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En bovin allaitant, gérer au mieux la pénurie de fourrages tout en s’adaptant aux fortes chaleurs

Publié le par Jérémy Douhay (Institut de l'Elevage - Ferme Expérimentale de Jalogny), Stéphane Passerieux (Institut de l'Elevage), Bertrand Deroche (Institut de l'Elevage)
Alimentation - Abreuvement Bâtiment Conseil en élevage Cultures fourragères Eau Evaluation environnementale Fourrages Systèmes fourragers
La succession anormalement précoce et intense des trois vagues de chaleur de mai, juin et juillet a des impacts directs sur la production fourragère, les performances et le bien-être des animaux. Cet article liste des conseils pratiques à destination des éleveurs et des conseillers bovin viande pour s’adapter au mieux à cette situation inédite.

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Etat des lieux de la situation en juillet 2026

La canicule précoce et intense pénalise les stocks fourragers et la gestion du pâturage :

  • Des températures records en juin 2026 : + 3,8 °C aux normales saisonnières, avec des températures supérieures à 40°C.
  • Un déficit pluviométrique important : juin 2026 se classe au 6ème rang des mois de juin les plus secs jamais observés, avec un déficit de précipitations de 50 % à l’échelle nationale.
  • Des nappes phréatiques avec des niveaux inférieurs aux normales saisonnières pour 54 % des points de suivi.
  • Des restrictions d’usage de l’eau : au 10 juillet 2026, près de 80 % du territoire était soumis à des restrictions d’usage de l’eau.
  • Les prairies sont grillées sur une grande partie du territoire, avec une pousse de l’herbe à l’arrêt.
  • Pas ou peu de rendements sur les deuxièmes coupes de fourrages réalisées.
  • Les maïs subissent un manque d’eau critique, limitant leur croissance et provoquant des brûlures importantes, avec des baisses de rendements et de qualité des ensilages déjà réalisés ou à venir.

Extrait tiré de la note agro-climatique 2026 n°5 Juillet 2026 : Une succession anormalement précoce et intense de canicules grille les prairies et les maïs

Malgré ces conditions difficiles, quelques points positifs sont à noter :

  • Des enrubannages et des foins 2026 de bonne qualité, avec des récoltes précoces,
  • Pour certaines zones et élevages, des reports de stocks de l’hiver 2025/2026 sont présents.

Evaluer ses stocks pour prévoir et adapter les pratiques hivernales

En premier lieu, il est stratégique d’établir un état de ses stocks de fourrages disponibles, dont la paille, en tenant compte des affouragements au pâturage à prévoir et en estimant les récoltes qui restent à effectuer.

Réaliser le bilan de ses stocks fourragers permettra d’évaluer les besoins en fourrages stockés jusqu’au printemps suivant (en estimant les effectifs qui seront présents et les besoins des différentes catégories animales) et les comparer aux récoltes déjà réalisées.

Un fichier Excel peut servir de support de calcul, appuyé d’un fichier d’aide à l’estimation de ses stocks.

Le taux de matière sèche (MS) est demandé dans ce bilan des stocks. Pour être le plus précis possible, il est possible d’évaluer ce taux pour chaque aliment via la méthode micro-ondes.

Dans l’éventualité où l’achat de fourrages et/ou concentrés s’avère nécessaire, le regroupement avec d’autres élevages pour mutualiser la commande peut s’avérer pertinente.

Avant cela, plusieurs leviers peuvent être passés en revue.

Assurer les besoins alimentaires et adapter la complémentation

Pour éviter de provoquer l’épuisement des prairies par le surpâturage, il est préférable de concentrer les animaux du troupeau sur une parcelle dite « parking » et de les affourager. Dans les parcelles conduites en pâturage continu, les animaux peuvent être bloqués sur une petite surface avec un fil électrique. Il faudra attendre le retour des pluies, puis la reprise en végétation de la prairie (environ 3 semaines) pour envisager le retour des animaux sur ces parcelles.

Selon les stocks disponibles de l’exploitation et les éventuels reports de stocks de 2025, l’affouragement se fera avec des fourrages adaptés aux besoins des animaux. Il est généralement admis cet ordre croissant de qualité des fourrages : paille, foin, enrubannage, ensilage. Néanmoins, une analyse laboratoire sera essentielle pour le vérifier et répondre à cet objectif. Cette recommandation est d’autant plus nécessaire avec des fourrages ayant subi la sécheresse estivale, tel le maïs destiné à être ensilé. Une analyse de la composition chimique sera plus qualitative dans ces conditions qu’une analyse infrarouge, et permettra un meilleur rationnement.

Le foin est la solution la plus simple au pâturage. De qualité généralement correcte, il est bien adapté pour des vaches garanties pleines, en seconde partie de lactation ou pour des génisses en vêlage à 3 ans. Pour des génisses en vêlage à 2 ans, des vaches en première partie de lactation, il est préférable de distribuer un ensilage ou un enrubannage, sinon il faut prévoir de compléter le foin avec du concentré.

Pour des animaux à l’engraissement, le maintien d’une ration qualitative, avec des fourrages et concentrés adaptés aux besoins, reste primordial pour atteindre un objectif de poids vif et/ou note d’état corporel. La durée de finition et de consommation de stocks est ainsi limitée. Les fortes chaleurs peuvent réduire et faire fluctuer fortement l’ingestion des bovins, surtout avec des rations riches en glucides rapidement fermentescibles. Un contrôle des refus alimentaires quotidien assure un ajustement de la distribution et évite le gaspillage. L’observation des animaux reste primordiale sur ces rations dont le risque acidogène s’accroit avec les fortes chaleurs. Un apport de bicarbonate de soude à 1% de la ration en matière sèche peut en partie le sécuriser, mais ne remplace pas l’apport d’un fourrage fibreux. Si le concentré est apporté séparément des fourrages dans la ration, il peut être fractionné en 2 apports, matin et après-midi, pour réduire ce risque.

L’allotement des animaux par stade physiologique reste fondamental pour différencier et piloter au mieux leur alimentation.

N’oublions pas que le plan d’alimentation estival doit tenir compte du plan hivernal ! Il sera nécessaire de conserver des fourrages qualitatifs pour les animaux qui auront de forts besoins en hiver.

Adapter son bâtiment pour limiter le stress thermique

En période de canicule, le bâtiment doit avant tout protéger les animaux restés ou rentrés en bâtiment du rayonnement solaire tout en favorisant une bonne circulation de l'air. La priorité est de réduire la chaleur accumulée en gérant les ouvertures pour créer de l'ombre sans freiner la ventilation naturelle. Si la ventilation naturelle ne suffit pas, l'installation de ventilateurs peut améliorer le confort des animaux, à condition que le bâtiment soit suffisamment ouvert pour assurer un réel renouvellement de l'air. Enfin, la brumisation ou le douchage ne doivent être envisagés qu'en dernier recours, toujours associés à une ventilation mécanique performante afin de favoriser l'évaporation de l'eau sans augmenter excessivement l'humidité de l'air.

D’autres pratiques complémentaires sont aussi envisageables. Une distribution de la ration en soirée / aux heures les plus fraîches favorise l’ingestion et réduit l’échauffement de la ration, surtout avec des aliments humides (ensilage, enrubannage, coproduits humides). Réduire la densité animale dans les cases permet aussi de limiter la compétition sur l’accès à l’alimentation et le contact entre les animaux pour un meilleur confort. Afin d’éviter tout inconfort thermique, les manipulations et les déplacements d’animaux devront être réduits ou privilégiés aux heures les plus fraîches de la journée.

Au pâturage, la température ressentie à l’ombre peut aller jusqu’à 14°C de moins qu’en plein soleil. Il s’agira donc d’opter pour une prairie arborée avec une bonne répartition des plantations pour obtenir un microclimat bénéfique.

Remplacer la paille de litière par une autre ressource

Les rendements en paille sont variables en 2026 et réduits dans plusieurs régions, notamment à cause de la sécheresse. Cette ressource subit une double tension, entre son utilisation pour le paillage et le dépannage comme fourrage en période de pénurie fourragère. Cette stratégie suppose toutefois d’optimiser le paillage grâce à des litières alternatives ou à des pratiques limitant les besoins en paille.

En substitution du paillage, nous retrouvons le bois sous diverses formes (copeaux, écorce, plaquette, sciure ou granulé), qui assure un meilleur confort thermique en absence d’échauffement s’il est suffisamment sec lors de son utilisation. De nombreuses autres ressources végétales existent, tel le miscanthus, le switchgrass, le colza, ou minérales, comme la dolomie ou le sable calco-magnésien très fin. Chaque solution possède un pouvoir absorbant spécifique.

Conseils d'utilisation de la paille

Quelles alternatives à la paille en élevage bovin viande ? 

Pourquoi - Comment Utilisation de bois de plaquettes pour la litière des animaux

Journal allaitant n°12 - février 2025 Quelles alternatives à la paille de litière ?

Alternatives à la paille : des éleveurs du dispositif INOSYS partagent leur expérience

Parmi les pratiques:

  • un paillage 2 fois par jour économise 10 à 20 % de paille, contre 20 à 30 % avec un ébousage à la fourche.
  • Assurer une ventilation naturelle ou avec des brasseurs d'air réduit le paillage, de même que la sortie du troupeau sur une parcelle parking ou une aire d’exercice.
  • Le surpaillage n’apporte aucun gain de propreté au-delà des 11 kg/vache et veau/jour ou 5 à 6 kg/jeune bovin/jour. Un essai à Saint Hilaire en Woëvre a néanmoins constaté qu’une réduction de 4,8 à 3,6 kg/jeune bovin/jour n’avait entraîné aucune conséquence sur la propreté pendant la période estivale.

Pour en savoir plus sur ces leviers, consultez ces liens :

Dans un contexte de tension sur la disponibilité en paille, l'achat mutualisé entre voisins peut faciliter la négociation et l’accès à une ressource nécessitant le transport d’un gros volume. Les échanges paille-fumier sont un levier d’intérêt selon la distance de transport entre la ferme et la parcelle, le prix de la paille en andain acheté et le coût de fertilisant rendu.

Selon le système INRA, la paille apporte peu d’énergie, d’azote (paille de blé : 0,42 UFL, 22 g PDIN, 44 g PDIE/kg MS), de minéraux et vitamines. Elle assure ici un rôle d’encombrement pour que le rumen fonctionne.

Elle convient davantage aux bovins à besoins modérés, mais peut être complémentée avec d’autres fourrages et concentrés pour couvrir davantage de besoins nutritifs. L’apport de mélasse entre 0,5 et 1% de la paille favorise son ingestion et l’enrichit un peu en énergie. Le traitement à l'ammoniac ou à l'urée améliore sa digestibilité et son ingestion (+20 à 28 %). En cas de surdosage, il expose à un risque d'intoxication par l’ammoniaque (méthémoglobinémie). L’adaptation des animaux doit être progressive. Son utilisation est parfois interdite dans certains cahiers des charges et proscrite chez les jeunes veaux non ruminants

Pour en savoir plus :

Journal allaitant n°12 - février 2025 Quelles alternatives à la paille de litière ?

Les leviers pour réduire la consommation de paille

Arvalis - Rediriger la paille pour l'alimentation des bovins afin de pallier le déficit

Alternatives à la paille : des éleveurs du dispositif INOSYS partagent leur expérience

Pourquoi - Comment Utilisation de bois de plaquettes pour la litière des animaux

Gestion de l’eau et abreuvement

En période de sécheresse, l'accès à une eau d'abreuvement en quantité suffisante et de bonne qualité est indispensable. Un bovin adulte consomme généralement 35 à 100 litres d'eau par jour, voire davantage lors de fortes chaleurs. En été, un lot de 20 vaches allaitantes suitées a un besoin journalier moyen de 1 900 litres. Toute restriction d'abreuvement ou une eau de qualité insuffisante entraîne une baisse de consommation, avec des répercussions directes sur les performances des animaux. Les bovins étant très sensibles au goût et à l'odeur de l'eau, il est essentiel de privilégier des ressources de qualité garantie (réseau, forage ou puits préalablement analysé). À défaut, préférer une eau courante, limpide et non exposée à des sources de pollution en amont. Les eaux stagnantes (mares, étangs...) sont à éviter en raison de leur forte charge microbienne et des risques sanitaires associés (salmonellose, leptospirose). Des traitements sont possibles, mais leur coût doit être mis en balance avec le volume d'eau disponible et la faisabilité. Il est aussi indispensable de contrôler le débit, aussi important que le volume. Pour un abreuvoir situé à moins de 200 m des animaux en général, le débit nécessaire est de 2,9 m3/h.

Enfin, surveiller régulièrement les points d'abreuvement : vérifier leur propreté, leur bon fonctionnement, le débit et prévoir des points d'eau supplémentaires si nécessaire afin de garantir un accès permanent à tous les animaux.

Besoin d’en savoir plus ? consultez le Guide de l’Abreuvement du projet ASSECC.

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Tableau 1 : Grille d’appréciation de la note d’état d’engraissement corporel des vaches allaitantes

Un amaigrissement du troupeau à raisonner selon le stade physiologique

Lorsque les conditions de pâturage sont dégradées, les deux objectifs prioritaires sont :

  • Maintenir les vaches suitées et les génisses dans un état corporel qui n’altère pas leurs capacités de production actuelles et futures ;
  • Assurer un niveau de croissance minimum des veaux.

Dans ces situations, les vaches allaitantes peuvent supporter une restriction alimentaire temporaire (durant 1 à 2 mois) dont l’importance dépend de leur stade de production et de leur état corporel initial. On visera à ne pas descendre en dessous d’une note de 2 (sur une échelle de 0 à 5) avant la reproduction, puis en dessous de 1,5 une fois la période de reproduction terminée. Dans ces conditions et au-delà du 3ème mois de lactation, une baisse du niveau de production laitière est cependant à prévoir.

Une évaluation tous les 1 à 2 mois de l’état corporel des animaux à partir de la grille ci-dessous aidera à piloter leur plan d’alimentation.

Tableau 1 : Grille d’appréciation de la note d’état d’engraissement corporel des vaches allaitantes

Pour les vaches suitées et leurs veaux, les adaptations sont à raisonner en fonction des périodes de vêlages qui conditionnent les périodes de mise à la reproduction et l’âge des broutards au moment du déficit d’herbe au pâturage.

Pour les vêlages précoces d’automne, le sevrage des veaux a déjà été réalisé mais pour les vêlages de début d’hiver, les veaux peuvent être sevrés (cf. chapitre dédié) pour décharger la prairie / l’élevage et réduire les besoins énergétiques de la mère de 1,5 UFL environ. Eviter un amaigrissement en fin de gestation est primordial. Un apport de 70 % des besoins UFL peut convenir, soit 9,5 kg bruts d’un foin à 0,65 UFL par vache et par jour.

Pour les vêlages plus tardifs (après février), la reproduction se termine en début d’été et les veaux sont encore jeunes. Il s’agit de distribuer un fourrage de bonne qualité pour limiter l’amaigrissement des vaches et couvrir les besoins (10 UFL), notamment la production laitière pour assurer une bonne croissance du veau qui dépend essentiellement du lait maternel au jeune âge.

Concernant les primipares, les restrictions alimentaires devront être limitées au maximum afin d’éviter leur amaigrissement, en particulier durant les trois derniers mois de gestation. La distribution d’environ 7 à 8 kg brut de foin, complétée par 1 à 2 kg d’un aliment à 16-18 % de MAT, permet généralement d’atteindre cet objectif. Toutefois, ce concentré peut être remplacé, en tout ou partie, par un fourrage de très bonne qualité (foin précoce, enrubannage ou ensilage d'herbe riche).

Chez les génisses d’élevage de 18 à 24 mois conduites en vue d’un vêlage à 3 ans, une restriction alimentaire modérée de l’ordre d’1 UFL par jour (réduction de croissance de l’ordre de 300 g/j), sur des périodes n’excédant pas 2 à 3 mois, est sans conséquence sur les performances futures et la carrière de l’animal. Et cela, est d’autant plus vrai dans la mesure où cette restriction peut être compensée ultérieurement par des conditions plus favorables permettant de réaliser une croissance compensatrice. Attention, des restrictions alimentaires pratiquées trop tôt ou trop sévères ne peuvent jamais se compenser totalement !

Sevrer précocement les veaux

A partir de 5 à 6 mois, autour de 220 kg vifs environ, le sevrage des veaux est possible. Cela permet d’anticiper la réforme des vaches vides, de sauvegarder l’état de celles qui sont pleines et adapter leur alimentation à leur besoin comme évoqué précédemment. Le sevrage précoce est d’autant plus facile que les veaux consomment avant sevrage entre 1,5 à 2 kg de concentré par jour sous la mère. Après le sevrage, si les broutards(es) sont conservés au pâturage, la complémentation sera maintenue. Selon la disponibilité en herbe, entre 2 et 4 kg de concentrés (18 % de MAT maximum et 10 % de cellulose minimum) seront distribués avec éventuellement du foin. Pour une vente de broutards alourdis, voire plus tôt dans la saison, cette complémentation peut être augmentée.

Voici un exemple de mélange fermier pour broutard, pour 100 kg d’aliment : 25 kg de tourteau de colza, 73 kg de blé et 2 kg de CMV.

En cas de sevrage plus tardif, il ne faut pas hésiter à complémenter les jeunes veaux pour compenser la baisse de production laitière des mères, et donc soutenir la croissance des veaux, et faciliter la transition alimentaire pour le sevrage.

Pour les veaux femelles, le niveau de croissance minimum à maintenir pour ne pas handicaper les performances futures est de l’ordre de 750 à 900 g/jour jusqu’au sevrage.

Anticiper les ventes d’animaux pour préserver les ressources fourragères

Dans certaines situations, le changement d’orientation de la production permettra d’alléger davantage le chargement de l’exploitation et réserver l’herbe ou les stocks fourragers encore disponibles au troupeau ou à l’engraissement. Ainsi, il peut également être envisagé de vendre des bovins en maigre ou de diminuer les objectifs de poids de carcasse des jeunes bovins ou des génisses de boucherie. Pour les vaches de réforme, un état d’engraissement inférieur à celui préconisé habituellement pourra être envisagé. Ce levier aura un impact défavorable sur le poids de carcasse. De plus, il est conseillé de réaliser des diagnostics de gestation afin de détecter les vaches vides le plus rapidement possible et de les réformer.

La décision de changement de type de production doit toutefois être prise en concertation avec l’opérateur commercial et s’appuyer sur une évaluation technico-économique intégrant l’acceptabilité des marchés, les prix de vente des bovins maigres et gras, le coût des concentrés, ainsi que l’état des stocks alimentaires disponibles sur l’exploitation.

La complémentation minérale et vitaminique

La restriction d’ingestion peut être choisie par l’éleveur ou subit, en raison des fortes températures. Ceci, combiné à un apport de fourrages conservés, réduit les apports en minéraux et vitamines. La transpiration amplifie également ce déficit. Un apport de sel pour améliorer l’appétence de la ration et l’ingestion est un premier pas. L’ajout d’un complément minéral et vitaminique en libre accès ou directement dans la ration est recommandé pour les catégories en croissance, reproduction, fin de gestation et début de lactation. Il sera adapté selon la composition de la ration pour éviter tout excès pouvant limiter l’absorption d’autres minéraux et couvrir les besoins.

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Préparer au mieux les prochains cycles de pâturage

Une repousse d’herbe automnale est encore possible et pourrait en partie compenser les déficits fourragers actuels. Pour profiter au mieux des prochaines pluies, il est important de laisser le temps aux prairies de récupérer. Pour cela, il est préférable de maintenir la distribution de fourrages grossiers jusqu’à ce que le stock d’herbe sur pied soit en partie reconstitué. Une fois les prairies bien reparties, il est recommandé de reprendre un pâturage tournant pour offrir aux vaches une herbe de qualité, propice à la reconstitution de leurs réserves corporelles. Le pâturage tournant permet également d’augmenter la productivité des prairies à l’automne et d’allonger d’autant le temps de pâture en fin de saison.

Rattraper son déficit fourrager grâce aux cultures de dérobées d’été ou à croissance rapide

Les dérobées estivales constituent une opportunité pour compléter ses stocks fourragers. Toutefois, leur production reste très dépendante des conditions météorologiques et ne compensera pas systématiquement le déficit créé par la sécheresse. Il peut aller d’un échec total (0 TMS/ha) à plus de 5 TMS/ha selon les conditions d’implantation et les précipitations reçues durant le cycle de culture.

Plusieurs espèces sont envisageables. Parmi les graminées, l'avoine, le sorgho multicoupe ou le moha figurent parmi les options les plus adaptées. Le ray-grass d'Italie est plutôt à réserver aux semis de fin d'été et présente l'avantage de pouvoir être valorisé également au printemps suivant. Les crucifères, notamment le colza fourrager, offrent également un bon potentiel dans les semis estivaux. En culture pure, elles conviennent bien au pâturage ; en vue d'une récolte mécanique, elles gagnent à être associées à une graminée. Les légumineuses, souvent intégrées dans les mélanges, permettent quant à elles d'améliorer la valeur protéique du fourrage.

L'implantation doit être raisonnée au plus près des précipitations. Il est conseillé de semer uniquement à l'approche d'un épisode pluvieux significatif afin de sécuriser la levée. Compte tenu du risque d'échec lié à la sécheresse, les coûts d'implantation doivent rester limités avec une préparation du sol simplifiée. Ce levier doit être considéré comme une opportunité pour sécuriser partiellement ses stocks en adaptant les investissements engagés au potentiel de la parcelle.

Adaptation des différentes espèces en dérobée selon les dates de semis (source : Arvalis)

Implanter des cultures à croissance rapide pour un pâturage d'appoint est une stratégie intéressante en élevage bovin allaitant pour produire rapidement un fourrage de qualité tout en limitant les coûts.

Les mélanges associant une graminée (ray-grass italien ou de l'avoine) et une crucifère (colza ou navet fourrager) sont souvent appréciés car ils combinent un bon rendement, une excellente appétence et une qualité alimentaire adaptée au pâturage d'automne.

Maïs fourrage : quelle stratégie adopter en période de sécheresse ?

Les conditions caniculaires et le déficit hydrique observés depuis plusieurs semaines interviennent à une période particulièrement sensible pour le maïs : la floraison. À ce stade, le stress hydrique peut perturber l'émission des soies et la fécondation des épis, avec des conséquences directes sur le rendement et la qualité du fourrage avec moins de grains riches en amidon. Si le maïs supporte généralement bien les températures élevées, les fortes chaleurs répétées accentuent les effets du manque d'eau. Dans les conditions actuelles, une perte très importante de rendement est à envisager.

La décision d'ensiler précocement doit tenir compte de la part de surface encore verte, susceptible de repartir et du volume de biomasse disponible.

Trois situations peuvent être distinguées (Chambre d’Agriculture Saône-et-Loire, 2026) :

  • Stress modéré : Les plantes restent majoritairement vertes, malgré l'enroulement des feuilles et le dessèchement de quelques feuilles basses. Un redémarrage est possible en cas de pluie. Il est préférable d'attendre la floraison femelle afin d'évaluer le potentiel d'épis avant de décider d'une récolte anticipée.
  • Situation intermédiaire : Plus de 30 % des feuilles sont desséchées et les dernières feuilles émises commencent à blanchir. Un redémarrage reste possible si la pluie revient. La teneur en matière sèche est souvent trop faible pour l'ensilage ; l'affouragement en vert ou le pâturage peuvent alors être envisagés en l'absence de pluie à court terme.
  • Situation critique : Il reste moins de deux feuilles vertes et la croissance est arrêtée. Un retour des pluies ne permettra plus de relancer la culture. Une récolte rapide doit être envisagée afin de préserver la qualité du fourrage.

La récolte du maïs doit être réfléchie en confrontant l’intérêt économique, avec le coût de mécanisation rapporté au tonnage récolté, et la nécessité de constituer un stock pour couvrir les besoins hivernaux. Certains peuvent ainsi préférer faire pâturer le maïs sur pied pour limiter ces frais. Auquel cas, la surface doit être attribuée progressivement (pâturage fil avant, paddocks) pour éviter le piétinement et favoriser la valorisation d’un maximum de feuilles et de tiges.

La qualité du maïs fourrage en condition de sécheresse est peu référencée, d’autant plus sur des stades avant la formation du grain. Ce fourrage récolté précocement contient un peu plus de MAT, davantage de fibres (NDF) et surtout de glucides solubles qu’un maïs avec épis, assurant une bonne conservation en ensilage. Une évaluation de la teneur en matière sèche à la récolte aidera à définir la date de récolte optimale et gérer la conservation. Pour un taux de matière sèche supérieur à 28%, les recommandations habituelles de longueur de brins (8 – 12 mm) s’appliquent. En deçà de ce seuil, une coupe en brins plus longs peut être privilégiée, voire le mélange avec un fourrage plus sec, pour capter les jus. Une analyse laboratoire reste essentielle après fermentation. Les équations INRAE de prédiction de la valeur alimentaire n’étant pas construites sur ce type de fourrage, il conviendra d’ajuster le rationnement selon l’observation des animaux, leur ingestion et performances.

Le sorgho, une solution face à la sécheresse

Grâce à sa bonne résistance au déficit hydrique, le sorgho constitue une alternative intéressante au maïs dans les secteurs régulièrement touchés par la sécheresse. Il permet de sécuriser la production de fourrage lorsque les conditions estivales sont difficiles. Selon les besoins de l'exploitation, il peut être récolté en ensilage, utilisé en pâturage ou en affouragement en vert. Pour obtenir de bons résultats au pâturage, il est important d'attendre une hauteur d'au moins 60 à 70 cm avant le pâturage afin de limiter les risques d'intoxication liés à l'acide cyanhydrique.

Pour aller plus loin :

Sorgho fourrager conduite technique 2025

Compte-rendu méteils et sorghos FERM’INOV

Compte-rendu sorgho et engraissement FERM’INOV

Les sources alternatives de fourrages

L’utilisation d’autres ressources fourragères disponibles peuvent questionner dans cette situation. Certaines solutions permettent l’utilisation de fourrages en vert (tournesol, silphe), mais les références des valeurs alimentaires INRAE sont anciennes. Avant tout changement, questionnez votre conseiller s’il existe des références en la matière. Comme pour le maïs récolté avant la formation de l’épis, il convient de rester prudent sur l’utilisation de ces fourrages, notamment leur qualité à la suite d’une analyse laboratoire, leur mode de conservation et la valorisation animale qui en découle.

La repousse de cultures de printemps / été (céréales, colza …) après récolte est une opportunité de pâturage avant l’implantation d’une autre culture.

Les feuilles d’arbustes ou d’arbres représentent également un stock ponctuel pour l’affouragement du troupeau. Distribuées au sol, à l’auge ou en pâturage direct, chacun trouvera les avantages et inconvénients de ce levier dans le recueil technique Valoriser les arbres de sa ferme en fourrages complémentaires, avec des témoignages d’éleveurs.

La qualité nutritive (MAT et digestibilité) dépend de l’essence valorisée et reste relativement stable au cours de l’été, tandis que l’appétence sera affectée par des métabolites secondaires, comme les tanins.

Si vous avez un doute sur la toxicité d’un arbre ou d’une plante en général, demandez conseil à votre vétérinaire ou renseignez-vous sur VégéTox : Toxicologie Végétale Vétérinaire.

Gérer les infestations de parasites internes et externes

La sécheresse est une période à risque pour la santé des animaux. Ce paragraphe attire l’attention en élevage sur certains éléments et ne remplace pas la consultation d’un vétérinaire qui reste l’interlocuteur privilégié pour définir la stratégie, les traitements et les protocoles sanitaires les plus adaptés à la situation de l'élevage.

Les fortes chaleurs favorisent généralement le développement de certains parasites externes. Il peut être utile de surveiller leur présence sur les animaux et d'adapter, si nécessaire, la fréquence des traitements antiparasitaires externes, qui peut être de l'ordre de toutes les 3 à 4 semaines selon le contexte sanitaire de l'élevage.

Par ailleurs, un pâturage plus ras et des prés en zones humides exposent davantage les bovins aux parasites internes (strongles digestifs et pulmonaires, grande et petite douve, paramphistomes …). Pour les veaux n'ayant pas été traités depuis la mise à l'herbe et les génisses de renouvellement, la période du sevrage constitue un moment propice pour faire le point sur la nécessité d'un traitement, qu'il soit réalisé au sevrage avec un produit à action immédiate ou dans le mois précédent avec un produit à action rémanente. Chez les adultes, l'opportunité d'un traitement peut également être évaluée avant le vêlage ou lors du retour en bâtiment. La réalisation de coprologies en début d’hiver permettra d'apprécier le niveau d'infestation et d'adapter les interventions au contexte de chaque élevage.