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Sélection sur la résistance aux mammites en ovins laitiers : bilan et perspectives

Publié le par Jean-Michel Astruc (Institut de l'Elevage)
En ovins laitiers, la sélection sur les concentrations cellulaires apparaît pertinente pour une amélioration de la santé globale de la mamelle

Les comptages de cellules somatiques (CCS) du lait ont été introduits dans le critère de sélection en race Lacaune dès 2006 puis dans les races ovines laitières des Pyrénées (ROLP) en 2016. Les CCS sont en effet considérés comme un traceur pertinent de la santé de la mamelle. Or les infections mammaires, associées aux problèmes liés à la morphologie de la mamelle, constituent la 2ème cause de réforme en élevage ovin lait, après la production laitière et devant la reproduction. Par ailleurs, les grilles de paiement du lait, qui prennent en compte la qualité hygiénique du lait et particulièrement les CCS (depuis 1993 dans le Rayon de Roquefort, depuis 2013 dans les Pyrénées-Atlantiques), sont suffisamment incitatives pour que les éleveurs appuient sur les différents leviers d’action, dont la génétique, efficace sur les moyen et long termes.

  

La génétique : une efficacité sur les concentrations cellulaires, sur les moyen et long termes

    

L’évolution des niveaux de CCS dans les bassins sur les 20 dernières années montre une baisse d’environ 40% dans le Rayon de Roquefort pour atteindre en un niveau de 550 000 cellules/ ml en 2016. Sur la même période dans le bassin Pyrénéen, les CCS ont augmenté de 20% chez les livreurs (900 000 cellules/ml en 2016), alors qu’il est resté faible chez les fromagers aux alentours de 500 000 cellules/ml.

 

La sélection sur les CCS s’appuie sur le contrôle laitier qualitatif partiel conçu en ovins laitiers pour la richesse du lait. Celui-ci est fondé sur la prise de 2 à 4 échantillons en milieu de lactation, à la traite du matin, sur les primipares (cas des ROLP) ou sur les lactations 1 et 2 (cas des Lacaune). Les CCS de chaque contrôle subissent une transformation logarithmique et une correction pour le stade de lactation (même si celui-ci est faible pour les CCS), puis sont ensuite moyennés en pondérant pour leur représentativité génétique. L’héritabilité des CCS est faible, comprise entre 0,07 (Manech tête noire) et 0,15 (Lacaune). Les corrélations génétiques avec la production laitière sont défavorables quelle que soit la race, de 0,10 (Basco-Béarnaise) à 0,23 (Manech tête noire), les Manech tête rousse et Lacaune ayant une relation de 0,15.

  

Prise en compte de la morphologie : une synergie à rechercher

  

Les cellules sont par ailleurs reliées favorablement à la morphologie de la mamelle (entre -0,12 et -0,32 selon le poste, en race Lacaune). Il est donc logique de prendre en compte les CCS dans le critère de sélection, d’une part pour stopper leur dégradation et les diminuer (contrer la relation défavorable avec le lait), d’autre part pour améliorer la morphologie de la mamelle, sachant que la sélection explicite pour la morphologie de la mamelle opère en synergie avec les CCS. C’est ainsi que l’objectif de sélection Lacaune intègre les 2 critères (CCS et la morphologie de la mamelle), chacun à hauteur de 25% ; alors que pour les ROLP, en attendant l’intégration de la morphologie de la mamelle prévue en 2019, le poids des CCS dans le critère de sélection est de 15% en 2017.

  

La prise en compte des CCS dans le critère de sélection Lacaune porte ses fruits. Le niveau génétique de la base de sélection s’améliore depuis le millésime de brebis 2007. L’écart entre sélectionneurs et utilisateurs se creuse depuis 8 ans, sous l’effet de la sélection. On peut penser que du fait de la diffusion massive par IA en race Lacaune, cet écart va rapidement se stabiliser.

 

De nombreux leviers d'action pour améliorer la santé globale de la mamelle

 

On connait l’efficacité de la génétique sur le long terme. Mais les conduites d’élevage et les mesures de prophylaxie ont sur le court terme un rôle prépondérant. Le programme Mamovicap a mis en évidence différents leviers (routine de traite, réglage machine à traire, réforme des brebis avec CCS et/ou présentant des anomalies de la mamelle détectées lors d’un examen clinique par palpation) pour diminuer le niveau de cellules dans les élevages. Le projet Mamovicap a enfin confirmé qu’une sélection pour les CCS est pertinente pour une amélioration de la santé globale de la mamelle.

 

Pour en savoir plus :

Jean-Michel Astruc

Courriel : jean-michel.astruc(at)idele.fr