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Sélection et progrès génétique sur les caractères fonctionnels en race ovine laitière Lacaune

Publié le par Jean-Michel Astruc (Institut de l'Elevage), Denis Faradji (Institut de l'Elevage)
Choix des reproducteurs Evaluations et index Performances et phénotypes Ovin lait
Chaque année, à l’occasion du groupe génétique du Comité National Brebis Laitière (CNBL), le bilan de l’évolution génétique constatée à partir des variations d’index, est présenté et discuté. Ce bilan permet de suivre, d’une part le progrès génétique et d’autre part l’évolution des conditions de milieu, cela en considérant que l’évolution du phénotype est la résultante additive des évolutions de la génétique et des effets de milieu. L’évolution des caractères laitiers toutes races a été abordée dans l’article "Progrès génétique en brebis laitières : zoom sur les caractères laitiers". Cet article s’intéresse aux caractères fonctionnels en race Lacaune : la morphologie de la mamelle et les cellules somatiques du lait.

Ce sujet fait suite à un article précédent "Progrès génétique en brebis laitières : zoom sur les caractères laitiers", que vous retrouverez ici ♥

 

En race ovine Lacaune lait, la sélection des aptitudes fonctionnelles vise à améliorer la morphologie de la mamelle et la résistance aux mammites subcliniques via les comptages des cellules somatiques du lait.

Ces caractères revêtent pour les éleveurs un intérêt complémentaire aux aptitudes de production (caractères laitiers) : ils leur permettent de poursuivre un objectif de sélection équilibré et de façonner un animal à la fois efficient et résilient.


Ces caractères sont dits fonctionnels car ils permettent une amélioration des aptitudes fonctionnelles des animaux, et en conséquence une amélioration de leur longévité fonctionnelle. Ils ont été introduits en 2006 dans le critère de sélection ISOL Lacaune avec un poids de 50% (25% pour la morphologie de la mamelle et 25% pour les cellules somatiques du lait).

 

Composition de l'ISOL de Lacaune depuis 2005

 

Pourquoi sélectionner les caractères fonctionnels ?

La volonté de sélectionner ces caractères conjointement aux caractères laitiers vient du fait que le progrès génétique réalisé sur la quantité de lait a eu pour conséquence une dégradation de la morphologie et de la santé de la mamelle.

 

Cette dégradation est due aux corrélations génétiques défavorables qui existent entre les indicateurs de morphologie et de santé de la mamelle, et la quantité de lait. Ces corrélations négatives sont également bien connues chez les bovins laitiers et les caprins.

 

Depuis 2006, on constate une évolution génétique favorable sur les caractères fonctionnels tant sur les béliers que sur les brebis (graphiques suivants)

 

Le progrès génétique réalisé est de l’ordre de 0.09 écart-type génétique annuel. Ce résultat est très proche de ce que les simulations permettaient d’envisager : 0.1 écart-type génétique annuel.

 

Morphologie de la mamelle

La morphologie de la mamelle est appréciée au travers de 3 postes auquel on a attribué jusqu’à présent le même poids :

  • l’angle du trayon avec la verticale
  • le sillon entre les 2 hémi-mamelles
  • la distance plancher-jarret qui traduit la profondeur de la mamelle

le niveau génétique de l’angle et du sillon s’est nettement amélioré. La dégradation du plancher-jarret a été stoppée, et on constate une évolution favorable mais moins marquée que pour les autres postes. Ceci est dû à la corrélation génétique assez fortement défavorable avec la quantité de lait (autour de -0.40). Les 3 postes s’améliorent toutefois conjointement dans la direction souhaitée : le trayon est ramené vers un angle plus faible avec la verticale, le sillon est plus marqué et la mamelle est moins décrochée.

 

Cellules somatiques du lait 

Les cellules somatiques du lait sont un marqueur de l'inflammation de la mamelle et leur réduction est liée à une plus grand résistance aux infections mammaires.

L’analyse conjointe des courbes d’évolution de la génétique, du milieu et des comptages observés montre que la légère amélioration des comptages observés (baisse du score de cellule CCS) est la résultante d’une amélioration du niveau génétique (index CCS) et parallèlement d'une légère dégradation des effets de milieu, que l'on peut expliquer par un " moindre effort des éleveurs pour réformer les brebis fortes excrétrices ». Sachant que le bassin de la race Lacaune est dans un contexte où les niveaux moyens des cellules de tank des sélectionneurs sont globalement bons, autour de 450000 cellules. Notons que si la génétique a un effet massif et généralisé sur le long terme, les mesures de réforme, voire les mesures liées à la qualité de la traite et de l’installation de traite, ont un impact majeur et sont accessibles sur le court terme. C’est de cette thématique que traitait le projet CASDAR MAMOVICAP

Concernant les races Pyrénéennes, la prise en compte des cellules est intervenue récemment, il y a 4 ans, avec un poids encore faible de 10 à 20%. Il est donc encore trop tôt pour observer des tendances.