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Présentation du projet ANTHERIN et premiers retours sur les suspicions de résistance à l'éprinomectine et les traitements ciblés sélectifs chez la brebis laitière

Publié le par Philippe Jacquiet (ENV Toulouse), Renée de Crémoux (Institut de l'Elevage)
Dans un contexte de forte pression sur l’éprinomectine, les défauts d’efficacité émanent du terrain depuis 2017. Le projet ANTHERIN explore ces défauts d'efficacité en filière brebis laitière. Les premiers résultats sont présentés par Sophie Jouffry (ENVT, UMR IHAP)

Un projet pour objectiver les défauts d'efficacité de l'éprinomectine

Dans un contexte de forte pression sur l’éprinomectine, les défauts d’efficacité émanent du terrain depuis 2017, et le premier cas de multirésistance d’Haemonchus contortus à l’éprinomectine et aux Benzimidazoles a été décrit dans un élevage caprin des Pyrénées Atlantiques en 2018 (1).

Le projet ANTHERIN (ANTHElminthic Resistance in dairy sheep farms : survey and INnovative solutions) vise à, sur une durée de 3 ans :

  • caractériser les défauts d’efficacité observés chez la brebis laitière dans les Pyrénées Atlantiques et le rayon de Roquefort,
  • comprendre les mécanismes de résistance d’Haemonchus contortus à partir d’un nématode libre modèle,
  • et proposer des solutions de gestion aux éleveurs ovins laitiers faisant face à une résistance, ainsi qu’à ceux souhaitant retarder l’apparition de résistances dans leur élevage.

Retour sur les résultats des tests de réduction d’excrétion fécale d’œufs post-traitement

Depuis 2019, des tests de réduction d’excrétion fécale d’œufs post-traitement à l’éprinomectine ont été réalisés dans 31 élevages, investigués à la suite d’observation de résistance clinique, suite à une coprologie de contrôle post-traitement non nulle, ou en conséquence de la participation de l’éleveur à un autre projet du laboratoire.  Ces investigations ont donc été faites de façon non aléatoire, et les résultats ne reflètent pas une prévalence de la résistance à l’éprinomectine.

Parmi les 25 élevages situés dans les Pyrénées Atlantiques, 21 présentent de la résistance, 3 de la sensibilité et un élevage présente un défaut d’efficacité ne pouvant être qualifié de résistance selon les critères de la WAAVP (World Association for the Advancement of Veterinary Parasitology) (il est qualifié de « douteux »). Dans le rayon de Roquefort, 1 élevage présente de la résistance, 4 de la sensibilité, et un élevage est qualifiable de « douteux ».

Protocole de Traitement Ciblé Sélectif : quels critères de choix ? quelles perspectives ?

Ces résultats renforcent la nécessité de proposer un protocole de Traitement Ciblé Sélectif (TCS) pouvant être adopté par éleveurs dans la filière ovin laitier. A ce jour, la littérature ne décrit que 3 études sur le TCS dans cette filière (2–4). Des critères simples doivent permettre aux éleveurs de choisir quelle brebis traiter, et le potentiel impact économique pouvant découler du non traitement anthelminthique des animaux doit être évalué. Les critères de choix des animaux traités seront évalués notamment au niveau parasitaire et au niveau production (données de production et de reproduction).

Les coprologies individuelles montrent des courbes similaires à l’échelle d’un cheptel : les excrétions suivent un continuum de 0 opg à plus de 4000opg, montrant une diversité de capacité des individus à contrer une infestation, malgré des conduites similaires.  Une première lecture des résultats obtenus dans 3 élevages en suivi dans le rayon de Roquefort permettent de montrer une diversité d’appréciation du besoin de traiter d’un élevage à l’autre, et selon les cheptels 31, 58 ou 85% des brebis en lactation ont été traitées à l’Eprecis® injectable. Il semblerait qu’en augmentant le nombre d’animaux traités, les chances de traiter les brebis « à tort » car faiblement infestées augmente. Cependant, ces mêmes brebis pourraient être sensibles à une faible charge parasitaire : une autre interprétation des résultats sera donc faite en évaluant une éventuelle évolution de la production laitière. Ces résultats préliminaires du projet, qui se déroulera encore sur 2 ans, doivent être étayés et approfondis. »

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Des références Pour en savoir plus

  1. Bordes L, Dumont N, Lespine A, Souil E, Sutra J-F, Prévot F, et al. First report of multiple resistance to eprinomectin and benzimidazole in Haemonchus contortus on a dairy goat farm in France. Parasitol Int. juin 2020;76:102063.
  2. Schwarz K, Bapst B, Holinger M, Thüer S, Schleip I, Werne S. Potentials of using milk performance data and FAMACHA score as indicators for Targeted Selective Treatment in Lacaune dairy sheep in Switzerland. Vet Parasitol. 2020;277:100030.
  3. Gallidis E, Papadopoulos E, Ptochos S, Arsenos G. The use of targeted selective treatments against gastrointestinal nematodes in milking sheep and goats in Greece based on parasitological and performance criteria. Vet Parasitol. sept 2009;164(1):53‑8.
  4. Cringoli G, Rinaldi L, Veneziano V, Mezzino L, Vercruysse J, Jackson F. Evaluation of targeted selective treatments in sheep in Italy: Effects on faecal worm egg count and milk production in four case studies. Vet Parasitol. sept 2009;164(1):36‑43.