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Boucles d'identification bovine, Etude de tenue à grande échelle

Observatoire des repères d'identification

Publié le par Sébastien Duroy (Institut de l'Elevage), Clotilde Hardy (Institut de l'Elevage)
Identification / RFID Equipements d'élevage Bovin lait Bovin viande
Une étude sur la tenue des boucles bovines a été réalisée à grande échelle à partir des commandes de boucles de remplacement émises de 2013 à 2019 (données BDNI). Les résultats à long terme montrent une bonne tenue des repères et une évolution au cours du temps cohérentes avec les références des essais d'agrément. En complément, une répartition des exploitations par classe de taux de rebouclage annuel montre que 64 % des éleveurs remplacent annuellement moins de 3% des repères d'identification des bovins.

Périmètre

19 millions d’animaux et près de 130 000 élevages, c’est le périmètre sur lequel l’étude de survie à grande échelle a été réalisée. Seuls les principaux modèles de boucles conventionnelles utilisés sur la période 2013-2019 (ceux des sociétés Allflex et Reyflex) ont été pris en compte. Axée sur l’évaluation de la survie à long terme, l’étude a porté uniquement sur les données des femelles car elles représentent plus de 97 % des animaux âgés de plus de 36 mois.

 

Afin de limiter les biais induits par plusieurs environnements de détention, l’étude est limitée aux bovins détenus dans leur exploitation de naissance.

La méthode des taux de survie

Le principe de l’étude consiste à mesurer l’évolution du taux de survie par année de naissance. Cette méthode permet d’utiliser les données de rebouclage de tous les animaux indépendamment de leur durée de présence dans l’étude (c-à-d. de leur durée de détention dans l’exploitation de naissance). En termes statistiques, le taux de survie constitue une probabilité conditionnelle de « survie » (c-à-d. de tenue) de la paire de boucles après n mois (ou années) de pose sachant qu’aucune boucle n’est pas tombée avant.
Par exemple, un taux de survie à 5 ans de 84% indique que la probabilité qu’un animal n’ait perdu aucune de ses deux boucles de naissance avant l’âge de 5 ans est de 84%.

Cette méthode permet à la fois de valoriser les données réelles (hors cadre expérimental), et de travailler sur une très large population sans pratiquer d’échantillonnage. Ainsi les rebouclages d’un veau femelle et celui d’une vache de réforme sont valorisés au même titre pour calculer le taux de survie.

Suivi des boucles de naissance
Seules les boucles de naissance font l’objet de l’étude. La durée de tenue d’une paire de boucles de naissance est mesurée entre la date de pose (définie par convention à Date de naissance + 2 jours) et la date du premier rebouclage connu. Intégrer la tenue des boucles de rebouclage dans l’étude n'est réalisable car l’information de l’oreille concernée par la perte n’est pas disponible en base de données. Il est donc impossible de déterminer si un 2ème rebouclage est déclenché par la perte de la seconde boucle de naissance non encore remplacée, ou bien par une nouvelle chute de boucle survenue sur l’oreille ayant déjà fait l’objet du 1er rebouclage.

Seuil de référence
Dans le cadre du protocole d’agrément des boucles, le seuil de survie est défini à 97 %. Il est important de noter que ce seuil s’applique alors à une seule boucle, et non à la paire comme dans la présente étude. Pour comparer les résultats obtenus sur les paires de boucles à ce seuil d'agrément, il faut considérer la probabilité que les deux boucles « survivent » (ne tombent pas), c’est-à-dire que la boucle gauche « survive » (seuil à 0,97) ET que la boucle droite « survive » (seuil à 0,97 aussi). La probabilité seuil que la paire de boucle « survive » est alors de 0,9409 (= 0,97²) pour les animaux bouclés en conventionnel.

Nette amélioration de la tenue à long terme

La courbe ci-contre (cliquer pour agrandir) représente le taux de survie des paires de boucles par année de naissance entre 2013 et 2019. Toutes les années montrent un taux de survie à 2 ans supérieur ou égal au seuil de l’agrément. Au-delà, le taux de survie à 5 ans (années 2013 à 2015) est d’environ 84% et le taux à 7 ans (année 2013) se situe à 78 %.

La forme linéaire des courbes permet d’envisager une évolution sur le long terme similaire à celle de 2013 pour les années suivantes. La similitude de ces courbes illustre également une constance dans la qualité des boucles fournies en élevage.

Il est à noter que les tests d’agrément, bien que limités à 24 mois, offrent une bonne projection de la tenue sur le long terme. En effet, l’ensemble des courbes montrent un taux à 24 mois conforme au seuil d’agrément sans exprimer une dégradation accélérée la tenue avec le temps tel qu’on pouvait la constater en 1997 (voir courbe ci-contre)*. Le taux de survie à 7 ans du format type N98 était alors estimé à 57%, soit 20 points de moins que pour 2013.

L’amélioration de la tenue des repères est liée aux effets combinés d'une meilleure qualité des matériels et des pratiques de pose.

* : données collectées en élevage grâce aux réseaux d’agents identificateurs. Résultats obtenus grâce à la méthode d’analyse de survie

Rebouclages moins fréquents en élevage allaitant

L’analyse a également été réalisée par type de production sur le périmètre des exploitations dont le type (laitier ou allaitant) n’a pas changé entre 2013 et 2019.
Sur les 105 355 élevages de 2019, 77 962 sont dans ce cas de figure (voir tableau ci-contre).

 

Les courbes de survie ont été réalisées pour les types laitier et allaitant.

Les élevages laitiers montrent des résultats de survie inférieurs aux élevages allaitants. Le taux de survie à 5 ans est d’environ 79 % en lait et 87% en allaitant. A 7 ans, il se situe à 69 % en lait et à 78% en allaitant.

Deux éléments peuvent expliquer ce phénomène.

Tout d’abord, on peut supposer que les animaux laitiers étant plus souvent en bâtiment et au cornadis à l’échelle de l’année, sont en règle générale, exposés plus fréquemment à des éléments d’accrochage des boucles et subir proportionnellement plus de pertes que les animaux allaitants détenus au pré une large partie de l’année. Cette hypothèse est toutefois à considérer dans la limite d’une forte variabilité inter-élevage, dont l’effet sur la tenue des boucles est plus important que le type de production ou de conduite d’élevage.

Par ailleurs, il est plus simple de remplacer une boucle perdue sur une vache laitière qui passe quotidiennement en salle de traite que celle d’une vache allaitante au pré dont l’isolement et la contention sont contraignants.

De de ce fait, les commandes de boucle de remplacement en élevages laitiers sont probablement assez proches de la perte et plus fréquentes qu’en élevages allaitants.

Dans les élevages allaitants, la forte saisonnalité des commandes de remplacement participe à expliquer ces résultats. Le graphique ci-contre montre clairement une forte période de commande en hiver lorsque les animaux sont en bâtiment, avec un pic en mars/avril avant la mise à l’herbe.

Ce phénomène explique les ondulations observées sur les courbes de survie des élevages allaitant qu’on ne retrouve pas en élevage laitier.

 

Moins de 3% de rebouclages par an pour 2/3 des éleveurs

A l’échelle nationale, la tenue des boucles est bonne et illustre un système d’identification pleinement opérationnel à garantir la pérennité de l’identification des bovins à grande échelle et sur le long terme.

A l’échelle des exploitations, les résultats sont plus hétérogènes en raison de variations parfois importantes entre les élevages. Pour mettre en évidence ces variations, un taux de remplacement annuel a été calculé pour 114 187 exploitations sur la base des données 2019 et une répartition par classe a été réalisée.

Taux de rebouclage 2019 = Nb de commandes de remplacement 2019 / (nb de bovins moyen 2019 x 2).

Le « Nb de bovins moyen » est obtenu par la somme des durées de détention des bovins de l’exploitation divisée par 365 jours.

29 % des éleveurs remplacent moins de 1% des boucles de leurs bovins.

83 % remplacent moins de 5 %, et enfin 4 % atteignent un taux de remplacement annuel de 10% et plus.