Approche multifactorielle des conditions d'élevage bovin associées à l'instabilité à l'éthanol des laits de troupeaux
Congrès Galactinnov
Afin de mieux comprendre ce phénomène, le projet DESINSTALAIT vise à caractériser l’instabilité thermique des laits de vache (mesurée par le test à l’éthanol) en lien avec leur composition physico-chimique et les pratiques d’élevages, en vue d’identifier de potentiels leviers d’actions. Dans cette étude, 18 élevages du Sud de la France ont été sélectionnés en binômes présentant respectivement une récurrence estivale de stabilité vs. d’instabilité des laits, selon les tests à l’éthanol à 76°GL. Puis, des enquêtes, analyses et tests technologiques des laits ont été conduits dans ces élevages sur une année (juin 2022- juin 2023), avec une attention particulière en été. Les questions posées aux éleveurs étaient relatives à la conduite du troupeau, l’alimentation, l’abreuvement, le bâtiment, la traite, la santé du troupeau et le pâturage en été et au printemps. Les conditions climatiques ont été mesurées. Les résultats ont été traités par des analyses bivariées, tests statistiques, selon le type d’exploitation et le résultat du test à l’éthanol à 76°GL. Puis, des analyses descriptives multivariées ont été réalisées selon la nature des variables : Analyses en Composantes Principales, Analyses des Correspondances Multiples, Analyses Factorielles des Données Mixtes, suivies de Classifications Ascendantes Hiérarchiques.
Les laits instables à l’éthanol à 76°GL avaient des teneurs en lactose significativement plus faibles tout au long de l’année. En été, ils avaient des niveaux de lipolyse 2 fois plus élevés, des teneurs en acides gras saturés et en sodium significativement plus élevées, et des teneurs en acides gras poly-insaturés, omégas 3, phosphore et potassium plus faibles. Ces résultats nous amènent à faire l’hypothèse du lien entre instabilité des laits à l’éthanol à 76°GL et leur équilibre caséique et minéral, au travers des liaisons phospho-calciques des micelles de caséines.
A l’inverse, aucune différence significative n’a été observée entre les laits stables et instables pour les fractions azotées, le taux butyreux, le point de congélation, les comptages de cellules somatiques. Au niveau microbiologique, les deux types de laits ne présentaient pas de différence significative de dénombrement de germes totaux et de Pseudomonas spp. (variables de contrôle). Les laits instables ont été associés à des stades de lactations avancés, quelle que soit la période de l’année, et en été à des pratiques d’alimentation probablement restreintes (quantité d’herbe insuffisante, quantité de concentrés de production plus faible, absence d’ensilage d’herbe, absence de bicarbonate…) alors que l’indice de température et d’hygrométrie (THI) évalué au moment de la collecte des laits ne présentait pas de différence. Les exploitations du groupe « instable » n’ont pas présenté de caractéristique spécifique de logement des animaux.
Cette étude a permis d’identifier des groupes de pratiques associés à l’instabilité des laits à l’éthanol à 76°GL en conditions de terrain, et de confirmer les pistes de leviers à approfondir en phase expérimentale, en vue de comprendre les mécanismes en jeu.