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Cellules, morphologie et cinétiques de traite chez les brebis appartenant à des lignées divergentes sur les concentrations cellulaires

Publié le par Charlotte Allain (INRAE GenPhySE), Rachel Rupp (INRAE GenPhySE)
L'étude de deux lignées de brebis, créées par l'INRA, divergentes sur les concentrations cellulaires, permet de mieux appréhender les apports et impacts d'une sélection fondée sur ce caractère

Les mammites représentent une pathologie majeure des ruminants laitiers de par leur fréquence et l’importance de leurs répercussions économiques. Des programmes d’amélioration génétique de la résistance aux mammites sont développés dans de nombreux pays, et sont basés sur le comptage de cellules somatiques (CCS) comme critère de sélection.

            

Dans l’objectif d’évaluer les conséquences d’une telle sélection, nous avons étudié deux lignées de brebis divergentes produites à l’unité expérimentale INRA de La Fage depuis 2005. Nous avons évalué la résistance aux infections intramammaires naturelles de ces brebis à l’aide de mesures régulières de CCS, d’examens cliniques des mamelles et de bactériologies du lait. La réponse corrélée de la sélection sur la cinétique d’émission du lait et l’anatomie de la mamelle et des trayons a été évaluée, respectivement, grâce à un automate de contrôle laitier et par imagerie (analyse automatisée de photographies numériques). Ces différents développements d'outils et méthodes, ont été réalisés par l'unité INRA GenPhySE de Toulouse.

         

Sur le plan sanitaire, un écart entre les deux lignées confirmé d'année en année

       

Concentrations cellulaires : plus du double de cellules dans la lignée sensible

      

L’écart généré entre les deux lignées s’est confirmé au fil des années, il est équivalent à 3 écart-types génétiques du score de cellules somatiques, soit plus du double de la moyenne géométrique des CCS : 363 000 cellules somatiques pour les brebis CCS- contre 1 209 000 cellules somatiques pour les brebis CCS+.

         

Davantage de mammites cliniques aigües ou chroniques dans la lignée sensible

     

La plupart des cas de mammites cliniques sont survenus chez les brebis de la lignée CCS+ (7% contre 2%). De même, la majorité des abcès mammaires ont été observés chez les brebis CCS+ (36% contre 9%).

 

Des infections plus fréquentes dans la lignée sensible

         

L’analyse des bactériologies du lait positives par méthode conventionnelle indiquait une fréquence significativement supérieure chez les brebis CCS+ par rapport aux brebis CCS- (46% contre 23%), et ce, surtout à la mise bas (54% contre 22%).

   
La méthode conventionnelle d’analyse bactériologique utilisée jusqu’à maintenant comprend une approche culturale bactérienne et une identification biochimique (7 étapes). Elle a pour principales limites la nécessité de congeler à -80°C les échantillons pour préserver au mieux les bactéries et le temps d’analyse qui est long (traitement de 25 laits par semaine).

L’analyse moléculaire est une méthode alternative à la méthode conventionnelle. Elle consiste à détecter et quantifier l’ADN bactérien présent dans le lait basée sur l’amplification d’ADN bactérien par qPCR. Elle a pour principaux avantages de donner une quantification des bactéries présentes et d’être applicable à des échantillons de lait stockés à -20°C. Grâce à un kit d’analyse développé à l’ENV de Toulouse, nous avons pu quantifier les espèces de staphylocoques présentes dans le lait des brebis des lignées CCS.

Avec cette méthode, nous avons confirmé une fréquence significativement supérieure de bactériologies positives chez les brebis CCS+ qui est plus marquée entre février et avril.

      

Des temps de latence significativement plus élevés chez les brebis résistantes

         

L’analyse des données de cinétique d’émission du lait a montré que les brebis CCS- (résistantes) présentaient un temps de latence significativement plus élevé que les brebis CCS+ (sensibles), soit 5 secondes en moyenne. Le temps de latence est le temps entre le branchement du faisceau trayeur  et l’arrivée du lait dans l’automate de contrôle laitier (début de mesure).

Cette caractéristique pourrait conférer aux brebis de la lignée CCS-, une meilleure aptitude à limiter les infections avec une plus grande résistance du sphincter à s’ouvrir sous l’effet du vide.

    

Des différences morphologiques mais une relation avec la fréquence et la durée des infections qui reste à étayer

        

Par ailleurs, l’analyse par imagerie, a indiqué que les brebis de la lignée CCS- (résistantes), présentaient des mamelles plus hautes et moins décrochées ainsi que des trayons moins longs et moins courbés que les brebis de la lignée CCS+ (sensibles). La présence de mamelle en forme de sac (décrochement entre la ligne virtuelle passant par les trayons et la base de la mamelle) est caractéristique des brebis de la lignée sensible (CCS+).

          

Les relations directes de ces caractéristiques physiologiques et anatomiques avec la fréquence et la durée des infections n’ont toutefois pas pu être clairement établies dans cette étude et doivent être étayées par un plus grand nombre de données.