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[Webinaire] L’encéphalite à tiques en France et transmission alimentaire

Intervention réalisée par Laure Bournez (ANSES, Laboratoire de la Rage et de la Faune Sauvage de Nancy) lors du Webinaire coanimé par l'UMT SABRE et l'OMACAP le 14 Octobre 2025

Publié le par Laure Bournez (ANSES)
Les encéphalites à tiques sont des maladies virales pour l'essentiel transmises à l'occasion de piqûres de tiques. Parmi les cas recensés chaque année, certains ont néanmoins mis en évidence une contamination par voie alimentaire via la consommation de produits laitiers non pasteurisés. Dans ce contexte, l'Anses a initié un ensemble de travaux pour préciser les risques d'exposition des animaux mais aussi mieux apprécier les risques de transmission par voie alimentaire. Le point a été fait par Laure Bournez sur ce sujet

Distribution du virus de l'encéphalite à tiques en France métropolitaine : que sait-on ?

Le virus de l’encéphalite à tiques (TBEV), appartenant au genre Flavivirus, est l’arbovirus le plus fréquent en Europe. Le sous type circulant en Europe affecte le système nerveux central chez l’homme et peut conduire à la mort dans 0,5 à 2% des cas. Le virus circule naturellement entre la tique Ixodes ricinus et les micro-mammifères. L’être humain s’infecte soit par la piqûre d’une tique infectée soit par l’ingestion de produits laitiers contaminés non pasteurisés - principalement les produits de chèvres, les ruminants infectés par une tique pouvant excréter le virus dans le lait sans retransmettre le virus à d’autres tiques. La TBE chez l’être humain est devenue maladie à déclaration obligatoire en mai 2021. Depuis, une trentaine de cas autochtones sont recensés en moyenne chaque année sur la moitié Est du pays. Les deux départements de l’Alsace et la Haute-Savoie sont les plus touchés. La distribution du virus TBE en France est cependant à ce jour très mal caractérisée et repose essentiellement sur la surveillance des cas humains et sur quelques enquêtes sérologiques chez les animaux menées dans le cadre de projets de recherche. Les données disponibles sont en effet limitées pour évaluer la distribution du virus au sein des départements considérés comme endémiques. Par ailleurs, la détection de traces sérologiques d’anticorps anti-TBEV chez des mammifères dans des départements plus à l’ouest soulève des interrogations, ces résultats suggérant la présence probable d’un virus appartenant au complexe TBEV, sans toutefois permettre de confirmer l’espèce virale exacte ni d’établir s’il s’agit bien du TBEV.

Place de la contamination par voie alimentaire : de nombreuses inconnues

Parmi les cas recensés, la contamination par voie alimentaire via la consommation de produits laitiers non pasteurisés serait moins fréquente que par piqûre de tiques. Depuis la survenue du premier foyer de contamination par voie alimentaire en 2020 dans l’Ain, avec 43 cas de méningites et encéphalites de TBE, six autres foyers de contamination par voie alimentaire ont été suspectés, tous étaient situés en région Auvergne-Rhône-Alpes. Parmi les personnes atteintes de TBE, les professionnels de l’élevage sont particulièrement concernés. Cela peut s’expliquer par le fait qu’ils peuvent être à la fois exposés fréquemment aux piqûres de tiques ou se contaminer par consommation de lait cru contaminé. La région Auvergne-Rhône-Alpes est la plus concernée par le risque de transmission alimentaire de TBE, étant donné que la production de fromages caprin lait cru et la pratique du pâturage (offrant l’opportunité d’une exposition aux tiques) y sont particulièrement développés.

De nombreuses données scientifiques sur cette voie de transmission sont manquantes et limite l’évaluation du risque et la mise en place de mesures de gestion adaptées. Les données épidémiologiques du virus en élevage sont limitées, que ce soit sur le niveau d’exposition et d’excrétion des virus, la quantité et durée du virus excrété, et s’il existe des différences entre espèces de ruminants qui pourraient expliquer les différences observées des cas d’infections alimentaires associés aux produits de chèvres plutôt que ceux de brebis ou de vaches. De même, l’effet des procédés fromagers sur l’infectiosité du virus est peu connu, et ne permet pas de déterminer les produits qui présentent ou non un risque. Enfin, la dose infectieuse pour l’être humain n’est pas connue. 

Sur le terrain, des études pour mieux caractériser les risques d'exposition des animaux

Des premières études ont été réalisées par les équipes Anses sur ce sujet. Elles ont permis d’une part de caractériser l’exposition des bovins allaitants (utilisés comme proxy des ruminants) en Alsace-Lorraine. C’était une première étude pilote qui permettait d’évaluer le niveau d’exposition dans une zone de forte circulation (Alsace) et plus faible circulation (Lorraine) évaluée d’après l’incidence humaine. Les résultats ont révélé que le virus avait une large distribution sur l’ensemble des départements avec une  forte variabilité spatiale de la séroprévalence des animaux, allant jusqu’à 72% d’animaux séropositifs localement. La séroprévalence était associée à trois facteurs majoritaires :

  • la proportion de forêts mixtes (zones favorables à la circulation virale entre tiques et rongeurs),
  • la proximité des pâtures avec un habitat boisé favorables aux contacts entre les bovins et les tiques,
  • et la température moyenne annuelle jouant probablement sur les conditions favorables aux tiques, à la persistance du virus ou à sa transmission.

En laboratoire, des études sur la persistance du virus dans le lait

D’autre part, des premières études sur la persistance du virus infectieux dans le lait en fonction des conditions de température et de la matrice ont été effectuées en laboratoire. Des études d’infections expérimentales de lait de vache et de chèvre par du virus TBE ont été mené à 4°C et 21°C sur des cinétiques courtes (entre 2h et 12h) et longue (entre 12h et 48h). Elles ont montré que le génome viral était stable quelques soit les conditions. En revanche, la quantité de virus infectieux diminuait à 4°C dans le lait de chèvre, et à 21°C sur lait de vache et de chèvre entre 2h et 12h. Des études supplémentaires sont nécessaires pour expliquer ces observations, et notamment sur lait naturellement infecté pour évaluer réellement la persistance du virus en fonction de ces conditions.

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