Retour sur la cross-visit CFD/CSA en Suisse
Les 1er et 2 juin 2026, la Suisse a accueilli une visite croisée organisée dans le cadre des projets européens CFD et CSA, consacrée aux compléments alimentaires visant à réduire les émissions de méthane en élevage. Pendant deux jours, une trentaine de participants venus de dix pays européens — Suisse, France, Luxembourg, Belgique, Pays-Bas, Royaume-Uni, Irlande, Slovénie, Slovaquie et Pologne — ont partagé leurs expériences et leurs connaissances sur ces solutions innovantes. Parmi eux figuraient plusieurs Pilote Demo Farmers (PDF) de Suisse, de France, du Luxembourg, de Belgique, du Royaume-Uni, d’Irlande, de Slovaquie et de Slovénie. Entre présentations scientifiques, retours d’expérience et visites de terrain, cette rencontre a permis d’explorer les opportunités, mais aussi les défis techniques et économiques liés à l’adoption de ces compléments dans les exploitations d’élevage européennes.
De la théorie à la pratique : une visite croisée en Suisse pour accélérer la réduction des émissions de méthane en élevage
La réduction des émissions de méthane issues de l’élevage constitue aujourd’hui l’un des enjeux majeurs de la transition climatique du secteur agricole. Afin de favoriser le partage d’expériences et l’émergence de solutions concrètes, les projets Climate Farm Demo (CFD) et ClimateSmartAdvisors (CSA) ont organisé une visite croisée en Suisse consacrée aux compléments alimentaires de réduction du méthane.
Cet événement a réuni une trentaine de participants issus de dix pays européens. Agriculteurs, conseillers, chercheurs et acteurs de la filière ont pu échanger leurs points de vue et confronter leurs expériences autour de solutions visant à diminuer les émissions entériques des ruminants. Les agriculteurs représentaient à eux seuls la moitié des participants, garantissant ainsi des discussions ancrées dans les réalités du terrain.
Une première soirée dédiée au partage des connaissances
Les travaux ont débuté par une série de présentations permettant de poser les bases scientifiques, techniques et économiques du sujet.
Plusieurs intervenants ont apporté leur expertise sur :
- les enjeux liés aux émissions de méthane entérique (Idele) ;
- le contexte de l’élevage suisse et les spécificités de ses systèmes de production (Agridea) ;
- Une initiative de financement en Suisse (AgroImpact) ;
- l’état actuel des connaissances concernant l’efficacité des principaux compléments alimentaires destinés à réduire les émissions de méthane.
Des visites de terrain pour confronter les résultats à la réalité des exploitations
Les participants ont visité deux exploitations suisses engagées dans l’évaluation et la mise en œuvre de stratégies de réduction du méthane.
Ces visites ont permis de découvrir :
- Dans la première exploitation, des essais sur des compléments alimentaires anti-méthane ont été menés en partenariat avec Nestlé. Les mesures du méthane entérique ont été réalisées à l’aide du système GreenFeed pour chaque animal. Dans le second élevage, la dimension « méthane » a été traitée par une stratégie basée sur l’optimisation du fourrage avec séchage en grange permettant une meilleure productivité animale, ainsi qu’avec une recherche de réduction de 6 mois de l’âge au premier vêlage. Ces solutions contrastées ont permis d’enrichir les débats sur la réduction du méthane émis en élevage bovin ;
- Le projet Méthane 2030 en France ;
- L’utilisation de l’outil CAP’2ER® pour réaliser une évaluation multicritère des systèmes d’élevage, incluant notamment l’empreinte carbone de la production laitière ;
- Les stratégies de filière en production de fromage AOP
Au-delà des résultats techniques, ces visites ont offert l’opportunité d’échanger directement avec les éleveurs sur les contraintes, les bénéfices et les conditions de mise en œuvre de ces solutions dans un contexte réel d’exploitation.
Deux questions au cœur des échanges
Les discussions entre agriculteurs, conseillers et chercheurs ont rapidement mis en évidence que les enjeux dépassent largement la seule efficacité scientifique des compléments.
Comment intégrer efficacement les compléments dans les pratiques d’élevage ?
La réussite de ces solutions dépend fortement de leur intégration dans les systèmes existants. Les modalités de distribution, la gestion quotidienne, les coûts opérationnels et l’adaptation aux différentes organisations de travail sont apparus comme des facteurs déterminants pour leur adoption à grande échelle.
Quel modèle économique pour accompagner leur déploiement ?
La question économique a été au centre de nombreux échanges. Les participants ont souligné que la diffusion durable des compléments réducteurs de méthane nécessitera des mécanismes d’incitation adaptés ainsi qu’un partage équilibré de la valeur créée. Sans modèle économique viable, même les solutions les plus prometteuses risquent de rester limitées à quelques projets pilotes.
Une transition qui dépasse la seule dimension technique
L’un des principaux enseignements de cette visite croisée est que la réduction des émissions de méthane ne constitue pas uniquement un défi technique. Elle implique également des dimensions économiques, organisationnelles et sociales qui doivent être prises en compte pour garantir une adoption durable.
La collaboration entre agriculteurs, conseillers, chercheurs, entreprises et acteurs de la chaîne de valeur apparaît ainsi essentielle pour identifier et déployer des solutions à la fois efficaces sur le plan environnemental et pertinentes sur le plan économique.
En favorisant les échanges d’expériences au-delà des frontières, ce type d’initiative contribue à accélérer l’apprentissage collectif et à faire émerger des réponses concrètes aux défis climatiques de l’élevage européen.



