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Ovins laitiers : des critères de sélection en évolution et adaptés à chaque race

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Evaluations et index Ovin lait
L’ISOL, critère de sélection en ovin lait, a connu plusieurs évolutions au fil du temps, adaptées à chacune des 5 races sélectionnées, au fur et à mesure des souhaits des races et des phénotypes disponibles. En plus de la quantité de lait, ce sont progressivement la richesse du lait, les cellules somatiques du lait et la morphologie de la mamelle qui ont été intégrées à l’ISOL, ainsi que la résistance à la tremblante fondée sur la gestion du gène PrP.

Le critère de sélection en ovin lait est l’ISOL (Index Synthétique Ovin Lait).


Il a fait l’objet d’évolutions régulières au cours du temps, avec une progressivité propre à chaque race. Globalement, alors que le critère initial ne comportait que la quantité de lait, les maîtres d’œuvre des schémas de sélection ont progressivement introduit la richesse du lait (Lacaune en 1987, races ovines laitières des Pyrénées en 2000) puis les caractères fonctionnels (cellules et morphologie de la mamelle en 2006 en Lacaune ; cellules en 2016 puis morphologie de la mamelle en 2021 en races ovines laitières des Pyrénées). La race Corse, encore sur un critère de quantité de lait, se prépare à introduire cellules et morphologie de la mamelle d’ici 2 à 3 ans.


A ces critères de sélection « issus » du contrôle de performance s’est ajoutée en 2003 la résistance à la tremblante fondée sur le typage du gène PrP dont les races ont progressivement éliminé les allèles de sensibilité, grâce au soutien financier de fonds d’état (plan national de résistance à la tremblante classique).
La sélection, comme pour tous les ruminants, est réalisée en ferme, dans un nombre important d’élevages. Au sein de la base de sélection (contingentée à environ 20-25% de la population raciale pour des raisons d’optimisation technico-économique), les maîtres d’œuvre cherchent à préserver la diversité des milieux pédo-climatiques du berceau de race et la bonne représentativité des systèmes d’élevage (y compris la pratique de la transhumance lorsqu’elle est pratiquée). Ainsi, les animaux sélectionnés dans ce large spectre d’environnements, et notamment les béliers d’IA ayant des filles dans un nombre conséquent d’élevages, développent des caractères d’adaptation au milieu et de résilience qui viennent équilibrer les aptitudes présentes dans l’ISOL.


La progressivité dans le critère de sélection ISOL est liée à une stratégie d’optimisation technico-économique, le contrôle de performance en ovin lait ayant un coût rapporté à l’animal plus élevé qu’en vache (notamment du fait du nombre de brebis par troupeau - entre 350 et 500 en moyenne selon les bassins de production – et des routines de traite rapides), et les caractères additionnels étant intégrés que lorsqu’on est en régime de croisière sur la sélection des caractères déjà pris en compte.

 

 La figure ci-dessus illustre la progressivité des objectifs et critères de sélection dans les races Lacaune, ovines laitières des Pyrénées (ROLP) et Corse.

Les races Lacaune, Manech tête rousse et Basco-Béarnaise ont choisi de faire évoluer leur ISOL en 2020 et 2021.

 

  • En race Lacaune, si l’équilibre entre caractères de production (lait et taux) et fonctionnels (santé et morphologie de la mamelle) est demeuré à 50/50, le poids des taux a été légèrement diminué (tout en gardant une évolution sur 10 ans de 1.7-1.8 g/l sur TB et 1.35-1.4 g/l sur TP), et un quatrième caractère de morphologie de la mamelle, la position antéro-postérieure du trayon, a été introduit. Pour ce nouveau caractère, l’objectif est de contrecarrer la tendance du trayon à aller vers l’arrière de la mamelle, du fait de la sélection sur l’angle du trayon en direction d’un angle de 45° par rapport à la verticale.
  • En races Basco-Béarnaise et Manech tête rousse, l’objectif était d’introduire la morphologie de la mamelle dans l’ISOL, tout en mettant un poids plus important sur la sphère fonctionnelle. Les points clé sont de garder un effort conséquent sur les taux (et d’augmenter cet effort en BB), de sélectionner une mamelle bien tenue, au moyen des 4 postes angle du trayon, sillon entre les deux hémi-mamelles, distance plancher-jarret et surface d’attache de la mamelle. Au final, le poids du fonctionnel est de 40% en MTR et 35% en BB. Au sein du fonctionnel, le poids est identique pour les cellules et la morphologie de la mamelle. Cette évolution forte signifie que les éleveurs ont consenti à diminuer l’effort sur le lait, qui reste toutefois significatif.

 

Le tableau ci-dessous montre les évolutions génétiques des caractères d’intérêt attendues à 10 ans dans les 3 races concernées.

 

 

LSCS = score annuel de cellules somatiques ; Pl-jar = distance plancher-jarret ; Pos = position antéro-postérieure du trayon ; Att = surface d’attache de la mamelle.

 

La figure ci-dessous montre, sous forme de camembert le poids accordé à chaque caractère dans les races Lacaune et Manech tête rousse.


 

Par ailleurs, la race Corse réalise un contrôle laitier qualitatif et un pointage de la mamelle depuis 2018, de sorte qu’il sera possible d’ici 3 ans environ d’inclure la richesse du lait, les cellules somatiques et la morphologie de la mamelle dans un ISOL équilibré.


Cet article s’est focalisé sur les caractères présents dans ISOL. Néanmoins, d’autres caractères sont pris en compte (production de semence, morphologie des béliers Lacaune, cornage en Corse, résistance au parasitisme dans les Pyrénées), à l’étude vers une intégration prochaine (longévité fonctionnelle) ou font l’objet de projets de recherche (efficience et résilience dans le programme SMARTER).