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MILC

Marge IPAMPA Lait de vache sur Coût total indicé

Publié le par Christophe Perrot (Institut de l'Elevage), Corentin Puvilland (Institut de l'Elevage)
Marchés Lait et viande Bovin lait
Le secteur laitier est soumis à une forte volatilité des prix qui occasionne des crises récurrentes de revenu au niveau des exploitations. Cette volatilité des prix concerne aussi bien les produits que les charges, avec des évolutions qui ne sont pas toujours synchrones. La fréquence et l’ampleur des retournements de conjoncture nécessitent de disposer d’indicateurs plus précoces et réactifs que les constats réalisés a posteriori avec les bases de données comptables (RICA par exemple). L’Institut de l’élevage met à disposition des acteurs de la filière depuis la fin 2016, suite à la loi Sapin 2, un indicateur de marge laitière, la Marge IPAMPA Lait de vache sur Coût total indicé (MILC), directement dérivé de l’IPAMPA Lait de vache qui permet, lui, de mesurer, depuis l’accord dur le prix du lait de 1997, l’évolution du prix du panier de charges spécifique à la production laitière.

Milc, un indicateur de marge laitière adapté à la volatilité

Pour MILC et l’IPAMPA Lait de vache, on utilise des paniers de produits et de charges fixes, rebasés tous les 5 ans à partir d’exploitations réelles (les mêmes pour l’IPAMPA Lait de vache et MILC). Les valeurs mensuelles de MILC et d’IPAMPA Lait de vache sont obtenues en faisant évoluer les différents postes de produits et de charges de la même façon que les séries de la statistique publique (prix du lait SSP - FranceAgriMer, cotations hebdomadaires des bovins FranceAgriMer, séries élémentaires de l’IPAMPA général publié par l’INSEE pour chaque poste de charges indicé, cf méthode IPAMPA élevage). La Marge IPAMPA Lait de vache sur Coût total indicé (MILC) est obtenue chaque mois par différence entre les valeurs du panier de produits et celle du panier de charges, exprimées en euros pour 1000 litres, puis est convertie en indice (désormais en base 100 pour 2015).

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Evolutions de la méthode pour le rebasement de MILC en 2015

A l'occasion du rebasement de 2015, la méthode de calcul de l'IPAMPA Lait de vache et de MILC a été modifiée afin de se rapprocher de l'évolution des résultats économiques des exploitations laitières dont le prix est le plus soumis à la volatilité (la grande majorité des exploitations françaises, hors AB et certaines AOP). Plusieurs changements ont été opérés :

  • Au lieu de se baser sur les seules exploitations laitières spécialisées (cette sélection conduisant à retenir un échantillon situé pour plus de 40% en montagne), les paniers de charges et de produits sont désormais calculés sur les ateliers laitiers, y compris d'exploitations diversifiées (notamment avec viande bovine ou cultures de vente).
  • Seules les ventes directement imputables à l'atelier laitier (veaux dits de 8 jours, vaches de réformes et quelques génisses) sont prises en compte dans MILC 2015. Les autres ventes de bovins (jeunes bovins notamment) et les ventes de cultures sont désormais exclues du calcul de MILC;
  • Les charges des ateliers lait sont extraites et calculées à partir des comptabilités des exploitations du RICA selon les principes de la méthode de calculs des coûts de production proposée par l'Institut de l'Elevage
  • Le prix du lait présent dans le panier de produits est désormais actualisé chaque mois avec la nouvelle série « prix du lait conventionnel » (ni AB ni AOP) publiée par FranceAgriMer et disponible depuis début 2017. Dans la mesure où i) la moyenne de ce prix pour 2017 est identique (à moins d'1€/1000l) au prix moyen pondéré Bretagne+Pays de Loire, ii) la valeur moyenne de ce prix régional pour 2015 est quasiment égale (écart<3€) à la valeur du prix du lait constatée la même année dans le panier de produits, ce prix moyen pondéré Bretagne+Pays de Loire est utilisé pour rétropoler l'indicateur avant 2017.
  • La moyenne glissante de MILC pour les 12 derniers mois est désormais pondérée par les volumes nationaux de cette production de « lait conventionnel » (information communiquée avec la série sur le prix).

Les caractéristiques des exploitations mobilisées pour calculer l'IPAMPA Lait de vache et MILC en 2010 et 2015 sont comparées ci-dessous. Par construction, les exploitations retenues en 2015 sont plus nombreuses, plus grandes et plus diversifiées et sont moins fréquemment situées en montagne ou piémont.

 

Comparaison des caractéristiques des échantillons d’exploitation utilisés pour établir la structure des paniers de produits et de charges en 2010 et 2015

Source : Agreste RICA – traitement Institut de l’Elevage
  Exploitations laitières spécialisées Exploitations laitières spécialisées Exploitations laitières spécialisées ou non dont le prix est soumis à la volatilité
  2010 (retenu pour IPAMPA Lait et MILC 2010) 2015 (pour information) 2015 (retenu pour IPAMPA Lait et MILC 2015)
Nombre exploitations (échantillon) 702 674 1343
Nombre exploitations (extrapolé) 31523 30183 52796
UTA 1.71 1.75 2,01
Dont non salariés 1.59 1.57 1,74
Dont salariés 0.12 0.18 0,27
SAU (ha) 71 78 112
SFP (ha) 58 65 73
%SFP 82% 83% 65%
Nombre de vaches laitières (VL) 47 54 59
Lait/VL (l/an) 6 174 6 591 6 919
Lait par exploitation (l/an) 290 200 355 900 410 550
Lait/ha SFP 5 003 5 475 5 626
UGB/VL 1.62 1.63 2,00
UGB/ha SFP 1.31 1.35 1,63
% montagne piémont 41% 40% 20%
(% montagne-piémont, toutes exploitations laitières) 24% 24% 24%
Prix du lait €/1000l 357 325 (versus 459 pour les exploitations non retenus du fait du filtre sur la variation du prix du lait, inférieure à 20€/1000l en 2015)

La structure des paniers de charges et de produits retenus dans les IPAMPA Lait de vache et MILC, pour 2010 et 2015, figurent dans le tableau ci-dessous. Le poids plus élevé des aliments achetés s'explique par la hausse du prix unitaire des aliments achetés entre 2010 et 2015 (+19% pour l'indice aliments achetés de l'IPAMPA Lait de vache) et par l'évolution de l'échantillon (les exploitations de polyculture-élevage de plaine utilisant plus d'aliments pour produire un  litre de lait). Les postes engrais et charges fixes (biens d'investissements et frais généraux) évoluent en raison de l'évolution de l'échantillon (notamment la taille et la localisation des exploitations) et du passage d'une méthode « charges totales d'exploitations presque spécialisées ramenées au litre de lait » aux charges de l'atelier lait.

 

Comparaison des paniers de produits et de charges utilisés dans IPAMPA Lait de vache et MILC pour 2010 et 2015

Source : Agreste RICA – traitement Institut de l’Elevage
IPAMPA Lait et MILC 2010 (exploitations spécialisées) €/1000 l IPAMPA Lait et MILC 2010 (exploitations spécialisées) % IPAMPA Lait et MILC 2015 (ateliers lait soumis volatilité) €/1000 l IPAMPA Lait et MILC 2015 (ateliers lait soumis volatilité) %
Panier de charges
Aliments achetés 73,4 22% 91.82 32%
Produits vétérinaires et services 18,1 6% 18.93 7%
Engrais et amendements 18,9 6% 13.81 5%
Semences 12 4% 8.75 3%
Produits de protection cultures 8,8 3% 7.18 2%
Energie et lubrifiants 24,5 7% 23.64 8%
Fournitures 16,3 5% 11.67 4%
Entretien du matériel 19,7 6% 16.83 6%
Entretien des bâtiments 4,6 1% 3.89 1%
Frais généraux 36,8 11% 25.74 9%
Sous total : Biens et services de consommations courantes 233 71% 222.25 77%
Matériels et installations 63 19% 46.64 16%
Bâtiments 32 10% 21.18 7%
Sous total : Biens d'investissement 95 29% 67.82 23%
Charges indicées dans l’IPAMPA Lait de Vache, et utilisées pour MILC 328 100% 290.07 100%
Panier de produits
Lait de vache 350.2 325.39
Co-produit viande bovine 61.9 48.13
Dont veaux de 8 jours 7.9 5.10
Dont vaches de réforme 29.8 30.36
Dont autres (génisses, et quelques mâles en 2010) 24.2 12.67
Cultures de vente (ventes, hors intraconsommation) 30.3 0
Produits indicés dans MILC Lait de Vache 442.4 373.52

La corrélation entre l'indicateur MILC, calculé de façon très simple (paniers fixes de charges et de produits avec actualisation des prix unitaires de ventes et d'achats), et la marge par litre (de même périmètre que MILC) constatée année après année en regroupant les exploitations du RICA par trimestre de clôture est élevée (r=0,89; cf graph ci-dessous). Car sur la période 2007-2016, l'indicateur a anticipé assez fidèlement les conséquences économiques de conjonctures favorables (2007, 2011, 2014) ou défavorables (2009, 2015-16: prix du lait; 2012: prix des charges) à la production laitière.

La corrélation reste très significative avec la rémunération permise pour la main d'oeuvre affectée à l'atelier lait, mais elle est plus faible (r=0,73; cf graph ci-dessous). En effet ce dernier calcul, obtenu après calcul des coûts de production complets de l'atelier lait (et non pas des seules charges suivies dans le cadre de l'IPAMPA lait, 70% environ) tient également compte de la totalité des produits affectés à l'atelier (dont les aides de la politique agricole). Ces éléments non intégrés à MILC ne peuvent pas être actualisés mensuellement avec la méthode retenue pour l'IPAMPA Lait de vache et MILC. Ils font l'objet de calculs annuels à partir du RICA.

Précautions d'utilisation

Une valeur absolue isolée de la marge MILC (une marge hors aides, ni marge brute, ni marge nette) ne peut pas être interprétée facilement en tant que telle, faute de repères usuels. L'interprétation doit être faite en comparant son niveau avec les niveaux atteints dans le passé en moyenne ou durant des périodes jugées comme favorables ou défavorables, voire de crises économiques pour la production laitière.  La marge MILC connaît des fluctuations saisonnières importantes liées au prix du lait et aux prix des bovins (vaches de réforme, veau). Ces valeurs brutes non désaisonnalisées sont à considérer avec précaution car les paniers de produits et charges sont fixes, indépendants du mois. Le résultat du lissage des 12 derniers mois doit également être observé en parallèle.    Par ailleurs, du fait des révisions des séries de prix de produits et de charges (IPAMPA), la MILC d'un mois donné est, comme ces séries, susceptible d'être légèrement révisée plusieurs mois après sa première publication.