[Webinaire] Première exploration de la part génétique de l’hôte dans l’infection et l’expression clinique du CAEV
Intervention réalisée par Rachel RUPP (INRAE Génétique Animale, unité GenPhySE Toulouse) lors du Webinaire coanimé par l'UMT SABRE et l'OMACAP le 14 Octobre 2025
Les infections lentivirales sont responsables de maladies chroniques évoluant vers des formes cliniques sévères (arthrites dans le cas du CAEV de la chèvre, maladies pulmonaires dans le cas du VISNA-MAEDI). Les lentivirus sont des rétrovirus qui s’intègrent au génome de l’hôte et peuvent rester longtemps en dormance. Ils sont définis comme un continuum viral (Leroux et al., ), avec la circulation de virus non différenciables chez la chèvre et le mouton, sans barrière d’espèce, même si des spécificités existent. A ce jour, il n’existe pas de traitement préventif (vaccin) ou curatif pour les infections lentivirales, et l’éradication est inenvisageable au vu de la prévalence élevée de ces infections. La filière caprine a souhaité conserver un plan national de suivi et de gestion, au vu de l’impact économique, du risque sanitaire et de l’impact sur le bien-être animal de ces infections virales. Elle est en attente forte de solutions de surveillance et de contrôle de la maladie. Des données récentes de la littérature suggèrent que la prédisposition aux maladies lentivirales chez les petits ruminants a une composante génétique (Heaton et al., ; Shultz et al. ).
Depuis 2022, en partenariat avec la filière caprine (ANICAP), notre équipe pose les bases d’un projet de recherche pour établir la preuve de l’existence d’un déterminisme génétique de la résistance aux infections lentivirales dans l’espèce caprine. Le projet associe les compétences académiques de généticiens (GenPhySE, Toulouse) et virologues (IVPC, Lyon) de INRAE, GDSFrance, l’ANSES, CAPGENES et IDELE. Dans ce projet nous abordons deux phénotypes complémentaires de la réponse de la chèvre, qui permettent d’appréhender différentes composantes de résistance de l’hôte : i) la séropositivité : qui signe la présence du virus dans l’organisme ; et ii) la présence d’arthrites des carpes (mesure au mètre ruban des carpes et métacarpes) : qui reflète l’évolution de l’infection vers l’expression de signes cliniques. Le projet repose sur trois dispositifs complémentaires :
- Une étude exploratoire dans une ferme expérimentale INRAE (P3R, Bourges).
- Un dispositif de collecte de 2000 chèvres en élevage commerciaux Alpin et Saanen répartis sur tout le territoire.
- L’étude de la variabilité dans d’autres races caprines (parmi les races Angora, Fossé, Provençale, Pyrénéenne et Corse).
Les premières analyses conduites sur les données du P3R de Bourges reposent sur 525 chèvres Alpine suivie pendant deux ans. Le diagnostic des arthrites a été réalisé sur la base de mesures au mètre ruban. La séropositivité a été établie à partir de test ELISA. Les premiers résultats indiquent que les caractères étudiés, à savoir la séropositivité et les arthrites, sont héritables (10 à 18 %), ce qui ouvre une perspective prometteuse à la génétique en tant que levier d’amélioration de la réponse des chèvres aux infections lentivirales. Par ailleurs, ces deux caractères semblent être génétiquement distincts, ce qui souligne l'intérêt d'utiliser plusieurs indicateurs pour étudier la génétique de la réponse des chèvres au CAEV.

En parallèle, le dispositif de collecte en ferme est amorcé depuis septembre 2025. Piloté par CAPGENES, avec le soutien de INRAE et de l’ANSES (analyses sérologiques), il s’achèvera au printemps 2026. L’ensemble des analyses génétiques et génomiques du projet se poursuivront entre 2026 et 2027.
L’objectif final est d'améliorer la compréhension du déterminisme génétique de la résistance de la chèvre aux maladies lentivirales (CAEV) et de poser les bases d’une sélection génétique de cette résistance au sein des populations caprines françaises.
Le projet, nommé LENTICAP, a reçu le soutien financier de INRAE, ANICAP, APISGENE et du CARNOT France Futur Elevage.