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Influence de la mise au pâturage sur les concentrations cellulaires

Publié le par Renée de Crémoux (Institut de l'Elevage)
Santé Traite Caprin
De nombreuses observations faites par les producteurs font état d'une augmentation des concentrations cellulaires du lait lors de la mise au pâturage. Il semblerait que l'ampleur de ce phénomène dépende largement du statut infectieux des animaux.

Une augmentation des concentrations cellulaires au moment de la mise à l'herbe est régulièrement rapportée par les éleveurs, comme l'illustre la figure ci-dessous:

 

ÉVOLUTION DES CONCENTRATIONS CELLULAIRES DU LAIT DE TANK LORS DE LA MISE AU PÂTURAGE

Chez la chèvre, les informations sur l’incidence de la mise au pâturage sur les concentrations cellulaires font encore défaut. Différentes explications ont néanmoins été avancées pour expliquer les variations de niveaux cellulaires constatées au moment de la mise à l'herbe. Elles s'appuient pour la plupart, sur des travaux conduits chez la vache laitière.

Même si la quantification et la hiérarchisation de ces différents effets sont susceptibles de différer selon l’espèce, on peut selon toute logique, retenir les points suivants pour l’espèce caprine :

Le statut infectieux de la mamelle

Il a un rôle important en interaction avec la conduite d'élevage. Chez la vache laitière, Lamarche et al. (2000) ont pu constater une augmentation des concentrations cellulaires des laits de quartiers entre la période précédant la montée en alpage et la fin de l'alpage. Les résultats semblent toutefois dépendre du statut infectieux du quartier :

  •  pour les quartiers non infectés : concentrations cellulaires relativement faibles quelle que soit la période,
  •  en cas d'infection par un pathogène mineur : variation de 89 000 à 512 000 cellules par ml en moyenne,
  •  en cas d'infection par un pathogène majeur : concentrations cellulaires systématiquement élevées (supérieures à 1600 000 cellules/ml).

A noter :

  • l'augmentation des concentrations cellulaires était d'autant plus importante que l'infection était plus ancienne
  • les concentrations cellulaires des quartiers infectés par un pathogène mineur ont diminué après la descente d'alpage (-128 000 cellules/ml)

Les blessures, les lésions de la peau des trayons

Elles favorisent les surinfections bactériennes.

Des blessures (griffures par des buissons, des haies ou des fils barbelés notamment) peuvent être occasionnées lors de la marche, sur les parcours,...

Les animaux qui présentent des trayons abimés sont plus sensibles aux infections mammaires.

Le rôle de la marche

Le rôle de la marche, l'importance de l'effort physique ont été mis en évidence.

Dans les travaux conduits par Coulon et al. (1998), les vaches marchant environ 10 km par jour ont présenté des concentrations cellulaires plus élevées que les autres (+115 000 cellules/ml).

Là encore, les différences étaient accentuées lorsque les vaches étaient infectées : en moyenne, +185 000 cellules par ml en cas d'infection contre +47 000 cellules/ml en l'absence d'infection.

L'augmentation de concentrations cellulaires était plus élevée le premier jour de marche.

Un stress climatique

 Le rôle de stress climatique semble possible : variations de température au niveau de la mamelle, impact de la pluie (Pomies et al, 2000 ; Lamarche et al., 2000).

L'exposition au soleil

Elle peut provoquer une inflammation de la peau de la mamelle (coup de soleil, rougeur), a minima au cours des premières journées de pâturage et en particulier si la peau est claire (cas des chèvres Saanen).

Certaines maladies

Différentes maladies été recensées par Carine Paraud (Anses Niort) dans le Le pâturage en élevage caprin, réalisé dans le cadre du Réseau National des Techniciens Caprins "Pâturage".

Papillomes cutanés :

Des papillomes cutanés (sortes de verrues d'origine virale) semblent pouvoir survenir lorsque plusieurs facteurs sont réunis et en particulier : zone d'ensoleillement important, peau non pigmentée, ...

Les animaux présentant des lésions persistantes peuvent développer des formes tumorales (carcinomes) associées à des ulcérations elles-mêmes pouvant être à l'origine de mammites.

Photosensibilisation :

L'ingestion de certaines plantes (toxines du sarrasin et du millepertuis, lantanier mille fleurs, tribule terrestre, ...) suivie d'une exposition au soleil peuvent induire une photosensibilisation. Les signes sont variables selon la protection de la peau (poils longs notamment).

Les signes principaux sont de la rougeur, de l’œdème, des démangeaisons au niveau de la tête, de la mamelle et de la vulve des chèvres au pelage blanc.

La nature des plantes pâturées

La nature des plantes pâturées pourrait intervenir.

En particulier, les légumineuses fourragères (luzerne, trèfle) contiennent des phytoestrogènes. Chez la vache laitière, il a été suggéré que la consommation de plantes riches en substances oestrogéniques puisse induire une augmentation des concentrations cellulaires du lait.

Ces différents facteurs demanderaient à être précisés et quantifiés...