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Définition de règles d'interprétation optimales des comptages de cellules somatiques de troupeaux chez la chèvre

Publié le par Renée de Crémoux (Institut de l'Elevage)
Dans l'espèce caprine, les séries de résultats des comptages de cellules somatiques (CCS) sur laits individuels sont un indicateur fiable du degré d'inflammation de la mamelle et constituent par conséquent un outil d'appui à la gestion sanitaire des élevages. Ces résultats ne sont cependant disponibles que pour certains des élevages bénéficiant d'un suivi technique dans le cadre du contrôle laitier. A défaut, les comptages de cellules somatiques sur laits de troupeaux (CCSt) réalisés par les entreprises laitières pour le paiement du lait à la qualité pourraient donner une première indication de la prévalence des infections mammaires dans les exploitations.

La relation entre comptages de cellules somatiques (CCS) individuels et de troupeau a été étudiée à partir des données issues de 226 élevages inscrits au Contrôle Laitier, recueillies d'août 1995 à mars 1997. Chaque mois, la moyenne géométrique des CCSt (un à trois prélèvements mensuels) a été calculée pour chaque élevage et a été assimilée à une valeur de CCSt "réelle" par opposition à la valeur "théorique" obtenue à partir des résultats de contrôles individuels des chèvres. 

            

Relation entre concentrations cellulaires des laits de tanks et fréquence présumée des infections mammaires

              

Analyse ponctuelle:

La répartition des concentrations cellulaires individuelles des chèvres a d'abord été étudiée ponctuellement en fonction des concentrations cellulaires de laits de tank auxquels elles ont été associées. Elle diffère d'une classe de CCSt à l'autre par les proportions relatives des chèvres appartenant aux classes extrêmes (moins de 250 000 cellules par ml et plus de 3 millions de cellules par ml) comme le montre la figure ci-dessous :

 

Distributions des résultats de concentrations cellulaires individuels
en fonction de la classe de concentrations cellulaires de laits de tanks

                     

 

Analyse dynamique :

Dans une approche dynamique, des séries de concentrations cellulaires ont été prises en compte et ont permis de définir quatre classes correspondant à des statuts infectieux présumés : mamelle saine (CCS1), infectée par des germes pathogènes mineurs (CCS2), infectée par des germes pathogènes majeurs (CCS3) ou de statut indéterminé (CCS0). Les concentrations cellulaires de lait de troupeau (moyennes géométriques mobiles établies sur 6 mois ou moyennes géométriques annuelles) ont été rattachées aux proportions relatives de ces différentes catégories.

            

Relation entre classes de moyennes mobiles de concentrations cellulaires de tank (moyennes géométriques
établies sur 6 mois) et prévalence moyenne présumée des infections (en %).

 

              

  • Lorsque la moyenne mobile est inférieure à 500 000 cellules par ml, plus de 72 % des chèvres peuvent être considérées comme saines. Environ 2 % des animaux présentent des niveaux inflammatoires mammaires élevés (CCS3) et de 6 à 11 % des inflammations plus modérées (CCS2).
  • A l'opposé, une moyenne mobile supérieure à 2 millions de cellules par ml signifie qu'en moyenne plus de 50 % des chèvres sont vraisemblablement infectées (classes CCS2 et CCS3) et que plus de 15 % sont susceptibles d'être infectées par des germes pathogènes majeurs.
  • Les moyennes annuelles doivent être interprétées sur un plan cinétique, la fréquence présumée des infections évoluant au cours du temps. On peut cependant estimer qu'un élevage ayant une moyenne annuelle de CCSt comprise entre 1 000 000 à 1 250 000 cellules par ml (classe d'élevages prépondérante) comporte en moyenne sur l'année 52,0 ± 6,3 % de chèvres présumées saines, 34,5 ± 6,6 % de chèvres présumées infectées par des germes pathogènes mineurs et 8,1 ± 1,9 % de chèvres présumées infectées par des germes pathogènes majeurs.

                   

Relations entre concentrations cellulaires de laits de tanks et paramètres structuraux ou de conduite d'élevage

               

Les niveaux et les cinétiques d'évolution des CCSt des élevages ont été analysés, classés par profils et mis en relation avec les paramètres de structure et de conduite suivants : proportions (et nombres) de primipares, d'animaux âgés et de chèvres en lactation longue ou prolongée ; période et répartition des mises-bas.

 

Dans l'ensemble, ces paramètres influent davantage sur la cinétique d'évolution des CCSt ou de la prévalence des infections que sur le niveau cellulaire moyen du troupeau en tant que tel. C'est notamment le cas de la période et de la répartition des mises bas (en avance de saison vs en saison naturelle) ainsi que de la proportion des chèvres ayant une lactation de plus de 12 mois. Toutefois, l'absence de chèvres conduites en lactation longue ou prolongée, et une faible proportion de chèvres âgées (moins de 5 %), sont significativement associées à des concentrations cellulaires moyennes inférieures à celles de la population.

La structure du troupeaux (animaux jeunes / âgés) intervient sur les niveaux cellulaires

Photo R. de Cremoux

          

Perspectives

                

Sous leur forme actuelle, les règles de diagnostic présomptif des infections mammaires montrent leurs limites lorsque l'on cherche à interpréter des mesures ponctuelles ou des critères synthétiques (moyennes annuelles) de CCSt. Dans l'espèce caprine, davantage sans doute que chez la brebis laitière, il s'avère important de considérer la dynamique des infections en s'appuyant sur les profils d'évolution des CCS au cours du temps qu'ils soient obtenus à partir des laits de tanks ou des laits individuels.

Dans ce type d'approche, il faut prendre en compte certaines conduites d'élevage telle que le désaisonnement des troupeaux et la pratique de l'allongement de la lactation. De même, l'incidence d'autres types de pratiques telles que la mise au pâturage mériterait sans doute d'être étudiée. Des études complémentaires doivent en outre être envisagées afin de parvenir à caractériser certains profils « atypiques » de fréquence présumée des infections et de déceler dans quelle mesure les troupeaux concernés se distinguent par des situations épidémiologiques et/ou des conduites d'élevage spécifiques.

 

Reste désormais à valider l'utilisation des CCSt en tant qu'outil prédictif (appui à la gestion du troupeau notamment sur un plan économique par l'analyse des résultats du troupeau et la prédiction de leur évolution). Cette analyse devra s'appuyer sur une base de données plus complète et comportant plusieurs années de suivi afin de tenir compte de l'incidence d'éventuelles fluctuations annuelles.

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