Adapter la conduite de l’alimentation des chèvres pendant les périodes de fortes chaleurs
L’accès à l’eau : la priorité absolue
En période de fortes chaleurs, l’accès à l’eau devient un enjeu majeur, encore plus central qu’en temps normal. La consommation d’eau des chèvres augmente fortement et peut dépasser 15 à 20 litres par chèvre et par jour, voire davantage selon le niveau de production, la température, l’humidité, l’alimentation distribuée ou encore les conditions de logement. Dans ces situations, un accès insuffisant à l’eau peut rapidement aggraver les effets du stress thermique, pénaliser l’ingestion et accentuer la baisse de production.
Il est donc indispensable de veiller à ce que le nombre d’abreuvoirs soit suffisant, que leur répartition dans le bâtiment soit adaptée et que chaque chèvre puisse boire facilement, sans concurrence excessive. À titre indicatif, on peut viser au moins un abreuvoir individuel pour 25 chèvres, en restant attentif à la configuration des lots et aux éventuels points de blocage autour des zones d’abreuvement. La propreté des abreuvoirs doit également faire l’objet d’une vigilance renforcée. Il est donc conseillé d’augmenter la fréquence de contrôle et de nettoyage si nécessaire, afin de garantir en permanence une eau propre, appétente et accessible.
Au-delà du nombre d’équipements, il convient surtout de s’assurer que tous les points d’eau sont réellement fonctionnels et effectivement utilisés. Cela suppose de vérifier l’accessibilité des abreuvoirs, mais aussi l’absence de dysfonctionnements plus discrets pouvant détourner les animaux de certains points d’eau, comme des courants parasites liés à une mauvaise mise à la terre.
Enfin, lors des épisodes de chaleur, la hausse de consommation impose de porter une attention particulière au débit disponible. Des abreuvoirs en nombre suffisant ne suffisent pas si leur réglage n’est pas adapté, ou si le réseau ne permet pas de couvrir les besoins du troupeau lors des pics de consommation, notamment au retour de traite ou aux heures les plus chaudes. Le débit doit donc être vérifié et, si besoin, sécurisé. À titre indicatif, on peut viser un débit supérieur à 10 L/min par abreuvoir. On cherchera à surveiller des indicateurs pratiques, comme par exemple, sur des abreuvoirs à niveau constant, vérifier que les animaux peuvent boire sans attente prolongée et que le niveau d’eau se rétablit rapidement après les buvées.
De façon générale, l’installation d’un compteur d’eau sur le circuit d’abreuvement constitue un outil simple mais précieux pour suivre les consommations, vérifier que les besoins du troupeau sont bien couverts et détecter d’éventuelles fuites.
Adapter la distribution et/ou les heures de sortie au pâturage
La première conséquence, souvent inévitable, des fortes chaleurs est une baisse de l’ingestion. Celle-ci s’accompagne généralement d’une diminution de la production laitière et peut favoriser différents déséquilibres nutritionnels ou digestifs. L’objectif de la conduite alimentaire en période chaude est donc d’abord de limiter autant que possible cette baisse d’ingestion, puis d’adapter la ration et les pratiques de distribution à cette nouvelle situation.
Les périodes les plus fraîches sont plus propices à l’ingestion. Il est donc préférable, dans la mesure du possible, de distribuer les aliments tôt le matin et/ou en soirée.
Cette logique vaut également pour les chèvres au pâturage. Lorsque l’organisation de l’élevage le permet, il peut être pertinent d’adapter les horaires de sortie afin de privilégier ces périodes plus favorables, voire, lors des épisodes les plus sévères, de raccourcir ou supprimer de pâturage et de reporter une partie de l’ingestion sur le bâtiment, plutôt que de maintenir coûte que coûte des sorties longues, peu efficaces, voire dangereuses en l’absence d’accès à l’ombre ou à l’eau dans ces conditions extrêmes. Dans tous les cas, l’accès à l’eau, à l’ombre et la limitation des déplacements longs restent déterminants.
D’autre part, si certains fourrages distribués sont très triables, comme en particulier les foins de luzerne, il convient d’être plus vigilant sur les refus. Si le tri devient important et que le niveau de refus est élevé (> 15 %), il peut être utile de réduire les quantités distribuées à chaque passage, afin d’assurer une consommation suffisante de fibres tout en s’assurant que les animaux ne manquent pas de fourrage. Ce point n’a en revanche pas d’importance avec des fourrages peu triables, comme les foins de graminées. Dans ce cas, une distribution large garantit un accès ad libitum aux animaux aux moments qui leur conviennent.
Enfin, dans le cas de distribution d’aliments humides, une attention particulière doit être portée à leur évolution à l’auge. En période chaude, ils peuvent s’échauffer plus rapidement et présenter des problèmes de conservation. Il est donc important de surveiller leur état au cours de la journée.
Adapter la ration à la baisse de production
L’adaptation de la ration doit tenir compte de cette baisse d’ingestion. Dans ce contexte, il est préférable de sécuriser l’apport des fourrages les plus appétents et les plus riches, afin de soutenir au mieux la consommation et la production.
La baisse de lait observée en période chaude doit également conduire à réinterroger le niveau de concentrés distribués. L’objectif est de ne pas laisser dériver le rapport fourrages/concentrés lorsque les performances chutent. Dans certains systèmes, ce rapport peut rapidement passer en dessous de 60 %, voire 50 % de fourrages dans la ration. Il peut alors être pertinent d’accompagner la baisse de production par une réduction progressive des concentrés, par exemple de l’ordre de 100 g pour 0,3 litre de lait perdu, tout en adaptant ce repère au contexte de l’élevage, au stade de lactation, à la composition de la ration et à l’état des animaux. Cette adaptation doit rester progressive et raisonnée, avec une vigilance renforcée dès l’apparition de signes de désordres nutritionnels ou digestifs.
Enfin, la complémentation minérale ne doit pas être négligée. Elle reste indispensable chez les chèvres laitières tout au long de l’année, mais mérite une vigilance particulière lorsque l’ingestion diminue. En effet, la baisse de consommation de ration peut s’accompagner d’une baisse des apports effectifs en minéraux, oligo-éléments et vitamines, alors même que les besoins de l’animal restent élevés. Une attention particulière peut être portée aux apports de sodium. Le sel doit donc être maintenu à disposition. Dans certains contextes, l’utilisation de bicarbonate de sodium peut présenter un double intérêt : contribuer à l’apport en sodium et renforcer le pouvoir tampon de la ration, en particulier lorsque la baisse d’ingestion augmente le risque de déséquilibre ruminal. Son intérêt doit toutefois être raisonné au cas par cas, en fonction de la composition de la ration, du comportement alimentaire observé et de la présence éventuelle de signes évocateurs de subacidose.
Enfin, lorsque l’épisode de forte chaleur est terminé, il convient de revenir progressivement à la ration initialement prévue, en vérifiant que l’ingestion et la production laitière reviennent bien à leur niveau espéré. Dans le cas contraire, il est préférable de revoir plus globalement la ration et de l’adapter à la production réelle des animaux, afin de préserver leur santé tout en maîtrisant les coûts alimentaires.
Pour en savoir +, voir le site du GAC – Groupe Alimentation Caprin