Pénurie de fourrages 2026 : quelques conseils pour adapter vos conduites
Une situation qui rappelle les précédents épisodes de sécheresse
Le déficit hydrique et les vagues de chaleur de l'été 2026 ont fortement réduit la pousse de l'herbe et pesé sur les rendements des cultures fourragères dans plusieurs bassins d'élevage. Comme lors des sécheresses précédentes, les organisations professionnelles alertent sur des tensions durables sur les stocks et appellent à réserver en priorité les fourrages disponibles à l'alimentation des animaux. Dans ce contexte, la première urgence pour chaque éleveur est de mesurer précisément l'ampleur du déficit sur son exploitation avant d'agir dans la précipitation.
Le bilan fourrager, point de départ commun à toutes les filières
Quelle que soit la production, la première étape reste la même : établir un bilan fourrager, c'est-à-dire comparer les besoins prévisionnels du troupeau aux stocks réellement disponibles, pour évaluer le déficit et mettre en œuvre les adaptations qui s'imposent dès l'automne. En situation de pénurie confirmée, cette approche doit être affinée et le suivi des stocks réalisé de façon rapprochée, idéalement chaque semaine, afin d'ajuster les décisions au fil de la campagne.
Pour établir le bilan fourrager, l'éleveur doit rassembler ses stocks de report, ses récoltes de l'année, ses achats éventuels et la part attendue du pâturage, puis les rapprocher des besoins du troupeau exprimés en matière sèche. Par prudence, il est conseillé de raisonner sur une hypothèse pessimiste, en tablant par exemple sur une ration hivernale complète jusqu'au printemps plutôt que sur une mise à l'herbe précoce, et de viser un matelas de sécurité correspondant à environ deux mois de stocks excédentaires. Pour cuber les silos et convertir les stocks de fourrages pressés en tonnes de matière sèche, l'Institut de l'Élevage met à disposition une fiche méthodologique dédiée à l'estimation des stocks, qui détaille pas à pas la marche à suivre.
Ce travail de diagnostic conditionne l'ensemble des choix qui suivent : ajustement du chargement, arbitrage entre les catégories d'animaux, recours à des ressources de substitution ou, en dernier recours, réduction des effectifs.
Accompagner les surfaces fourragères avant, pendant et après la sécheresse
Pendant la sécheresse, dès que la pousse de l'herbe s'arrête et que le couvert est exploité, mieux vaut resserrer les animaux sur des parcelles « parking » à faible potentiel, quitte à les sacrifier, plutôt que de laisser un surpâturage généralisé dégrader l'ensemble des prairies : cette stratégie protège le potentiel de reprise à l'automne et les années suivantes, moyennant un affouragement complémentaire. Sortir les animaux des parcelles dès que la hauteur d'herbe devient trop faible reste le réflexe de base pour ne pas compromettre les repousses.
Après la sécheresse, si la pluie revient suffisamment tôt et sans que les plantes ni leur système racinaire n'aient été trop altérés par la chaleur, la repousse peut être vigoureuse grâce à la minéralisation du sol. C’est le moment de caractériser le niveau de dégradation de chaque parcelle, et d’envisager les actions correspondantes pouvant aller jusqu’au renouvellement des prairies les plus dégradées.
Pour reconstituer le stock fourrager entamé pendant l’été, l’implantation de dérobées peut être envisagée partout où c’est possible, et notamment sur les surfaces libérées après une récolte de maïs souvent avancée les années sèches. Dans les systèmes de polyculture-élevage qui cultivent du maïs, la part des surfaces en maïs ensilée pourra être augmentée au détriment de la part récoltée en grain
Adapter la conduite des animaux
En bovins lait : combiner leviers de court terme et adaptations durables
Pour les élevages laitiers, plusieurs pistes se combinent plutôt qu'elles ne s'excluent : allonger la période de pâturage grâce à des cultures complémentaires (sorgho, betteraves fourragères, dérobées estivales, colza fourrager), diversifier les ressources pour limiter la dépendance au maïs, ou encore ajuster l'âge au vêlage des génisses selon leurs conditions d'élevage. Si la surface fourragère ne peut être étendue, une réduction du nombre d'animaux peut s'avérer nécessaire pour préserver le volume de lait produit sans dégrader l'équilibre alimentaire du troupeau.
Au-delà de ces réponses immédiates, l'Institut de l'Élevage invite les éleveurs laitiers à engager une réflexion de plus long terme : les étés à répétition de ce type tendent à devenir la norme plutôt que l'exception, ce qui rend les adaptations structurelles des systèmes fourragers plus pertinentes, économiquement, que la gestion récurrente de l'urgence.
En bovins viande : protéger les catégories les plus sensibles
Dans les troupeaux allaitants, les priorités portent sur les femelles suitées et les génisses, dont les besoins doivent être couverts en priorité, tout en sachant que les génisses de 18 à 24 mois peuvent supporter une restriction alimentaire modérée sur une période limitée sans conséquence sur leur carrière future. Le sevrage précoce des veaux, possible dès 5 à 6 mois lorsque les animaux ont déjà consommé du concentré sous la mère, permet également d'anticiper la réforme des vaches vides et de préserver l'état des femelles pleines.
Ces arbitrages doivent être raisonnés au cas par cas, en tenant compte du stade physiologique et de l'état corporel de chaque catégorie d'animaux, pour ne pas hypothéquer les performances de la campagne suivante.
En ovins : sécuriser la fin de gestation malgré la rareté de l'herbe
Une large part des troupeaux ovins lait aborde ou s'apprête à aborder les deux derniers mois de gestation, une période où les besoins des brebis augmentent rapidement du fait de la croissance des agneaux. Même en cas de fourrage limité, il est essentiel de ne pas restreindre les brebis en toute fin de gestation, moment où leur capacité d'ingestion diminue justement quand leurs besoins sont les plus élevés.
En ovins viande, dans l'attente des repousses d'herbe d'automne, les brebis doivent être maintenues sur des surfaces dédiées pour ne pas compromettre ces repousses, avec un apport de foin et, selon le stade physiologique, de concentré. Les brebis taries ou en milieu de gestation peuvent se satisfaire d'un foin de qualité moyenne, à l'exception des animaux les plus maigres, qui nécessitent un tri et une complémentation spécifique.
En caprins : piloter finement la ration et la distribution
En élevage caprin, la gestion de la pénurie passe d'abord par un contrôle des équilibres de ration (apports énergétiques et protéiques, fibrosité, facteurs de risque) puis par un pilotage rigoureux de la distribution quotidienne : pesée des quantités distribuées, suivi du nombre de repas, valorisation raisonnée des repousses automnales en système pâturant. Les effectifs par catégorie évoluant fortement au cours de la campagne, un bilan fourrager précis doit être réactualisé régulièrement.
Lorsque les stocks ne suffisent plus, certains déshydratés d'herbe ou de luzerne, à condition de conserver une fibrosité suffisante, peuvent se substituer en partie au fourrage. Dans certaines situations, réduire l'effectif de chèvres peut être une option plus pertinente que d'acheter du fourrage à un coût élevé.
Des leviers transversaux à ne pas négliger
Deux sujets concernent l'ensemble des filières herbivores :
- Les coproduits, issus de l'industrie agroalimentaire (pulpes de betteraves, lactosérum, drêches), de l'exploitation elle-même (paille de céréales, canne de maïs) ou des filières fruits et légumes, peuvent compléter la ration en cas de déficit. Leur intérêt dépend toutefois de la disponibilité, du prix et de leur valeur alimentaire, à évaluer au cas par cas avec son conseiller.
- L'abreuvement des animaux devient un enjeu à part entière en période de sécheresse, alors que les besoins en eau augmentent avec la chaleur. Si l'élevage ne représente qu'une faible part des prélèvements d'eau à l'échelle nationale, sécuriser l'accès à la ressource sur chaque exploitation reste indispensable.