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Adapter la conduite du troupeau caprin pendant les périodes de fortes chaleurs

Publié le par Emma Gueguen (Institut de l'Elevage), Bertrand Bluet (Institut de l'Elevage)
Alimentation - Abreuvement Bâtiment Conseil en élevage Climat Caprin
Réduire la densité animale, anticiper les réformes, reporter les interventions non urgentes : autant de leviers pour limiter la charge thermique supplémentaire subie par les chèvres en période de canicule.

Ajuster les effectifs et limiter la densité dans les bâtiments

 

Au-delà des aménagements du bâtiment eux-mêmes (ventilation, isolation, circulation de l’air, zones d’ombre…), la gestion des effectifs constitue un levier important pour limiter les effets des fortes chaleurs. L’objectif est d’abord de réduire la densité animale, en visant si possible 2 m² par chèvre, avec un minimum de 1,65 m² par animal. Une densité plus faible permet de limiter l’accumulation de chaleur dans le bâtiment, de limiter les conflits entre animaux et d’améliorer l’accès aux ressources.

L’enjeu ne se limite pas à la surface disponible. Il s’agit aussi de préserver un accès satisfaisant à l’auge, de limiter la concurrence autour des points d’eau, des pierres à sel ou des zones de repos, et plus globalement de réduire toutes les situations de compétition susceptibles d’accentuer le stress des animaux les plus fragiles.

Dans cette logique, il est préférable d’anticiper autant que possible les réformes avant la période à risque, afin d’éviter d’avoir à transporter (ce qui n’est pas toujours possible réglementairement en période de canicule) ou manipuler des animaux dans des conditions de forte chaleur. Les chèvres les moins productives, les animaux présentant des échecs de reproduction, notamment dans les conduites en mises bas désaisonnées, doivent être identifiés suffisamment tôt pour permettre une décision raisonnée. Ainsi, contrôle de performance ou échographies doivent être programmés en conséquence.

Cette réforme anticipée peut paraître pénalisante à court terme, mais elle peut aussi contribuer à limiter la baisse de production du reste du troupeau en période chaude, en réduisant la pression sur le bâtiment, sur l’alimentation et sur l’accès à l’eau. Elle permet également d’économiser des fourrages et des concentrés, ce qui peut représenter un intérêt supplémentaire dans les contextes de tension sur les stocks.

Reporter au maximum les interventions sur les animaux

 

En période de forte chaleur, pour les chèvres comme pour les éleveurs, il est préférable de limiter autant que possible toutes les interventions nécessitant de manipuler les animaux, de les déplacer, de les maintenir en contention ou de les faire patienter dans une aire d’attente peu ventilée. Ces opérations augmentent la charge thermique subie par les chèvres, dégradent leur confort et peuvent aggraver les conséquences du stress thermique, en particulier chez les animaux les plus sensibles.

Dans la mesure du possible, il convient donc de reporter les interventions non urgentes : tri d’animaux, interventions sanitaires programmables, déplacements entre lots, travaux nécessitant de vider un bâtiment ou de regrouper longuement les chèvres, etc.

Certaines situations restent toutefois plus délicates à arbitrer. C’est notamment le cas des interventions qui contribuent elles-mêmes au confort des animaux, comme le curage. Lorsqu’elles n’ont pas pu être anticipées et qu’elles ne peuvent pas être différées, il est alors nécessaire de raisonner au cas par cas la manière de réduire au maximum leur impact : intervention tôt le matin, réduction du temps de sortie, mise à disposition d’une aire d’attente plus vaste, ombragée et bien ventilée, accès facilité à l’eau, limitation du brassage des lots, etc.

L’objectif n’est pas seulement de « faire malgré la chaleur », mais bien d’adapter les modalités d’intervention pour éviter d’ajouter un stress supplémentaire à des animaux déjà fragilisés par les conditions climatiques.