiblesse des cours. Les fabrications supplémentaires d’ingrédients ont alimenté et continuent d’alimenter des stocks croissants qui ont un effet dévastateurs sur les cours. Ce dossier revient sur les principaux acteurs et évolutions des marchés mondiaux des produits laitiers en 2015 puis dresse des perspectives pour 2016.

2015 a confirmé le formidable potentiel laitier de l’Union européenne. Depuis avril 2015, une vague de lait déferle d’Europe du Nord, insensible à la chute du prix du lait. Désormais hors de contrôle, le dynamisme laitier européen a pesé sur l’équilibre des marchés mondiaux des produits laitiers, même si les autres grands bassins laitiers excédentaires (Argentine, États-Unis, Océanie) ont à l’inverse plutôt levé le pied. La croissance de la production a été contrainte aux États-Unis par les conditions climatiques défavorables dans l’Ouest. Elle a été stoppée net en Océanie, où les éleveurs ont réagi, notamment en Nouvelle-Zélande, à de fortes chutes du prix du lait. En somme, la production laitière des cinq premiers exportateurs, qui approvisionnent 80% du marché mondial, a progressé modérément, mais encore trop rapidement.

 

Car la demande internationale est restée peu vigoureuse, malgré la faiblesse des cours. La Chine, toujours le 1er importateur mondial, a réduit ses importations d’ingrédients secs pour cause de disponibilités intérieures abondantes (stocks conséquents accumulés en 2014 et reprise de la production intérieure). La Russie a prolongé l’embargo sur les produits laitiers européens et étatsuniens qui crée une situation de pénurie à peine atténuée par le dynamisme des expéditions biélorusses. De plus, la chute des cours de l’énergie se répercute sur la demande russe, comme sur celles d’autres grands pays importateurs (Algérie, Venezuela…).

 

Malgré les achats croissants de nombreux pays émergents d’Asie de l’Est et du Sud-Est, les échanges internationaux n’ont que faiblement progressé, insuffisamment pour absorber tous les ingrédients supplémentaires fabriqués en Europe et secondairement en Océanie. Les stocks de produits de report (poudre maigre et dans une moindre mesure beurre) ont continué de gonfler en premier lieu en Europe, même si la dépréciation de l’euro a favorisé les exportations.

 

Au 1er semestre, 2016, le flot laitier européen ne faiblit pas alors que la plupart des élevages européens, mais aussi océaniens produisent à perte avec un prix du lait qui ne couvre plus leurs coûts de production. Cette situation détruit de la valeur et exacerbe la concurrence entre éleveurs, entre bassins, mais aussi entre filières. Elle risque de provoquer des arrêts et des faillites en cascade de nombreux éleveurs, en premier lieu dans les pays où les États et les filières ne peuvent les soutenir longtemps. Cette crise laitière met en lumière le rôle central de l’UE dans l’équilibre des marchés mondiaux et démontre, au lendemain de la suppression des quotas, la pertinence d’outils de régulation publics forts.