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JPO Pradel 2020 - Atelier 3 Gestion du parasitisme, les alternatives aux traitements allopathiques

Publié le par Claire Boyer (Institut de l'Elevage), Alain Pommaret (Ferme Expérimentale du Pradel), Aurélie Charasse (Syndicat caprin de la Drôme), Benjamin Deltour (GDS 26), Solenne Groos (Institut de l'Elevage), Philippe Thorey (Institut de l'Elevage)
L'atelier "Parasitisme" de la JPO 2020 a été l'occasion de rendre compte des derniers travaux sur les alternatives aux anthelminthiques. La présentation des premiers résultats du CasDar Fastoche a ciblé l'intérêt du pâturage du sainfoin pour la maîtrise du parasitisme SGI en caprin. Le projet PEPIT "Plantes et Santé caprine" a mis en lumière l'utilisation possible des plantes en élevage et le compte-rendu de l'enquête du PEPIT ParCap AuRA a synthétisé la gestion actuelle du pâturage et du parasitisme en Auvergne Rhône-Alpes.

CASDAR Fourrage Alicament Strongle gastro-intestinaux Ovins Chèvre

Le projet FASTOChe étudie l’intérêt d’un pâturage de prairies à base de plantes bioactives riches en métabolites secondaires bioactifs (MSB) dont les tanins condensés, pour évaluer les conditions optimales de culture, leurs impacts zootechniques et leurs effets pour contrôler les niveaux d’infestations parasitaires par les Strongles Gastro–Intestinaux chez les petits ruminants : ovins viande, ovins lait et caprins. La ferme du Pradel, dans le cadre de ce projet, teste sur 2 années consécutives (2019/2020), des périodes de pâturage de sainfoin « en cure » de 15 à 17 jours.

 

L’essai repose sur la comparaison des évolutions parasitaires de 2 lots de 48 chèvres sur une saison de pâturage (de mars à novembre généralement au Pradel, soit 150 à 200 jours pâturés).

Avant la première cure, sur 1 mois, les 2 lots pâturent alternativement les parcelles « inter-cure ». Lors des cures, le lot expérimental pâture des parcelles de sainfoin pur et le lot témoin pâture des parcelles sans MSB (Luzerne et Prairie Multi Espèces). Entre les séquences de cure, chaque lot pâture ses propres parcelles « infestantes » sans MSB. Durant l’essai, les chèvres ont eu une ration 100 % pâturage (entre 9 et 10 h par jour) complétée par 800 g de concentré par jour.

 

Deux cures de sainfoin (en avril et en juin) ont pu être réalisées en 2019 et 2020, une troisième cure est prévue à l’automne 2020 si le temps le permet.

 

Sur les deux années d’essai, une des limites pour interpréter les résultats du Pradel est le faible niveau de parasitisme (< 300 OPG).

Toutefois, les moyennes des coprologies individuelles de chaque lot montrent une première tendance : le niveau d’excrétion de Strongles Gastro-Intestinaux du lot témoin augmente régulièrement au cours des 3 mois de pâturage tandis que celui du lot sainfoin se stabilise.

 

Photo : parcelle de sainfoin pâturée au Pradel

 

Ces résultats sont complétés par les essais réalisés en caprin à l’INRAE Patuchev, qui a testé en 2019, une période de pâturage de sainfoin en « cure » de 19 jours. Les résultats des niveaux parasitaires des 2 lots de 31 chèvres après la cure sont similaires. Le niveau d’excrétion de Strongles Gastro-Intestinaux augmente pour le lot témoin et le lot sainfoin.

 

La variabilité des niveaux de parasitisme et d’effets antiparasitaires potentiels du sainfoin, en fonction des années ou des sites expérimentaux peut s’expliquer par plusieurs facteurs :

  1. des différences de conduite de système ;
  2. des différences météorologiques qui induisent des différences agronomiques dans la culture du sainfoin ;
  3. des différences en termes de teneur en tanins condensés présents dans la plante.

 

Pour être efficace contre les Strongles Gastro-Intestinaux, il faut que le sainfoin soit consommé pendant une période minimale de 2 semaines et aussi, qu’un seuil minimal de tanins dans la ration soit atteint.

 

Les résultats des deux sites caprins seront complétés par les sites ovins du projet : pour le sainfoin, la Cazotte et Carmejane, pour le plantain et la chicorée, le CIIRPO Mourier, Charolles et l’INRAE de Theix. Une diffusion de l’ensemble des résultats sur les effets des plantes bioactives à MSB est prévue à la fin du projet en 2022.

 

 

Projet PEPIT Plantes et Santé Caprine

La phytothérapie est l’utilisation de plantes ou d’extraits de plantes à des fins thérapeutiques. L’aromathérapie est une branche de la phytothérapie, il s’agit de l’utilisation d’huiles essentielles. C’est une médecine complémentaire à l’allopathie qui est utilisée par certains éleveurs. Les références scientifiques manquent pour prouver son efficacité. C’est pourquoi le projet « Plantes et Santé » a été mis en place avec pour objectif de contribuer à l’étude de l’efficacité de traitements réalisés par les chevriers d’Auvergne-Rhône-Alpes.

 

En 2017, un premier état des lieux a été réalisé via un questionnaire envoyé à 1 150 éleveurs caprins : sur la centaine de réponses obtenues, une soixantaine de personnes assurent utiliser la phyto-aroma comme médecine alternative. Afin de recueillir leurs protocoles de traitement et d’ensuite analyser leur efficacité, des enquêtes téléphoniques et de terrain ont été menées en 2019. Trois motifs de traitement ont ainsi été ciblés : les plaies, le parasitisme interne et les diarrhées des chevreaux notamment la coccidiose. Les protocoles de traitement ont été recensés grâce à des enquêtes téléphoniques (N=16) ou en élevage (N=10) et leur intérêt thérapeutique a été estimé en se fondant sur l’appréciation des éleveurs ainsi que leur recours à d’autres traitements. Toutes pathologies confondues, 91 protocoles de traitements ont été recueillis, ce qui témoigne de leur diversité aussi bien en termes de choix de produits qu’en termes de modalités d’application.

 

Quelques traitements ont été sélectionnés afin de faire l’objet d’essais pilotes en élevage ou à la station du Pradel et évaluer s’ils peuvent constituer des pistes prometteuses dans des objectifs thérapeutiques.

 

D’un point de vue législatif, l’usage des plantes pour guérir ou soulager des maladies (en préventif ou en curatif) par les éleveurs est illégal en l’absence de prescription vétérinaire. Il s’agit en effet d’encadrer l’utilisation des plantes ou de leurs dérivés en s’assurant aussi bien de l’efficacité des traitements que de leur innocuité. Les produits employés doivent par conséquent disposer d’une autorisation de mise sur le marché (AMM) comme un médicament « conventionnel ». Or très peu de médicaments à base de plantes en disposent : la procédure est lourde et demanderait à être adaptée.

 

Le projet Plantes et Santé Caprine se poursuit et les résultats des travaux seront présentés fin 2021.

 

 

Retour sur l’état des lieux des pratiques de gestion des strongles digestifs en élevage caprin pâturant en Auvergne Rhône-Alpes

Porté par Cap'Pradel et piloté par IDELE, le projet PEPIT ParCap AuRA vise à acquérir de nouvelles connaissances sur la gestion du parasitisme par les SGI (Strongles Gastro-Intestinales) et à mieux les diffuser. 

 

Un état des lieux a été réalisé en 2020 en deux étapes :

  • une enquête envoyée à 1341 éleveurs d’Auvergne-Rhône-Alpes (adhérents GDS) avec 198 réponses dont 159 en AuRA.
  • 20 entretiens semi-directifs réalisés en Drôme, Ardèche, Loire, Haute-Loire, Rhône.
     

Les résultats montrent qu’il y a des marges de manœuvre importantes par rapport au respect des préconisations pour prévenir et traiter le parasitisme. En effet, environ 50 % des préconisations sur la conduite du pâturage sont respectées : rupture longue de pâturage (au moins 60 jours), gestion par blocs de parcelles, absence de parcelle « parking » (parcelle qui reçoit très régulièrement des chèvres). La tendance est la même pour le respect des recommandations de traitements : dose, alternance des molécules, traitement sélectif… même si la moyenne de traitements anthelminthiques sur les chèvres de 1,4 par an, avec un recours très important aux coprologies, est positive.

 

Cet état des lieux confirme l’importance de pratiquer le pâturage pour les éleveurs concernés : malgré les incertitudes et certaines difficultés, peu de remises en cause n’ont été constatées. Les préconisations émises par les organismes techniques sont appliquées de façon disparate dans les élevages ce qui suggère que leurs diffusions doivent être repensées. De nombreuses interrogations demeurent ce qui rend légitime les travaux de R&D pour tenter d’y répondre.

 

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