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L’index d’état corporel, prédicteur de la mobilisation des réserves au cours de la lactation ?

Publié le par Didier Boichard (INRAE Jouy (78)), Rachel Lefebvre (INRAE GABI), Pauline Martin (INRAE)
L’index d’état corporel reflète l’état moyen des vaches laitières mais informe-t-il également sur les variations de mobilisation des réserves corporelles et d’ingestion au cours de la lactation ? Cette expérimentation du projet Deffilait apporte des éléments de réponse.

 

Risque de mobilisation des réserves corporelles excessive en début de lactation

En début de lactation, la production augmente plus vite que l’ingestion et le bilan énergétique est négatif. La mobilisation corporelle après vêlage et sa récupération ultérieure constituent un processus d’adaptation pour franchir cette étape critique. Mais lorsqu’elle est excessive, la mobilisation est un facteur de risque induisant des problèmes de santé et de reproduction.

 

L’index d’état corporel reflète l’état corporel moyen des vaches

La note d'état corporel (ou BCS pour Body Condition Score) offre une bonne estimation de la quantité de lipides stockée et ses variations sont un bon indicateur du bilan énergétique. Toutefois, le suivi de l’état corporel est relativement lourd et peu précis, même pour des pointeurs qualifiés, et sa cinétique est rarement disponible. Même si l’état corporel est noté dans le cadre des pointages morphologiques et fait l’objet d’une évaluation génomique précise (grâce à la grande taille de la population de référence), cette évaluation reflète l’état corporel moyen et pas forcément ses variations, car elle ne prend en compte qu’une mesure par vache.

Figure : Evolution, au cours de la lactation, de la note d’état corporel (point), de la production laitière (kg), de l’ingestion (kg de matière sèche) et du poids vif (kg) de vaches Holstein avec un index d’état corporel positif (BCS+) ou négatif (BCS-) (Source INRAE 2022)

L'index BCS n’est donc pas seulement une prédiction de l’état corporel moyen mais il informe également sur l’intensité de la mobilisation corporelle et la dynamique de l’ingestion en début de lactation. C’est un outil prometteur qui pourrait contribuer à limiter la mobilisation intense et à accroitre l’augmentation d’ingestion en début de lactation.

 

Une étude basée sur plus de 680 lactations en race Holstein

Cette étude a été réalisée dans le cadre du projet ANR-ApisGene Deffilait. Elle reposait sur les données de 686 lactations de vaches Holstein dans trois fermes expérimentales (le Pin, Méjusseaume, les Trinottières). Les productions laitières, le poids vif et l’ingestion étaient mesurés quotidiennement, les taux butyreux et protéique une ou deux fois par semaine selon la ferme, et l’état corporel est noté une à deux fois par mois par des pointeurs entrainés. Les vaches ont été génotypées et leur valeur génomique BCS a été prédite à partir de leurs génotypes. Il est important de noter que leur phénotype (la note d’état corporelle) n’a pas été pris en compte dans l’estimation des effets SNP.
Chaque caractère a été analysé avec un modèle prenant en compte différentes régressions de l’index état corporel, en sus du groupe de contemporains (ferme x jour), du stade de lactation et de différents facteurs. Ces régressions ont permis d’estimer l’impact de l’index BCS à chaque stade de la lactation.


Ces travaux sont soumis à la revue Journal of Dairy Science (Lefebvre et al).