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Conduite des troupeaux bovins et ovins allaitants durant la période estivale

Utiliser au mieux les capacités d'adaptation des animaux et des prairies

Publié le par Laurence Sagot (Institut de l'Elevage), Philippe Dimon
Alimentation - Abreuvement Gestion du pâturage Systèmes fourragers Cultures fourragères Bovin viande Ovin viande
Après un premier semestre particulièrement pluvieux, l’été reste très sec. Les vagues de chaleur combinées à de faibles précipitations entraînent un déficit en eau des sols superficiels. La végétation s’en trouve affecté : prairies grillées et maïs présentant un retard de développement sont fréquemment observés dans plusieurs régions. Les conditions de pâturage des animaux sont fortement dégradées, avec pas ou peu d’herbe disponible et des perspectives de repousses aléatoires. Les stocks d’herbe, récoltés en quantités compte tenu des conditions climatiques du printemps, sont plutôt de mauvaise qualité.

Dans ces conditions exceptionnelles, les décisions à prendre visent à répartir les ressources fourragères de façon à anticiper une pénurie de fourrages et préserver au mieux les fonctions de production les plus importantes et à ne pas altérer les capacités de production ultérieures. Les conduites à adopter doivent tenir compte des catégories d’animaux, de leur stade de production et de leur état corporel. Le raisonnement des adaptations doit aussi intégrer la préservation du potentiel de repousse des prairies.

Prairies : préserver les capacités de repousse

Quand la situation hydrique revient à la normale après une période de sécheresse, la reprise de végétation est en général très bonne. En effet, le retour de pluies sur un sol chaud provoque un pic de minéralisation, permettant d’assurer la nutrition azotée des graminées, à condition que les plantes et leur système racinaire n’aient pas été épuisés par une surexploitation. Il n’est donc pas nécessaire d’apporter de l’azote minéral, qui ne sera que très peu valorisé.

Ne pas sur-pâturer et entretenir

Pour ne pas compromettre la production de fourrage à venir, il est recommandé de ne pas sur-pâturer les prairies actuellement rases et de laisser un temps de repousse suffisant à celles qui reverdissent. En pratique, le lâcher des animaux pourra se faire quand la hauteur d’herbe sur pied atteindra 8 à 10 cm.

Cette gestion peut conduire à resserrer des lots d’animaux sur une parcelle « sacrifiée » qui sera éventuellement retournée par la suite, et à mettre en place un affouragement et une complémentation selon les besoins des animaux. Au final, cette solution sera moins coûteuse que la perte de production fourragère due à un surpâturage généralisé. Malgré tout, dans certains cas, un entretien, voire un sur-semis de certaines prairies pourra être nécessaire.

Des conditions climatiques favorables à l’automne (pluies suffisantes et températures clémentes, sans gel) permettront de prolonger le pâturage sur les prairies en place, et d’économiser d’autant la consommation de fourrages grossiers.

Penser au pâturage hivernal

On peut également, dans certaines régions, envisager une conduite en pâturage hivernal de décembre à janvier d’une partie du troupeau. Ceci dépendra bien évidemment des conditions de sols, de climat et du type de prairies. Dans ce cas, des adaptations sont à prévoir notamment au niveau du chargement, pour ne pas affecter la production fourragère de printemps.

Bovins : savoir utiliser les réserves corporelles des animaux

En élevage allaitant, lorsque les conditions de pâturage sont dégradées, les deux objectifs prioritaires sont de :

 

  • maintenir les vaches suitées et les génisses dans un état corporel qui n’altère pas leurs capacités de production actuelles et futures ;
  • assurer un niveau de croissance minimum des veaux.

Vaches allaitantes : restriction alimentaire possible mais sous conditions

Dans ces situations, les vaches allaitantes peuvent supporter une restriction alimentaire temporaire (durant 1 à 2 mois) dont l’importance dépend de leur stade de production et de leur état corporel.

On visera à ne pas descendre en dessous d’une note de 2 avant la reproduction, puis en dessous de 1,5 une fois la période de reproduction passée. Dans ces conditions et au-delà du 3ème mois de lactation, une baisse du niveau de production laitière est cependant à prévoir.

La note 2 se caractérise par des côtes saillantes et un léger dépôt adipeux identifiable par le toucher à l’attache de la queue. Habituellement à cette période de l’année les notes d’état sont supérieures à 2,5 (note 3 = absence ou faible dépression intercostale) (voir tableau 1).

Tableau 1 : Grille d’appréciation de la note d’état corporel des vaches allaitantes (Source : d’après Petit et Agabriel, 1993)


Note
Vache maigre Etat moyen Vache grasse
  0 1 2 3 4 5
Main gauche : sur ligament sacro-tubéral (attache de queue)

Peau adhérente

Pincement difficile

Peau tendue

Pincement possible

Peu se décolle

Léger dépôt identifiable

Peau souple

Poignée de gras

Peau souple

Bonne poignée de gras

Peau rebondie

Pleine poignée de gras

Main droite : à plat sur les 2 dernières côtes

Peau tendue et collée sur les côtes

Côtes sèches

Peau tendue et collée sur les côtes

Côtes saillantes

Peau souple

Côtes encore bien distinctes

Peau "roule" entre la main et l'os

Dépression intercostale

Plus de dépression intercostale Un épais "matelas" recouvre les côtes

Veaux : un GMQ minimum à maintenir 

Pour les veaux femelles, le niveau de croissance minimum à maintenir pour ne pas handicaper les performances futures est de l’ordre de 750 à 900 g/jour jusqu’au sevrage. Il en est de même en cas de vêlages d’automne et de début d’hiver pendant la période post-sevrage. Quant aux veaux mâles, la complémentation et les apports de fourrages sont à adapter en fonction de leur destination. En conséquence, pour les vaches suitées et leurs veaux, les adaptations sont à raisonner en fonction des périodes de vêlage (automne, début d’hiver, plein hiver ou début de printemps) qui conditionnent les périodes de mise à la reproduction et l’âge des broutards au moment du déficit d’herbe au pâturage.

Génisses d'élevage : attention à ne pas compromettre les performances futures

Chez les génisses d’élevage de 18 à 24 mois conduites en vue d’un vêlage à 3 ans, une restriction alimentaire modérée de l’ordre d’1 UFL par jour (ce qui correspond à une réduction de la croissance d’environ 300 g par jour), sur des périodes n’excédant pas 2 à 3 mois, est sans conséquence sur les performances futures et la carrière de l’animal, dans la mesure où cette restriction peut être compensée ultérieurement par des conditions plus favorables permettant de réaliser une croissance compensatrice. Toutefois lorsque leurs conditions de pâturage sont difficiles depuis mai, couvrir les besoins d’entretien de ces animaux est un objectif minimum.

Les leviers à actionner en priorité

Concrètement, les leviers d’adaptation vont d’abord reposer sur :

  1. la complémentation des veaux,
  2. l’affouragement des mères selon leur stade de production et leur état corporel,
  3. la période de sevrage,
  4. l’affouragement des génisses d’élevage.

Ensuite, ils pourront être complétés par la réorganisation des lots au pâturage et la gestion des ventes d’été.

Pour les lots de vaches suitées et de génisses, les principales adaptations de conduite, en conditions de pâturage dégradées, sont rassemblées dans les tableaux 2 et 3.

Tableau 2 : Adaptations possibles de la conduite des vaches suitées durant la période estivale en fonction de leur stade de production (Source : Institut de l’Elevage, 2014)

Périodes de vêlages Principaux enjeux et objectifs Marges de manoeuvre Conduite de l'alimentation
Août à Octobre Sevrage réalisé ou en cours Vaches : apports selon les recommandations en fonction de l'état corporel des animaux Affouragement à base de paille + aliment liquide (1 litre d’aliment liquide à 30 % de MAT pour 10 kg de paille) ou paille + 1 à 3 kg de concentré (≈ 20 % de MAT) ou foin en quantité limitée
Veaux mâles et femelles : peu de marges de manoeuvre, conduite habituelle après sevrage
Novembre à mi-Janvier

Reproduction terminée ; fin d’allaitement:

- avancer le sevrage

- assurer un entretien « à l’économie » sans conséquence jusqu’à 2 mois avant le vêlage

Selon l’état corporel :

Vaches en bon état :
apports limités aux 2/3 des besoins (perte d’état supportable de l’ordre de 40 kg de poids vif)

Vaches maigres : couverture des besoins (pas de perte de poids acceptable)

Affouragement à base de paille + aliment liquide (1 litre d’aliment liquide à 30 % de MAT pour 10 kg de paille) ou paille + 1 à 3 kg de concentré (≈ 20 % de MAT) ou foin en quantité limitée

Veaux mâles et femelles : peu de marges de manœuvre, conduite habituelle après sevrage.

Révision éventuelle des objectifs de poids de vente, en maigre à raisonner en fonction du coût des aliments disponibles et de la valorisation des kg supplémentaires

Soigner la transition : poursuivre la distribution du concentré utilisé au pâturage. Correctement complétée selon les objectifs de production, la paille peut être le seul fourrage. Elle est néanmoins déconseillée pour les femelles qui seront conservées pour le renouvellement
Mi-Janvier à mi-Mars

La période de reproduction est terminée.

Veiller à la maîtrise de la mobilisation des réserves corporelles (note d’état minimum : 1,5)

- Compenser le manque d’herbe pour les veaux et les préparer à l’éventualité d’un sevrage plus précoce

Vaches : les affourager selon leur état corporel (comme pour la catégorie précédente). Réaliser un diagnostic de gestation le plus rapidement possible pour  anticiper les réformes (vente ou mise à l’engrais). Affouragement à base de paille + aliment liquide (1 litre d’aliment liquide à 30 % de MAT pour 10 kg de paille) + 2 kg de céréales ou paille + 3  à 5 kg de concentré (≈ 20 % de MAT) ou foin + paille + 1  à 2 kg de concentré

Veaux mâles et femelles : généraliser la complémentation à l’ensemble des lots.

Un sevrage précoce est à prévoir en milieu ou fin d’été en cas de situation de pâturage dégradée qui perdure (un veau peut être sevré à partir de 5 mois dès lors qu’il consomme 1,5 à 2 kg de concentré).

Distribution quotidienne à l’auge d’un mélange comportant  80 % de céréales et20 % de tourteau ou distribution au nourrisseur d’un aliment du commerce (16 % MAT, 11 % cellulose)*

Foin à disposition

Après mi-Mars

Reproduction en cours. 

- Maintenir l’état corporel

- Limiter la baisse de production laitière pour qu’elle ne soit pas irréversible

- Mettre en place la complémentation des veaux

Vaches : pas ou peu de marge de manœuvre,  ce lot est prioritaire au pâturage.

Régime soutenu complémentaire au pré si manque d’herbe.

Affouragement à base de paille + aliment liquide (1 litre d’aliment liquide à 30 % de MAT pour 10 kg de paille) + 2 kg de céréales ou paille + 3  à 5 kg de concentré (≈ 20 % de MAT)  ou foin + paille + 1  à 2 kg de concentré
Veaux mâles et femelles : assurer des croissances d’au moins 700 à 900 g selon les races

Distribution à l’auge d’un mélange comportant 80 % de céréales et  20 % de tourteau ou d’un aliment du commerce (16 % MAT, 11 % cellulose)*

Foin à disposition

* Pour les veaux femelles, limiter si possible les quantités distribuées à 1,5 - 2 kg de concentré/tête/jour

Tableau 3 : Adaptations possibles de la conduite des génisses d'élevage durant la période estivale en fonction de leur âge (Source : Institut de l'Elevage, 2014)

Catégorie d'animaux Principaux enjeux et objectifs Marges de manoeuvre Conduite de l'alimentation
Génisses en fin de gestation (vêlages automne 2011) Maintenir l’état (ne pas descendre en dessous d’une note de 2,5)  notamment pour assurer la réussite de la lactation et  la mise à la  reproduction en fin d’automne.

Peu de marge de manœuvre.

Animaux généralement en bon état qui peuvent  supporter de n’être qu’en état « normal »

Couvrir les besoins de fin gestation selon l’état corporel des animaux.

Affouragement si conditions de pâturage dégradées.
Génisses de 2 à 3 ans gestantes (vêlages hiver 2011/2012)

Période de reproduction terminée.

Entretien « à l’économie » sans conséquence  jusqu’à 2 mois avant le vêlage.
Une période de faible croissance temporaire (0 à 200 g/ jour pendant 2 mois) peut être compensée par une croissance plus élevée en bonnes conditions de pâturage à l’automne.

Génisses en état moyen : couvrir les besoins d’entretien et une croissance minimale de 200 g/j.

Génisses en bon état : apports limités aux 2/3 des besoins
Génisses de 1 à 2 ans Utiliser les capacités de croissance compensatrice (sauf en cas de vêlages à 30 ou 24 mois) Une période de faible croissance temporaire (0 à 200 g/ jour pendant 2 mois) pourra être compensée par une croissance plus élevée  en automne, voire au printemps prochain. Même si des rations à base de paille correctement complémentées peuvent convenir, privilégier si possible un apport de foin qui convient sans apport de concentré.

Ovins : apporter du fourrage et des concentrés aux animaux à forts besoins

En attendant les repousses d’herbe d’automne, il est nécessaire de bloquer les brebis sur des parcelles afin de ne pas compromettre les repousses. Du foin et éventuellement du concentré sont alors apportés selon le stade physiologique. Les brebis taries ou en milieu de gestation se satisfont de foin de qualité moyenne, à l’exception des brebis maigres pour la seconde catégorie. Elles sont alors triées et complémentées à raison de 300 g de céréales par brebis et par jour.

Des fins de gestation en bergerie

En ovins viande, les fins de gestation et lactations ne pourront pas être réalisés à l’herbe cette année pour les agnelages de septembre, voire d’octobre s’il ne pleut pas. Il est plus simple d’alimenter les brebis en fin de gestation (4 à 6 dernières semaines) et en lactation en bergerie que de leur apporter la totalité de la ration dehors : foin et concentré. Compter alors 65 kg de matière sèche de foin par brebis pour la fin de gestation et 180 kg de matière sèche de foin ou d’enrubannage pour la lactation. Il est conseillé par ailleurs de ne pas modifier les périodes de lutte cet automne.

De la paille pour les agneaux

En zones herbagères, si les stocks de foins sont insuffisants, ce dernier peut être remplacé par de la paille pour les agneaux en finition. Les indices de consommation et qualités de carcasse ne sont pas modifiés par rapport à un foin de graminées.

Ne pas faire d’impasse sur les agnelles

Les agnelles de renouvellement sont rentrées en bergerie ou bien laissées à l’herbe avec du foin de qualité moyenne sur une parcelle « sacrifiée ». Du concentré doit alors être apporté aux jeunes de l’année mises en lutte en fin d’année. Il faut alors compter 300 à 500 g par agnelle et par jour, du même type que celui des agneaux finis en bergerie.

Conserver les périodes de lutte habituelles

Faut-il retarder les luttes d’été compte tenu du manque d’herbe? Non car un tel choix  aura des conséquences techniques et économiques sur les années à venir.  Modifier ses périodes de reproduction se traduit en effet par une baisse des résultats et il faut compter deux à trois ans pour retrouver son système initial. D’autre part, un report des luttes en automne  a des conséquences sur l’organisation du pâturage au printemps suivant et le volume des stocks à récolter. Dans tous les cas, mieux vaut conserver sa conduite la reproduction. Des périodes de lutte courtes (45 jours en lutte naturelle) et le recours au diagnostic de gestation permettent de réaliser des économies en fin de gestation.

Trier et vendre les réformes

Si cela n’est pas déjà fait, il est urgent de se débarrasser des brebis improductives et à problèmes ! Mais ne vendez pas vos brebis productives et conservez votre politique de renouvellement : c’est le nombre d’agneaux vendus qui fait le revenu et la filière en a besoin !

Les chiffres concernant le coût de production ou le prix de revient contenus dans cette publication ne peuvent pas être considérés comme des indicateurs de référence pour la contractualisation calculés par IDELE dans le cadre prévu par la loi EGALIM 2. Pour en savoir plus consultez nos pages Indicateurs de référence pour la contractualisation.