Le Mouton Charollais se lance dans la sélection pour la résistance au parasitisme
une première année d’essais prometteuse
Un enjeu sanitaire et économique majeur
« Le parasitisme digestif reste l’un des principaux freins à la productivité dans les systèmes herbagers, surtout lors des années humides comme 2024 » rappelle Laurent Solas, technicien à la Chambre d’Agriculture de Saône-et-Loire. Face à la montée des résistances aux vermifuges et aux aléas climatiques qui favorisent les infestations, l’idée d’intégrer la résistance au parasitisme comme critère de sélection s’est imposée. D’autres races, comme les races laitières des Pyrénées ou la Rouge de l’Ouest et la Romane du côté des races allaitantes, ont déjà ouvert la voie. A noter que l’étude en race charollaise est menée en partenariat avec l’INRAE, Idele et la Chambre d’Agriculture de Saône-et-Loire, et bénéficie d’un soutien financier de la Région Bourgogne–Franche-Comté.
Un protocole rigoureux adapté à la race Charollaise
Pour cette première phase, l’équipe de l’OS a choisi d’expérimenter le protocole non pas directement sur la Station de Contrôle Individuel (SCI) mais sur un petit nombre d’agneaux placés en Centre d’Élevage (CE). Ce sont ainsi 28 agneaux issus d’élevages variés et âgés d’environ 3 mois qui ont été recrutés pour rentrer en CE le 15 avril 2025.
« Le fait de faire une première année de test sur une trentaine d’agneaux permettait de se lancer dans cette étude en prenant des risques limités. Toutefois les caractéristiques des agneaux en termes de conduite avant l’entrée et d’âge étaient similaires à celles des agneaux recrutés en station, afin que les résultats obtenus en CE puissent être transposables à ce que nous pourrions obtenir en passant le protocole sur les agneaux de SCI » explique Claire Debrut, directrice de l’OS Mouton Charollais
Pour évaluer la résistance génétique aux strongles digestifs, deux infestations expérimentales avec des larves d’haemonchus contortus, espacées d’un mois et demi ont été réalisées. Après chaque infestation, des prélèvements sanguins et coprologiques ont été réalisés avec pour objectif de mesurer pour chaque agneau l’intensité d’excrétion d’œufs de parasites (OPG).
Le principal défi pour l’OS était de changer ses habitudes de conduite des animaux car il était nécessaire de ne pas sortir les animaux au pâturage pendant le protocole afin de ne pas biaiser les infestations. En effet « nos éleveurs sont très attachés à une conduite à l’herbe, nous avons donc l’habitude de faire sortir les agneaux de SCI au pâturage. Cette année pour le CE les agneaux sont donc restés en bâtiment durant toute la durée du protocole et sont sortis fin juillet seulement, afin d’avoir une phase de conduite à l’herbe avant leur arrivée en élevage. L’adaptation s’est très bien passée » commente Jean-Marie Guyot, président de la commission génétique de l’OS Mouton Charollais et éleveur en Côte d’Or.
De plus, contrairement aux autres races qui réalisent un protocole similaire, la complexité du Mouton Charollais réside dans sa diversité de conduite avant l’entrée en CE. En effet 3 groupes d’agneaux étaient représentés : des agneaux conduits exclusivement en bergerie, des agneaux sortis à l’herbe avec leurs mères sans déparasitage contre les strongles avant la mi-avril, et des agneaux sortis à l’herbe ayant déjà reçu un premier déparasitage. Une coprologie à l’entrée en CE a donc permis d’estimer les niveaux d’infestation au démarrage, certains agneaux n’ayant pas du tout été en contact avec des strongles digestifs tandis que d’autres avaient déjà eu un contact avec les parasites. L’enjeu était donc de voir si ces différences de départ allaient impacter le protocole par la suite.
Des perspectives concrètes pour la sélection
Les premiers résultats montrent une grande variabilité individuelle face à l’infestation, un point jugé très positif pour la sélection. Certains agneaux ont excrété plus de 10 000 œufs à la première infestation, quand d’autres sont restés sous la barre des 500. Mais surtout, la moyenne d’excrétion a diminué de moitié entre la première et la seconde infestation, signe que les agneaux ont acquis une certaine immunité entre les deux infestations.
« Nous observons des profils très contrastés, avec des groupes d’agneaux que l’on peut considérer comme faibles excréteurs et d’autres comme forts excréteurs » souligne Jean-Luc Brunet, ingénieur à l’Institut de l’Élevage (Idele).
Les analyses ont aussi révélé que le protocole n’avait pas impacté les performances des animaux en termes de croissance et d’état corporel, malgré des taux élevés d’excrétion pour certains. Un point essentiel qui rassure les éleveurs de l’OS et permet d’envisager d’aller plus loin dans cette étude pour les années à venir. De plus, même si l’étude a été faite sur un petit nombre d’agneaux, les différences de conduite avant l’entrée ne semblent pas avoir biaisé le protocole puisque dans le groupe d’agneaux faibles excréteurs nous retrouvons à la fois des agneaux conduits en bergerie et des agneaux conduits à l’herbe avant l’entrée, et idem pour les agneaux forts excréteurs.
Pour Flavie Tortereau, ingénieure de recherche à l’INRAE, « il est trop tôt pour en tirer des conclusions sur d’éventuelles lignées résistantes mais les études menées sur les races laitières ont montré une héritabilité estimée autour de 30 %, soit du même ordre que la croissance entre 30 et 70 jours ». De quoi envisager à terme une sélection génétique efficace sur ce caractère.
Après une première année concluante, place à la suite du projet
À l’issue du centre d’élevage, les agneaux ont été replacés via la coopérative EMC2. Une contractualisation avait été mise en place dès le lancement du projet pour sécuriser la valorisation de ces animaux, un pari réussi. « Les agneaux présentaient une très belle conformation et une bonne homogénéité, preuve que le protocole n’a pas altéré leurs performances », souligne Laurent Loury, technicien d’EMC2.
A noter qu’un agneau identifié comme l’un des plus faibles excréteurs et présentant un phénotype intéressant en termes de conformation et de qualités de race a quant à lui rejoint le centre d’insémination INSEM OVIN (87), afin d’être diffusé plus largement dans la base de sélection et parmi les éleveurs utilisateurs qui pratiquent l’insémination. Fort de cette première année encourageante, l’OS prépare désormais le centre d’élevage 2026 qui permettra de consolider ces premiers résultats, avant de réaliser à terme ce protocole sur les agneaux de station. Denis Berland, président de l’OS Mouton Charollais conclut « En tant que première race diffusée en France pour le croisement, notre préoccupation est de produire des animaux qui répondent à la demande des éleveurs utilisateurs de génétique. On se rend compte aujourd’hui que si les qualités maternelles et bouchères restent des points très importants, la résistance et la résilience des animaux sont des critères de plus en plus attendus par les éleveurs. Ce projet devrait donc nous permettre d’amorcer ce virage ».


