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[2019] Pourquoi certaines chèvres vivent plus longtemps que les autres ?

Publié le par Isabelle Palhière (INRAE GenPhySE), Renée de Crémoux (Institut de l'Elevage)
Pourquoi certaines chèvres vivent plus longtemps que les autres ? Voici la question à laquelle les chercheurs ont cherché à répondre dans le cadre du projet CASDAR « RUSTIC » dont un des axes de travail visait à mettre au point une évaluation génétique de la longévité fonctionnelle chez la chèvre. Différents facteurs d’environnement et génétiques influençant la longévité des chèvres ont été identifiés, estimés et sont présentés ici, en prenant la race Alpine comme exemple.

En moyenne, une chèvre a une durée de vie productive (durée entre sa 1ere mise-bas et sa réforme) de 2,7 ans. Mais cette durée est très variable puisque 24% des chèvres ont une durée de vie productive de moins d’1 an alors que pour 20% des chèvres elle est supérieure à 4 ans.

Quels facteurs influent sur cette durée de vie productive ?

   

L’effet de l’élevage est prédominant sur la durée de vie des chèvres

       

L’éleveur, par sa conduite du troupeau, est un "facteur" déterminant de la plus ou moins grande durée de vie productive des chèvres.

            

Afin de mieux comprendre les différences observées entre éleveurs, 4 groupes d’éleveurs ont été constitués selon un gradient de leur effet « élevage », estimé par le modèle d’évaluation génétique. La taille moyenne du troupeau de ces 4 groupes d’éleveurs est sensiblement identique mais le taux de renouvellement est très différent, variant de 37% à 24% entre les 2 groupes extrêmes. Cela se traduit par une différence moyenne de durée de vie productive des chèvres de 200 jours (0,55 an) entre ces mêmes groupes, ce qui est loin d’être négligeable si on le rapporte à la carrière moyenne d’une chèvre.

            

Si on cherche à caractériser ces 4 groupes d’éleveurs, on remarque que :

  • la majorité des éleveurs fromagers a des pratiques favorables à la longévité ;
  • la pratique des mises-bas saisonnées semble propice à une meilleure longévité;
  • d’autres facteurs tels que le système d’alimentation et le système d’exploitation (caprin spécialisé, autre atelier herbivore, grandes cultures,…) semblent expliquer aussi en partie la différence de longévité entre élevages.

 

Le potentiel laitier de la chèvre détermine grandement sa longévité

     

Au sein du modèle d’indexation, le potentiel laitier des chèvres est défini en 10 classes sur la base de leur quantité de lait cumulée sur 250 jours intra élevage x campagne, l’idée étant que c’est le niveau laitier comparé aux autres chèvres de l’élevage (et non dans l’absolu) qui a une incidence sur le risque de réforme d’une chèvre.

       

Ainsi, on voit que ce sont surtout les 10% les chèvres les moins productives (classe 1) qui sont surtout à risque de réforme (risque 4,2 fois supérieur à une chèvre moyenne du troupeau) et dans une moindre mesure les chèvres entre 10% et 20% les moins bonnes (classe 2). Les autres classes ont un risque de réforme réduit. On observe également que le risque d’être réformées pour les moins bonnes chèvres diminue au cours des campagnes, témoin que la pression de réforme sur la quantité de lait est moins forte aujourd’hui que dans les années 90.

 

          

Les chèvres ayant un bon potentiel génétique sur les cellules et la morphologie mammaire ont une meilleure longévité

           

La génétique a une influence modérée sur la longévité fonctionnelle des chèvres. En effet, l’héritabilité estimée est de 8 à 10% selon le modèle utilisé.

     

Une sélection sur ce caractère ne sera donc pas aisée. Toutefois, l’aptitude génétique des chèvres à avoir une bonne longévité fonctionnelle est très liée à leur potentiel génétique sur les cellules et la morphologie de la mamelle. Il existe donc de bons prédicteurs de la longévité en sélection aujourd’hui. A titre d’illustration, on a comparé les filles de 2 groupes de boucs d’IA : les meilleurs sur l’index cellules et les moins bons. Il apparait que les filles des meilleurs boucs « cellules » ont une durée de vie productive moyenne supérieure de 141 jours (0,4 an). La même démarche pour la morphologie de la mamelle montre un écart moyen de 70 jours (0,2 an).

       

Ainsi, peut-on se demander si les index cellules et morphologie sont suffisants pour sélectionner sur la longévité. La réponse est non : même si le potentiel génétique de la longévité est largement conditionné par celui sur les cellules et la morphologie mammaire, il inclut un grand nombre d’autres caractères fonctionnels tels que la fertilité, la résistance aux maladies, les aplombs, le comportement,…sans avoir besoin de les mesurer, d’où l’intérêt de l’introduire dans le schéma sélection.