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Utilisation des examens de mamelles pour l’aide au dépistage des mammites chroniques chez la brebis

Publié le par Dominique Bergonier (ENV Toulouse), Gilles Lagriffoul (Institut de l'Elevage)
Complémentaires aux comptages cellulaires, les examens cliniques de la mamelle permettent d'identifier les infections chroniques de la mamelle et peuvent contribuer à cibler les animaux à traiter ou encore à réformer. Les travaux engagés par l'Ecole Vétérinaire de Toulouse dans le cadre du projet CASDAR MAMOVICAP ont permis de préciser leur modalités de mise en œuvre et leurs applications possibles

L'examen clinique de la mamelle pour identifier les formes chroniques de mammites

  

L’objectif est d’identifier (et si possible caractériser) les principaux signes (ou symptômes) de mammites chroniques pouvant être enregistrés sur la peau ou dans le tissu productif mammaire (parenchyme).

En effet, par définition, les signes de mammite aiguë sont facilement visibles sans palpation approfondie, et ceux de mammite subclinique sont… inexistants. Ces mammites inapparentes doivent être détectées à l’aide de comptages cellulaires individuels (ou de CMT) ; la recherche d’une bonne complémentarité entre palpations mammaires, comptages cellulaires individuels et CMT doit être poursuivie.

 

Modalités de réalisation

   

Différents signes d’intérêt peuvent être enregistrés lors de l'examen clinique :

         

  

Avant la traite :

    

Il est recommandé d'enregistrer les asymétries mammaires.

Notons qu’un point important de conformation mammaire (et non de mammite), la distance « plancher-jarret », se note également à ce stade. Il peut être intéressant de l’enregistrer, indépendamment du travail approfondi de pointage réalisé sur les primipares pour les élevages en contrôle laitier officiel, pour deux raisons : cette particularité semble constituer un facteur pré-disposant des mammites (ou au moins un facteur associé aux mammites) et, d’autre part, elle est fortement héritable.

 

Après la traite :

 

Après la traite, il est plus aisé d’enregistrer les indurations du parenchyme, les abcès, voire la taille des nœuds lymphatiques supra-mammaires (« ganglions »). Ce dernier élément est cependant plus délicat à caractériser, et peut être laissé de côté dans un premier temps au moins si la valorisation des enregistrements est le traitement au tarissement ou la réforme.

De même, on pourra laisser de côté les kystes lactés. N’ayant pas d’origine bactérienne directe connue, ils ne constituent pas un motif de réforme.

Enfin, les signes cutanés (trayons essentiellement) sont chez la brebis d’origine surtout bactérienne (staphylocoque doré) ou virale (ecthyma contagieux). Majorés par l’allaitement, ils sont quasiment absents en fin de lactation.

   

Fiabilité et association avec les comptages cellulaires

  

La fiabilité de ces inspections et palpations mammaires doit tout d’abord être connue du point de vue des opérateurs, de leur expérience et de leur variabilité. Cette validité dite « externe » a été estimée par le calcul de la répétabilité (d’un opérateur sur lui-même) et de la reproductibilité (d’un opérateur à un autre) des enregistrements. Brièvement, les coefficients de concordance dépendent de l’opérateur, de son expérience, de la grille de codification utilisée et du signe recherché.

          

Répétabilité et reproductibilité sont :
  •  très bonnes pour l’asymétrie mammaire (pis « déséquilibrés »),
  •  bonnes pour les abcès (et kystes),
  •  modestes pour l’induration mammaire et les nœuds lymphatiques.

  

En conséquence, il est recommandé, outre de s’exercer et de se « ré-étalonner » chaque année, d’utiliser pour ces deux derniers signes une grille d’enregistrement simplifiée (2 à 3 grades, au lieu de 5 à 6 pour les autres signes, permettant simplement de détecter les anomalies d’intensité forte). Ces considérations sont à adapter en fonction des objectifs poursuivis et de la régularité des enregistrements.

     

L’association entre les résultats d’examens mammaires et la réalité de l’infection ou de l’inflammation mammaires avait été établie dans des études précédentes sur la foi de la bactériologie du lait et des comptages cellulaires individuels. Nous avons complété ce dernier volet en comparant les résultats d’inspection-palpation aux 6 comptages cellulaires mensuels disponibles. Cette validité dite « interne » s’est à nouveau avérée intéressante dans cette étude au cours de laquelle nous avons réalisé 2 examens mammaires par brebis et par campagne.

 

Les facteurs significativement associés aux comptages cellulaires moyens par campagne sont :

  •  la présence d’un symptôme, association variable selon sa nature : induration, abcès et « déséquilibre » mammaire sont associés  aux valeurs les plus élevées de comptages,
  •  sa persistance au cours de la lactation,
  •  la bilatéralité du(des) symptôme(s),
  •  son intensité (grade pour les déséquilibres, nombre pour les abcès,…),
  •  son extension (zone touchée pour l’induration, taille pour les abcès,…),
  •  et le nombre de symptômes.

  

Fréquences de positivité

 

En ayant suivi 15 élevages des deux bassins continentaux choisis pour leurs comptages cellulaires de tank élevés par rapport à la moyenne de leur zone, et en ayant réalisé les palpations en milieu et fin de campagne, nous avons obtenu les fréquences suivantes :

  • En moyenne (deux palpations) : 57% des brebis ont présenté au moins un symptôme mammaire (induration, abcès, déséquilibre mammaire, nœuds lymphatiques réactionnels ou kystes lactés).
  • Par symptôme :  10% ont présenté au moins un abcès, 22% un (des) kyste(s), 25% un déséquilibre,… (induration nette peu fréquente).
  • Au total, 40% des brebis restées asymptomatiques aux deux dates de palpation.
  • Des résultats très variables entre les élevages, ouvrant potentiellement la porte à des progrès tant sur le plan de la détection que de la prévention.

 

Applications possibles

 

Une infection mammaire ne se traduit pas nécessairement par l’apparition d’abcès, d’indurations, de déséquilibres… que l’infection soit récente ou la souche bactérienne peu pathogène. Il est donc tout d’abord recommandé de préciser son objectif opérationnel : simple palpation ponctuelle dans le cadre d’un plan de réforme ou suivi longitudinal de l’état des mamelles (en lactation ou après un traitement au tarissement…).

 

Ensuite, de façon additive ou synergique, on pourra associer tout au long de la campagne les apports des comptages cellulaires, des palpations, mais aussi des CMT ou de la production laitière, afin d’identifier de la façon la plus exhaustive possible les mamelles infectées.

 

Les périodes-clefs seront prioritairement visées, qu’elles soient communes à tout élevage ovin laitier et/ou définies spécifiquement par élevage. Un schéma d’intervention est proposé (document joint) sur la base des périodes importantes que sont le début de la production, la mise à l’herbe (pour certains élevages) et la fin de campagne dans le cadre d’un plan de réforme ou de traitement sélectif raisonné.

 

Les mamelles présentant des symptômes chroniques marqués, véritables lésions de la partie sécrétrice de la mamelle, devraient être réformées. Les kystes ou les nœuds lymphatiques réactionnels comme seuls signes ne devraient pas entraîner la réforme des animaux. Les signes chroniques modérés devraient susciter une antibiothérapie ; celle-ci doit être locale (intra-mammaire) et sélective (ne ciblant que les mamelles infectées).


           

Nos remerciements vont aux éleveurs qui ont accepté de nous accueillir, aux étudiantes vétérinaires qui ont effectué les examens cliniques et aux conseillers de la Confédération Générale de Roquefort, d'UNOTEC et de CDEO, partenaires du projet, qui ont réalisé l'ensemble des suivis et enregistrements.

         

Pour en savoir plus :

     

Dominique Bergonier

Courriel : d.bergonier(at)envt.fr

Gilles Lagriffoul

Courriel : gilles.lagriffoul(at)idele.fr