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Suivi agroclimatique de l'année 2025

Publié le par Soline Schetelat (Institut de l'Elevage), Aurélie Madrid (Institut de l'Elevage)
Climat Gestion du pâturage Cultures fourragères Bovin lait Bovin viande Caprin Equin Ovin lait Ovin viande
L’année 2025 a une nouvelle fois été atypique. Après un hiver plus ou moins pluvieux selon les régions, la reprise de la pousse s’est faite à deux vitesses. Dans la moitié Nord, le manque de chaleur et de luminosité, combiné à un vent de Nord-Est et à de faibles précipitations, a limité le développement de l’herbe, qui n’a pas atteint son pic habituel. Les conditions ont été favorables pour réaliser des fauches de qualité, mais les rendements sont restés inférieurs à la moyenne. À l’inverse, dans le Sud, les conditions hivernales et printanières douces et humides ont permis un redémarrage rapide des prairies, mais ont compliqué les chantiers de récolte. L’été a été exceptionnellement chaud, marqué par deux épisodes caniculaires et un déficit pluviométrique important, provoquant un stress hydrique généralisé : les prairies ont grillé, le pâturage a été interrompu et les troupeaux ont dû être affouragés. Les ensilages de maïs, initialement compromis par les sécheresses précoces de juin, ont été partiellement sauvés par les pluies de fin juillet. Le rendement et la qualité sont jugés satisfaisants, mais restent inférieurs à ceux de 2024. L’automne, plus clément, a été caractérisé par des températures douces et un léger excédent de pluie, favorisant un rebond de la pousse et permettant de prolonger le pâturage jusqu’à mi-novembre. Toutefois, ce rebond n’a pas suffi à compenser le déficit accumulé au printemps et en été : la production annuelle des prairies reste inférieure à la moyenne, surtout dans le Nord et l’Ouest.

Conséquences sur les prairies au fil de l'année

 

Une France à deux vitesses à la sortie de l’hiver, le Nord attend une reprise de croissance quand le Sud avance

L’hiver 2024-2025 a été globalement doux (+0,6 °C), avec un mois de février particulièrement chaud (+1,2 °C). Les contrastes régionaux sont marqués : températures proches ou légèrement sous les normales dans le Nord-Ouest, mais excédent chaud dans toute la moitié Sud. Les précipitations sont proches des normales sur la saison, avec un mois de janvier très arrosé (+50 %) provoquant des inondations dans l’Ouest, alors que le Sud du Languedoc-Roussillon, la PACA et l’Ouest de la Corse ont souffert d’un déficit important (-30 %). Ces conditions influencent la reprise de la végétation : dans la grande moitié Nord, la pousse de l’herbe est retardée par le manque de chaleur et de luminosité, même si le déprimage a commencé dans l’Ouest sur sols portants. Dans le Sud, la douceur et l’humidité hivernales ont favorisé une avance de la pousse et les mises à l’herbe sont déjà en cours, surtout en plaine.

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En mars, le soleil fuit le Sud pour s’installer au Nord

Mars 2025 a été plus chaud que la normale, malgré deux passages frais. Les précipitations ont été inférieures de 20 % à la moyenne, avec de forts contrastes : excédents supérieurs à 50 % dans le Sud-Est, mais déficits pouvant atteindre 80 % ailleurs, notamment au Nord. Les sols ont donc continué de s’assécher, favorisant le ressuyage et le déprimage, accentué par un vent de Nord-Est durable. La pousse des prairies a d’abord été freinée par le froid et les gelées, puis par le manque d’eau. La majorité des troupeaux pâturent désormais dans de bonnes conditions. Les premières fauches précoces ont été réalisées pour produire un fourrage de qualité, en compensation de la faible valeur des stocks 2024. Les semis de maïs commencent tout juste dans certaines zones tandis qu’ils sont déjà bien engagés ailleurs, les agriculteurs cherchant à tirer parti de cette fenêtre météo avant les pluies attendues à la mi-avril.

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En avril, la France toujours coupée en deux

En avril 2025, la sécheresse s’est accentuée sur la moitié Nord de la France sous l’effet d’un anticyclone persistant, d’un ensoleillement marqué et d’un vent de Nord-Est. Les régions des Hauts-de-France, de Normandie et du Grand Est sont particulièrement touchées. À l’inverse, le Sud a reçu des précipitations supérieures à la normale. Avec une anomalie de +1,7 °C, avril 2025 se classe comme le 5ème mois d’avril le plus chaud depuis 1900, marqué par deux épisodes de chaleur début avril et fin avril-début mai, surtout dans le Nord-Ouest. Ces conditions ont globalement favorisé une bonne pousse de l’herbe, sans être exceptionnelle. Dans le Nord, la fenêtre météo de fin avril-début mai a permis de récolter des fourrages de qualité, même si les volumes restent légèrement inférieurs aux attentes. Le pâturage se déroule bien, mais nécessite désormais de gérer les épis pour maintenir la qualité. Les semis de maïs s’achèvent dans des sols très secs au Nord, sans inquiétude majeure pour l’instant. Dans le Sud, l’excès d’eau et des températures parfois fraîches ralentissent les mises à l’herbe en altitude et compliquent les chantiers de récolte et de semis.

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En mai, le temps est toujours sec et ensoleillé au Nord mais plus agité dans le Sud

En mai 2025, les conditions sont restées similaires à celles de mars et avril : des températures globalement douces avec deux épisodes de chaleur, et un déficit pluviométrique d’environ 30 % en moyenne. Le contraste nord–sud persiste : le nord a été dominé par un temps anticyclonique sec, tandis que le sud — surtout le Sud-Est et la Corse — a enregistré de fortes pluies. Le manque d’eau sur la moitié nord a limité la pousse de l’herbe, globalement en dessous des niveaux habituels. Les récoltes de foin se sont déroulées dans de bonnes conditions, sauf dans l’Ouest où l’instabilité a compliqué les chantiers sans réellement recharger les sols. Dans le Sud, malgré le retour de la chaleur début juin, l’humidité des sols reste correcte ; en revanche, dans le Sud-Est, les épisodes pluvieux ont rendu les récoltes difficiles. Lorsque les coupes ont été réalisées à temps, la qualité du fourrage est bonne, mais les volumes restent décevants. Face à ce manque de fourrage, de nombreux éleveurs ont déjà commencé à affourager leurs troupeaux en espérant une repousse automnale suffisante. Les maïs poursuivent leur croissance et profitent de chaque millimètre de pluie disponible.


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En juin, les prairies sont à l’arrêt face à un épisode précoce de canicule et au manque d’eau

Juin 2025 a été exceptionnellement chaud, le deuxième mois de juin le plus chaud jamais observé, avec une anomalie de +3,3 °C. Une vague de chaleur précoce s’est installée du 19 juin au 4 juillet, dépassant les 35 °C sur une grande partie du pays. Les précipitations ont été très déficitaires (–30 % en moyenne), avec des manques encore plus marqués dans certains départements, notamment les Bouches-du-Rhône (–75 %) ainsi que le Poitou-Charentes, les Pays de la Loire et le Centre-Val de Loire (–50 %). Les sols superficiels se dessèchent fortement, les nappes baissent et plus de la moitié du territoire est soumise à des restrictions d’eau. Cette sécheresse rend la situation des prairies très préoccupante : en dehors des zones ayant reçu quelques orages, les prairies sont grillées et le pâturage est interrompu. Les troupeaux sont désormais nourris à l’auge ou affouragés au champ. Les stocks de 2024, bien que de moindre qualité que les récoltes du printemps 2025, aideront à équilibrer les bilans fourragers. Globalement, les récoltes de ce printemps sont de bonne qualité mais avec des volumes insuffisants, pénalisés par un démarrage lent de la pousse et une sécheresse précoce limitant les repousses. Les moissons sont en avance de 2 à 3 semaines. Les maïs souffrent déjà : la période critique de floraison approche et le stress hydrique fait craindre une forte baisse des rendements, surtout pour les semis tardifs. Les dates prévisionnelles d’ensilage s’étalent tout au long du mois d’août.

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Un été caniculaire qui a fragilisé les bilans fourragers

L’été 2025 a été le troisième plus chaud depuis 1900, marqué par deux épisodes de canicule fin juin et mi-août. Les températures maximales ont dépassé la normale près de deux jours sur trois, et les précipitations ont été déficitaires de 15 % en moyenne, malgré quelques pluies fin juillet et fin août qui ont réhumidifié les sols après une sécheresse comparable à celle de 2022. Les prairies ont été fortement touchées, obligeant les éleveurs à utiliser les stocks de fourrages 2024 et 2025. La reprise de la pousse après les pluies reste lente, avec des volumes récoltés inférieurs à la moyenne mais une qualité meilleure qu’en 2024. Pour le maïs fourrage, les ensilages ont débuté dès mi-août et se poursuivront jusqu’à début octobre selon les zones. Les semis précoces ont souffert des sécheresses et fortes chaleurs de juin à mi-juillet, freinant la croissance et le remplissage des épis. Les pluies de fin juillet ont partiellement sauvé les récoltes. Les plants restent hétérogènes, avec des épis peu développés mais un potentiel de taux d’amidon préservé. Le maintien de conditions sèches en août a accéléré le séchage des tiges et feuilles, précipitant certains chantiers et augmentant le risque d’échauffement des silos récoltés avec une matière sèche élevée.

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Un bel automne pour le pâturage

L’automne a été de saison en septembre, puis plus doux à partir de fin octobre. La pluviométrie a été légèrement excédentaire en septembre, surtout dans le quart Nord-Est, et proche de la normale en octobre, avec un épisode pluvieux du 19 au 31 octobre. Ces conditions douces et relativement sèches ont favorisé un rebond de la pousse automnale, offrant un soulagement aux éleveurs après un été difficile. Le pâturage a pu se maintenir jusqu’à mi-novembre, et quelques fauches en enrubannage ont été réalisées. Cependant, ce rebond ne compense pas le déficit de production du printemps et de l’été. La production annuelle reste déficitaire sur une large partie de la France, particulièrement dans les Hauts-de-France et la Normandie (-30 %), tandis que certaines régions de l’Est s’en sortent mieux. Les éleveurs disposent néanmoins de stocks de 2024 et du printemps 2025 pour limiter l’impact. Pour le maïs, les pluies du 20 juillet ont sauvé une grande partie des cultures. Les rendements restent hétérogènes selon les semis et les conditions locales, mais la qualité des ensilages est globalement bonne, avec des épis bien formés malgré les fortes chaleurs estivales.

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