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Surtraite et concentrations cellulaires

Publié le par Renée de Crémoux (Institut de l'Elevage)
Traite Santé Qualité des produits laitiers Caprin
La surtraite est sans doute une pratique très répandue en élevages caprins, compte tenu des rythmes de traite d’une part et de la vitesse de traite des chèvres d’autre part. Elle peut participer à la dégradation de l'état des trayons et a, à ce titre, une incidence sur les concentrations cellulaires des animaux. D’où la nécessité de bien réfléchir à l’organisation du chantier de traite pour limiter les risques encourus.

Qu'est-ce que la surtraite?

 

Chez la chèvre, la glande mammaire présente une citerne particulièrement développée. La plus grande partie du lait est transférée dans l'intervalle des traites des alvéoles vers la citerne où il est stocké jusqu'à la traite. A l'issue de la traite, il persiste toujours un peu de lait résiduel que l'on a tendance à vouloir récupérer en prolongeant la traite, en massant la mamelle, en procédant à un "égouttage" ou encore en rebranchant la chèvre ("repasse"). Ces pratiques sont toutefois agressives pour le trayon et on considère qu'il préférable de laisser une petite quantité de lait dans la mamelle plutôt que de réaliser une "surtraite".

 

Deux exemples de mesure de la surtraite sont présentés ci-dessous. Sont figurés :

  • en rouge, l'évolution du débit du lait émis au cours de la traite,
  • en bleu, la courbe de production cumulée du lait.

Lorsque la courbe de production se stabilise, c’est que l’animal ne donne plus de lait. A partir de ce moment-là, il y a surtraite. Les deux chèvres suivies ont sensiblement  le même temps de traite, autour de 140 à 150 secondes soit un peu plus de deux minutes. La première a été débranchée dans les 10 secondes suivant la fin de la traite tandis que la seconde l'a été 110 secondes plus tard, ce qui est considérable.

           

Mesure de la surtraite.
Illustration chez deux chèvres traites à l'aide faisceaux conventionnels, sans recours à une dépose automatique

D'après Billon et al. (2000)

               

                

Dans le cadre de ses travaux sur l'émission du lait, P. Billon (2000) a estimé les temps de traite de plus de 300 chèvres.

Le temps de traite moyen était de 181 ± 76 secondes en race Alpine et 213 ± 96 secondes en race Saanen soit de l'ordre de 3 à 3,5 minutes. 

Le temps de surtraite a été établi à partir du moment où le débit passait sous un seuil de 200 ml/min, seuil qui laisse persister moins de 50 ml de lait en moyenne dans la citerne.

                

Sous cette définition, la surtraite a été estimée en moyenne à :

  • 25 - 30 secondes par animal chez les Alpines,soit 20 % de leur temps total de traite,
  • à 10 - 25 secondes par animal chez les Saanen, soit 9 % de leur temps total de traite.

 

Lorsque l'on réalise une visite de traite et que l'on mesure les temps de traite, on peut considérer que le temps de traite moyen des animaux contrôlés est anormalement long lorsqu’il dépasse 4 minutes.

                  

Incidence de la surtraite sur les concentrations cellulaires

 

Une surtraite relativement bien tolérée par des animaux sains

 

Une étude a été conduite par P. Billon et al. (2000) afin de vérifier l’incidence supposée de la surtraite sur les concentrations cellulaires et les infections mammaires chez la chèvre et d’évaluer l’intérêt d’un système de dépose automatique des faisceaux trayeurs.

Les observations se sont déroulées pendant 4 mois (mai à août 1999) dans un troupeau de 800 chèvres localisé en Charente. Deux lots de 60 chèvres primipares présentant des concentrations cellulaires inférieures à 300 000 cellules somatiques par millilitre de lait ont été constitués. L’un a été trait avec le système de dépose automatique dont était équipé la salle de traite épi 2 x 22 postes (lot "dépose"), l’autre a été trait en suivant la routine de traite habituelle des éleveurs ("lot témoin").

Globalement, sur les 4 mois d’essai, la production laitière, le taux protéique, les concentrations cellulaires et le taux de nouvelles infections ont été similaires dans les deux lots (pas de différences significatives).

 

De manière fugace, lors du 3ième contrôle, on a assisté conjointement dans le lot témoin à une chute de production, une baisse du taux protéique (problème alimentaire ? stress ?), une congestion accrue des trayons et une augmentation des concentrations cellulaires. Le retour "à la normale" à la suite de cet épisode empêche de conclure à un effet de la surtraite vis-à-vis des concentrations cellulaires et des infections mammaires chez la chèvre.

          

Il ne faut donc pas se focaliser exclusivement sur la surtraite : celle-ci semble relativement bien tolérée par les animaux sains.

        

Un facteur aggravant en particulier lorsque la fréquence des infections est déjà élevée

 

Les travaux disponibles sur la surtraite donnent des résultats parfois contradictoires. Le suivi de 50 troupeaux caprins (de Cremoux, 2002) montre cependant que :

  • Dans des troupeaux ayant des fréquences d'infections élevées (moyenne géométrique des concentrations cellulaires de tank égale en moyenne à 1669000 cellules /ml), la maîtrise de la surtraite permet d'augmenter la fréquence des animaux sains (notamment chez les primipares), de limiter l'infection précoce des primipares et de diminuer la fréquence des infections à pathogènes mineurs. Ces résultats ne sont toutefois pas significatifs...
  • La maîtrise de la surtraite permet de diminuer la fréquence des lésions d'hyperkératose : risque relatif [1] égal à 0,40 (significatif : p=0,0155).

                     

En conséquence :
L'influence propre de la surtraite sur la survenue d'infections chez des animaux sains, est difficile à mettre en évidence.

La surtraite a surtout des effets sensibles lorsqu'elle est associée à d'autres facteurs de risque tels que : un niveau de vide élevé, un défaut de pulsation, des manchons inadaptés.

            

 

Elle aggrave les lésions des trayons. Elle altère les structures du canal du trayon et peut donc diminuer l'efficacité de cette barrière naturelle.

Elle favorise les entrées d'air, augmente la probabilité des phénomènes d'impact et augmente par conséquent les risques de pénétration des bactéries dans le canal du trayon.

Elle expose les animaux à des risques accrus d'infections mammaires.

 

Elle a un impact plus marqué dans les élevages dont la fréquence des infections mammaires est élevée.

 

Une surtraite longue et/ou chronique (répétée) doit être évitée.

 

L'importance de la surtraite doit être interprétée en fonction des autres observations réalisées dans le troupeau

                                     

Surtraite et organisation du chantier de traite

                

 La surtraite fait partie des conséquences quasi-inéluctables de la routine de traite particulièrement lorsque les salles de traite sont de grande taille, en relation notamment avec la longueur des quais. Les déplacements des trayeurs permettent d'assurer une traite méthodique mais peuvent difficilement prendre en compte les particularités des traites individuelles.

             

Au-delà de 2 à 3 chèvres par poste et par quai en ligne basse, de 2 chèvres par poste et par quai en ligne haute (soit 4 chèvres par poste en salle de traite double quai), les risques de désorganisation, de sous-traite, surtraite voire non-traite, sont augmentés.

De même, la gestion de plus de 15 ou 16 postes (voire moins en fonction de la célérité du trayeur et de la période de lactation) devient délicate pour un seul trayeur d’autant plus s’il doit assurer également la manipulation des lots.

              

Rototandem de 72 places

Photo S. Blain (SNGTV)

Système de sortie rapide

Photo R. de Cremoux

Particulièrement pour les grands troupeaux : un besoin de rapidité et efficacité

                      

Dans ce cas, l'utilisation d'un équipement de dépose automatique est souvent recommandée à la fois parce qu’elle permet en principe de réduire la surtraite, et parce qu'elle procure une amélioration des conditions de travail. ces équipements font appel à un capteur de débit (seuil prédéfini de 150 à 200 g/min si l’on s’en réfère aux données de cinétiques obtenues chez les chèvres par Billon et al. (2000) allié à une temporisation. Le plus souvent, le faisceau tombe lorsque la vanne pneumatique coupant le vide est actionnée (les dispositifs munis de vérins sont peu répandus).

 

En cas de mise en place d'un système de dépose automatique et dans la mesure où l'on a peu de recul sur ces équipements : il s'agit d'être vigilant, de faire le point sur les temps de traite, de vérifier l'état des trayons. Il est parfois utile de revoir le réglage de la dépose avec l'installateur notamment si le décrochage semble intervenir trop tardivement.

Penser également au contrôle des déposes : ce type de contrôles devrait progressivement être déployé fin 2012-courant 2013.

 

Notes :

 [1]  Un risque relatif est une mesure statistique qui permet de comparer le risque de survenue d'un événement entre différentes populations. Un risque relatif supérieur à 1 signifie que le risque de survenue de l’évènement est augmenté. S'il est inférieur à 1, c'est que le risque de survenue de l'évènement est réduit.

             

Pour en savoir plus :

        

BILLON P., BARITAUX B., Intérêt d’un système de dépose automatique des faisceaux trayeurs pour la traite des chèvres. Compte rendu d’étude Institut de l’Elevage N°060131006. 2001 : 19 pages.

BILLON P., BARITAUX B., MARNET PG., COMBAUD JF., DA PONTE P., PIACERE A. La cinétique d’émission du lait chez la chèvre. In : La cinétique d’émission du lait et l’aptitude à la traite chez la chèvre (aide au paramétrage des machines à traire). Compte-rendu Institut de l’Elevage N° 20031002. 2000 : 21-55.

COLLECTIF. Installations de traite pour les chèvres. 1ière édition. Ouvrage coordonné et rédigé par P. BILLON, Institut de l’Elevage. Paris. Editions France Agricole. 2006 : 160 pages.

de CREMOUX R. Programme de contrôle des comptages de cellules somatiques (CCS) de troupeaux : mise au point, application et évaluation de stratégies de contrôle des CCS en élevage caprin. Compte rendu d’essai Institut de l’Elevage N°2023122, 2002, 70 pages.

de CREMOUX R., HEUCHEL V., CHATELIN Y-M. Evaluation de stratégies de contrôle des comptages de cellules somatiques des laits de mélange en élevage caprin. Renc. Rech. Ruminants, 2001. 8 : 157-160.