Retour

Statistiques des inséminations sur femelles laitières : le croisement laitier, campagne 2025

Bilan des inséminations animales bovines en 2025

Publié le par Sophie Moureaux (Institut de l'Elevage), Sandra Dominique (Institut de l'Elevage)
Choix des reproducteurs Performances et phénotypes Reproduction Bovin lait
Le croisement laitier reste une pratique marginale mais largement explorée par les éleveurs français. Après une progression jusqu'en 2018-2019, le nombre d'inséminations en croisement laitier recule désormais au même rythme que l'ensemble des inséminations sur femelles laitières, dans un contexte de décapitalisation du cheptel. Si plus d'un éleveur sur deux a déjà recours au croisement laitier, cette stratégie concerne le plus souvent une partie limitée du troupeau, tandis que les pratiques et les associations de races varient selon les régions et les systèmes d'élevage.

Retrouvez l'intégralité des observations dans le document à télécharger en bas de page.

Les données de cet article sont obtenues à partir des données enregistrées par les entreprises de mise en place (EMP) et les éleveurs inséminateurs (IPE) dans le Système National d'Information Génétique des bovins (SIG) au 15 janvier 2026. Les résultats sont présentés à l'échelle de la campagne d'inséminations animales : du 1er octobre 2024 au 30 septembre 2025.

Evolution du volume d'inséminations en croisement laitier

Durant cette campagne, on comptabilise 5 650 000 inséminations totales mises en place sur femelles laitières dont 6% en croisement laitier (347 000 IA).

On observe depuis plusieurs années une baisse progressive du nombre d'inséminations totales sur femelles laitières, en lien notamment avec la décapitalisation du cheptel laitier français.

D'après le graphique ci-dessous, le nombre d'inséminations en croisement laitier présente une tendance à la hausse jusqu'en 2018-2019, campagne où le nombre d'IAT croisées lait est le plus important avec environ 377 000 doses mises en place. Une augmentation des volumes de croisement laitier et une baisse du nombre d'IA totales entrainent une hausse progressive de la proportion d'IA en croisement laitier sur femelles laitières jusqu'en 2018-2019.

A partir de la campagne 2019, on constate une accélération de la baisse du nombre d'IA totales sur femelles laitières : -7% entre la campagne 2019 et 2025. Malgré une popularité croissante, le croisement laitier ne peut rivaliser avec la baisse globale de l'insémination. Sur la même période, le volume d'IA croisées lait baisse aussi de -6%.

Mais la proportion de croisement laitier se maintient sur les dernières années, voire même se redresse un peu sur la dernière campagne.

Répartition géographique des IA premières en croisement laitier en 2025

Globalement, le croisement laitier est peu pratiqué dans les grands bassins laitiers de Bretagne, des montagnes de l’est et d’Auvergne-Rhône-Alpes (<6% des IA premières).
Toutefois, les régions de Normandie et des Hauts-de France ainsi que les départements de Moselle et Meurthe-et-Moselle présentent des proportions d’utilisation plus élevées.

On retrouve également une part plus forte d’IAP en croisement laitier dans les zones de faible densité de vaches laitières. C’est dans ces zones que l’on note la plus forte augmentation de la part d’IAP croisées lait depuis 5 ans (jusqu’à +3,5%).

Au contraire, les zones laitières avec un taux élevé de croisement laitier aujourd’hui ont vu diminuer leur proportion de croisement laitier depuis 5 ans, notamment dans les Hauts-de-France.

Les élevages qui pratiquent le croisement laitier

Parmi les 44 431 cheptels qui ont enregistré au moins 1 insémination sur femelle laitière, 33 851 ont réalisé au moins 10 IAP sur femelles laitières avec un taureau de type lait.
C'est cette sous-catégorie de troupeaux qui est utilisée comme base ici. De cette façon, on corrige notre étude des trop petits troupeaux ou des troupeaux entièrement croisés en viande.

Plus de la moitié (54%) des cheptels réalisant au moins 10 IAP sur femelles laitières ont utilisé au moins une fois de la semence d'un taureau d'une autre race que leurs femelles.
On comptabilise 422 troupeaux en France dont l'intégralité des IAP sont réalisées en croisement laitier. Ils représentent 1% des troupeaux laitiers à plus de 10 IAP laitières.
Peu d'éleveurs réalisent plus de la moitié de leurs inséminations laitières en croisement laitier. On observe plus souvent des croisements laitiers sur quelques femelles du cheptel.

D'après ces chiffres, on peut supposer que le croisement laitier est une pratique qui intrigue les éleveurs laitiers : nombreux sont ceux qui essayent sur quelques femelles de leurs troupeaux, mais très peu d'entre eux se sont engagés entièrement dans une stratégie de croisement sur l'intégralité de leur troupeau.

La dynamique des races de femelles laitières inséminées en croisement laitier

Entre 2015 et 2019, on observe une hausse de 13% du nombre d'inséminations premières en croisement laitier. Depuis 2019, la dynamique de l'évolution des IAP croisées lait s'est stabilisée. On note un volume assez constant, voire en légère baisse (-1% entre 2019 et 2025) avec environ 186 000 IAP croisées lait par an.

Comme vu précédemment, la part d'IAP croisées lait continue d'augmenter très légèrement parmi les types d'inséminations premières mises en place sur femelles laitières : le volume d'IAP croisées lait diminue moins vite que le volume d'IAP globale sur femelles laitières.

Parmi les IAP croisées lait mises en place, on observe une évolution de la répartition des races de femelles inséminées.

Les femelles croisées laitières (code race=39) ont toujours représenté la majorité des femelles inséminées en croisement laitier, avec une proportion variant de 65% à 75% en fonction des années.

Entre 2015 et 2019, période où le dynamisme du croisement laitier est fort, le volume d'IAP croisées sur femelles Prim'hosltein augmente fortement jusqu'à représenter un quart des femelles inséminées en croisement laitier en 2019. Durant cette période, les volumes sur femelles croisées sont plutôt stables.

Depuis 2019, avec des volumes globaux qui se sont stabilisés, le nombre d'IAP croisées lait sur Prim'hosletin diminue pour laisser plus de place aux femelles croisées qui voient leur volume augmenter.

Avec ces observations, on peut émettre l'hypothèse qu'il y a eu une période de conversion de troupeaux Prim'holstein vers des troupeaux croisés et qu'au sein de ces troupeaux aujourd'hui, les Prim'holstein initialement présentes ont laissé place aux femelles croisées.

Le volume de croisement laitier sur femelles Montbéliarde est stable au cours des années. Toutefois, les femelles Normande et Pie-rouge sont de moins en moins sujettes au croisement laitier en IAP.

Les doses de taureaux laitiers utilisées en croisement lait

 

Les différentes races de taureaux laitiers ne sont pas utilisées avec la même intensité en croisement laitier. Le volume des doses des taureaux de races Prim'holstein, Montbéliarde, Normande, Abondance et Tarentaise utilisés sur des femelles laitières d'autres races est faible (<=10%). A côté de cela, entre 35% et 40% des doses des taureaux de race Brune, Simmental et Jersiaise sont réalisées sur des femelles d'autres races laitières. 


Une autre répartition est visible pour les races de taureaux réalisant peu d'inséminations, des races à plus faibles effectifs et régionales. Parmi les troupeaux de race laitière, comme la Montbéliarde, on observe l'utilisation, à la suite d'un échec d'insémination, d'une dose avec un taureau de la race régionale. Cette stratégie est visible avec les taureaux de race Vosgienne sur des femelles Montbéliarde dans l'Est de la France mais aussi avec des taureaux de race Ferrandaise dans la région du Puy-de-Dôme.

Sur ces données par race de taureau, il y a peu d'évolution par rapport à la campagne précédente. Les tendances sont stables.

Quels sont les croisements entre race les plus courants ?

Il existe une grande diversité de croisements réalisés dans les élevages en première insémination :

  • Croisements laitiers les plus populaires :
    • femelles croisées et taureaux Prim'holstein (39% des IAP croisées lait)
    • femelles croisées et taureaux Montbéliard (11%)
    • femelles croisées et taureaux Normand (7%)
  • Parmi les femelles inséminées en croisement lait, la part de celles inséminées avec un taureau Prim'hosltein :
    • 52% des femelles Montbéliardes
    • 65% des femelles Normandes
    • 68% des femelles Brunes
    • 89% des femelles Pie-Rouge
  • Plus d'1/3 des IAP croisées lait sur femelles Prim'holstein sont réalisées avec des taureaux Montbéliards
  • Les taureaux de races Simmental et Vosgienne sont populaires chez les femelles Montbéliardes
  • La plus grande diversité de races de taureaux utilisés se trouve chez les femelles de race Prim’holstein, race la plus présente en France avec des performances en production laitière importantes. Elle est un support intéressant pour valoriser à la fois de la quantité et de la qualité de lait en l'associant avec une autre race de taureau.