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En élevage allaitant, ajuster la conduite du troupeau et évaluer plus précisément les stocks fourragers

Publié le par Jérémy Douhay (Institut de l'Elevage)
Alimentation - Abreuvement Cultures fourragères Systèmes fourragers Bovin viande Ovin viande
​​​​​​​Le temps sec et chaud de ces dernières semaines oblige déjà de nombreux éleveurs à recourir aux fourrages stockés pour alimenter les animaux afin de compenser l’absence de repousses à pâturer. Pour faire face à cette situation, il faut essayer de préserver au mieux les résultats techniques en alimentant les animaux selon les besoins. Voici donc quelques préconisations qui peuvent être mises en place.

Poursuivre l’affouragement au pâturage pour préserver le potentiel des animaux

Assurer les besoins alimentaires et adapter la complémentation

Pour éviter de provoquer l’épuisement des prairies par le surpâturage, il est préférable de concentrer les animaux sur une parcelle dite « parking » et d’affourager. Dans les parcelles conduites en pâturage continu, les animaux peuvent être bloqués sur une petite surface avec un fil électrique. Il faudra attendre le retour des pluies puis la reprise en végétation de la prairie (environ 3 semaines) pour seulement envisager un retour des animaux sur ces parcelles.

Selon les stocks disponibles de l’exploitation et les éventuels reports de stocks de 2021, l’affouragement se fera avec des fourrages adaptés aux besoins des animaux - dans l’ordre croissant de valeur alimentaire : paille, foin, enrubannage.

Le foin est la solution la plus simple. De qualité correcte, il est bien adapté pour des vaches garanties pleines en seconde partie de lactation ou pour des génisses en vêlage à 3 ans. Pour des génisses avec un vêlage précoce ou des vaches en première partie de lactation, un ensilage ou un enrubannage est préférable au foin sinon il faut prévoir une complémentation avec du concentré.

Limiter l’amaigrissement des vaches et des génisses

Lorsque les conditions de pâturage sont dégradées, les deux objectifs prioritaires sont :

  • Maintenir les vaches suitées et les génisses dans un état corporel qui n’altère pas leurs capacités de production actuelles et futures ;
  • Assurer un niveau de croissance minimum des veaux.

Dans ces situations, les vaches allaitantes peuvent supporter une restriction alimentaire temporaire (durant 1 à 2 mois) dont l’importance dépend de leur stade de production et de leur état corporel. On visera à ne pas descendre en dessous d’une note de 2 (sur une échelle de 0 à 5) avant la reproduction, puis en dessous de 1,5 une fois la période de reproduction terminée. Dans ces conditions et au-delà du 3ème mois de lactation, une baisse du niveau de production laitière est cependant à prévoir.

Tableau 1 : Grille d’appréciation de la note d’état d’engraissement corporel des vaches allaitantes

Source : d’après Petit et Agabriel, 1993

Pour les vaches suitées et leurs veaux, les adaptations sont à raisonner en fonction des périodes de vêlages (automne, début d’hiver, hiver ou début de printemps) qui conditionnent les périodes de mise à la reproduction et l’âge des broutards au moment du déficit d’herbe au pâturage.

Pour les vêlages précoces d’automne, le sevrage des veaux a déjà été réalisé mais pour les vêlages de début d’hiver, il faut sevrer les veaux le plus rapidement possible pour décharger les prairies, impactées par la sécheresse. Les besoins énergétiques d’une vache après le sevrage du veau (environ 7,5 UFL/jour) sont inférieurs à ceux d’une vache en fin de lactation (environ 9 UFL/jour).

Une vache non suitée a des besoins moindres et est plus facile à maintenir en état. L’objectif est d’éviter un amaigrissement en fin de gestation. Un apport de 70 % des besoins peut convenir (équivalent à 6 kg de foin par vache et par jour). Pour les vêlages plus tardifs (après février), la reproduction se termine et les veaux peuvent être jeunes. Il s’agit de limiter l’amaigrissement des vaches en distribuant un fourrage de bonne qualité (besoins de 8 UF et 720 g de PDI).

Concernant les primipares, il s’agit de limiter les restrictions au maximum afin d’éviter leur amaigrissement surtout dans les trois derniers mois de gestation. Distribuer l’équivalent de 7 à 8 kg de foin et d’1 à 2 kg d’aliment à 16 - 18 % de MAT permet d’atteindre cet objectif.

Chez les génisses d’élevage de 18 à 24 mois conduites en vue d’un vêlage à 3 ans, une restriction alimentaire modérée de l’ordre d’1UFL par jour (réduction de croissance de l’ordre de 300 g/j), sur des périodes n’excédant pas 2 à 3 mois, est sans conséquence sur les performances futures et la carrière de l’animal. Et cela, dans la mesure où cette restriction peut être compensée ultérieurement par des conditions plus favorables permettant de réaliser une croissance compensatrice.

Sevrer précocement les veaux

Entre 5 et 6 mois, à 200 kg environ, le sevrage des veaux est possible. Cela permet d’anticiper la réforme des vaches vides et de sauvegarder l’état de celles qui sont pleines. Le sevrage précoce est d’autant plus facile que les veaux consomment avant sevrage entre 1,5 à 2 kg de concentré par jour sous la mère. Après le sevrage, si les broutards(es) restent en pâture, la complémentation sera maintenue et rationnée. Selon la disponibilité en herbe, entre 2 et 4 kg de concentrés (de préférence mélange céréales-tourteaux à 18 % de MAT maximum et 10 % de cellulose minimum) seront distribués avec éventuellement du foin. Les plus fortes complémentations seront réservées aux broutards destinés à la vente.

Un apport de fourrages sous forme de foin ou d’enrubannage en évitant la paille sur les jeunes animaux peut aussi être effectué. Compte tenu des fortes chaleurs toujours présentes, la rentrée en bâtiment est déconseillée.

En cas de sevrage plus tardif, il ne faut pas hésiter à complémenter les jeunes veaux pour compenser la baisse de production laitière des mères et faciliter la transition pour le sevrage.

Pour les veaux femelles, le niveau de croissance minimum à maintenir pour ne pas handicaper les performances futures est de l’ordre de 750 à 900 g/jour jusqu’au sevrage.

Deux exemples de mélanges fermiers pour broutard pour 100 kg d’aliment :

  • 16 kg de tourteau de soja, 82 kg de blé et 2 kg de CMV,
  • 25 kg de tourteau de colza, 73 kg de blé et 2 kg de CMV.

Pour l’ensemble des catégories animales, il faudra veiller à la disponibilité en sel et en eau propre. Prévoir aussi des traitements antiparasitaires en fin d’année, au moins deux mois avant les mises bas si nécessaire. Par ailleurs, du fait d'un pâturage ras, les veaux nés en hiver ou en début de printemps risquent une infestation par les strongles. Par conséquent, pour les veaux non traités depuis la mise à l'herbe, il faut prévoir un traitement au sevrage avec un produit à action immédiate ou un traitement 1 à 1,5 mois avant le sevrage avec un produit à action rémanente.

Il s’agira aussi d’assurer une complémentation en minéraux pour les animaux reproducteurs, peu disponibles avec des aliments secs.

Evaluer ses stocks pour prévoir et adapter les pratiques hivernales

Il est stratégique d’établir un état de ses stocks fourragers disponibles pour l’hiver en tenant compte des affouragements au pâturage à prévoir d’ici la rentrée hivernale.

Réaliser le bilan de ses stocks fourragers permettra d’évaluer les besoins en fourrages stockés jusqu’au printemps suivant (en estimant les effectifs qui seront présents et les besoins des différentes catégories animales) et les comparer aux récoltes déjà réalisées.

Pour ajuster au mieux les rations aux besoins des animaux, un autre levier consiste à faire coïncider au mieux la qualité des fourrages aux besoins des animaux afin de réduire les quantités de concentrés à apporter. Les fourrages stockés de bonne qualité sous forme d’enrubannage et de foin sont à réserver aux vaches en lactation. Des analyses de fourrages pour déterminer leurs valeurs alimentaires sont d’une aide précieuse.

Attention aussi dans le cas de l’utilisation d’une mélangeuse, à raisonner les rations sur les animaux à plus forte capacité d’ingestion puis de rationner manuellement en concentrés pour les animaux à plus faible capacité d’ingestion pour limiter la dépense en concentrés.

Ne pas attendre pour vendre les réformes

Si le déficit fourrager s’annonce important, le premier levier est d’anticiper les ventes des animaux à réformer. L’objectif est de réserver l’herbe encore disponible aux reproductrices qui ont souffert du déficit fourrager. Vendre au plus vite les vaches prévues pour être réformées (vides ou peu productives) est commercialement cohérent. En fin d’été, les cours sont proches de leur meilleur niveau et compte tenu qu’habituellement les cours baissent en automne, la recherche d’un meilleur état de finition n’est pas toujours judicieuse. Détecter au plus vite les vaches vides par un diagnostic de gestation permet aussi d’anticiper leurs ventes.

Remplacer la paille de paillage par une autre ressource

En fonction des opportunités, il est possible de remplacer la paille de litière par une autre matière première, partiellement ou totalement comme l’exemple des plaquettes de bois. Ces copeaux peuvent s’utiliser en sous-couche mais aussi en litière complète.

Il s’agit de mettre 6 à 8 cm de plaquettes sèches avant l’entrée des animaux ou après un curage intermédiaire (soit 1 m3 pour 15 m² au sol). Cette couche durera 15 jours à 3 semaines selon le type d’animaux, la densité dans les cases, le type de ration (sèche ou humide). Dès que le degré de salissement des animaux est atteint, étaler une seconde couche de 6 à 8 cm afin de prolonger cette litière de 15 jours à 3 semaines.

Il est également possible d’utiliser d’autres ressources comme la dolomie, sable calco-magnésien très fin qui peut aussi servir d’amendement.

Préparer au mieux les prochains cycles de pâturage

Une repousse d’herbe automnale est encore possible et pourrait en partie compenser les déficits fourragers actuels. Pour profiter au mieux des prochaines pluies, il est important de laisser le temps aux prairies de récupérer. Pour cela, il est préférable de maintenir la distribution de fourrages grossiers jusqu’à ce que le stock d’herbe sur pied soit en partie reconstitué pour profiter au mieux de la photosynthèse. Une fois les prairies bien reparties, il est recommandé de reprendre un pâturage tournant pour offrir aux vaches une herbe de qualité, propice à la reconstitution de leurs réserves corporelles. Le pâturage tournant permet la production d’herbe d’automne de qualité, d’augmenter la productivité des prairies et d’allonger d’autant le temps de pâture en fin de saison réduisant ainsi les besoins de stocks hivernaux.

Pour en savoir plus :

Comparer les besoins fourragers et les stocks dis­ponibles pour évaluer le déficit prévisible et envisager les solutions d’adaptation à mettre en œuvre