UMT Pilotage de la Santé des Ruminants Dossier et publications Détail article 

Principes du dépistage des infections de la mamelle par un test fondé sur les concentrations cellulaires

Publié le par Renée de Crémoux (Institut de l'Elevage)
Le préalable à la mise en place de toute mesure de gestion sanitaire est le dépistage des infections de la mamelle par l'intermédiaire des résultats de concentrations cellulaires individuelles. Lorsque l'on observe l'historique des résultats de concentrations cellulaires des laits des chèvres sur l'ensemble de leur lactation, on est amené à se poser certaines questions. Certains laits de chèvres ont des teneurs en cellules constamment élevées, d'autres systématiquement faibles. Pour d'autres encore, on observe des variations parfois importantes. Qu'en penser ?

Des exemples concrets sont présentés à titre d'illustration.

 

Les exemples proposés résultent des suivis réalisés par l'Anses de Niort (anciennement Station Régionale de Pathologie Caprine).

Pour chaque animal suivi, le principe est le suivant :

  • des analyses bactériologiques ainsi que des mesures de concentrations cellulaires sont réalisées mensuellement sur les laits des deux demi-mamelles (résultats présentés dans un tableau récapitulatif).
  • le même mois (mais PAS le même jour), des analyses contrôle laitier sont faites sur les laits individuels : illustration sous la forme d’une courbe.

Attention : Tous les résultats de concentrations cellulaires sont exprimés en milliers de cellules par ml (les multiplier par 1000).

                     

Chèvre saine

                       

Le premier exemple concerne une chèvre saine. Toutes les analyses montrent l’absence de bactéries (utilisation de la couleur verte). Les teneurs en cellules, aussi bien sur les laits de demi-mamelles que sur les laits individuels, sont basses (100 à 200 000 cellules par ml) même s'il existe des variations au cours du temps.

           

 

Par ailleurs, ce cas illustre bien que les résultats individuels (enregistrés lors du contrôle laitier) ne sont pas pas des moyennes des concentrations cellulaires obtenues sur les laits des 2 demi-mamelles :

  • d'une part, les analyses ne sont pas simultanées et il existe des variations d'un jour à l'autre
  • d'autre part, la quantité de lait produite par chaque demi-mamelle intervient : elle pondère le résultat (éventuellement moins de lait pour la demi-mamelle infectée)

 

On remarque par ailleurs en fin de lactation une valeur de concentration cellulaire élevée du côté gauche : 1953 milliers de cellules par ml. Des résultats élevés sont ainsi régulièrement constatés en toute fin de lactation et au tarissement. Un effet de "dilution / concentration" intervient très vraisemblablement : la concentration cellulaire est d'autant plus élevée que le lait est produit en très faible quantité. Ce phénomène ne suffit pas cependant à expliquer entièrement ces fortes augmentations.
C'est pour cette raison qu'il a été convenu de ne pas prendre en compte les concentrations cellulaires relevées à cette période (au-delà de 250 jours de lactation).

               

Chèvre infectée de manière unilatérale par Staphylococcus aureus : cas 1

                 

L’exemple suivant concerne une chèvre qui, si l'on considère les analyses bactériologiques, a été identifiée comme infectée au mois d’avril par un staphylocoque doré (Staphylococcus aureus) : lorsque l’animal est reconnu infecté, la couleur rouge est employée (chiffres et courbe). On observe ici que l’infection est survenue du côté gauche.

Les résultats de concentrations cellulaires s’élèvent considérablement du côté gauche dès le début de l’infection. Les valeurs sont également très élevées sur les laits individuels. Une inflammation importante est même perceptible dès le mois de mars sur le résultat du contrôle laitier.

Attention, ne pas oublier ici que les analyses n’ont PAS été réalisées en même temps. Il est probable que l’analyse bactériologique du mois de mars ait été effectuée AVANT le passage du contrôle laitier et sans doute avant le démarrage de l’infection. Ceci étant, l’analyse de ce cas ne pose pas de problème particulier, les résultats restant globalement très élevés.

          

 

Chèvre infectée de manière unilatérale par Staphylococcus aureus : cas 2

                 

Il s'agit d'un autre cas d’infection par un staphylocoque doré. Cette fois, l’infection s’est produite du côté droit, dès le mois de février.

Si l’on regarde les résultats par demi-mamelle, la réponse cellulaire à l’infection apparaît clairement. Par contre, les valeurs obtenues dans le cadre du contrôle laitier sont beaucoup plus variables.

Lorsque le nombre de cellules redescend à 600 000 cellules par ml, la chèvre n’est PAS pour autant GUERIE... Il ne faut oublier ni le décalage de la réponse cellulaire face aux infections ni le fait que le prélèvement du contrôle laitier résulte du mélange des laits des deux demi-mamelles (la saine et l'infectée). Or, les demi-mamelles infectées produisent globalement moins de lait que les saines : cette "dilution" influe sans doute sur le résultats à l'échelle de l'animal.

                        

 

Par souci de faisabilité (notamment automatisation de la prise d'échantillon), ce sont les résultats individuels et non de demi-mamelles qui ont été retenus pour dépister les infections mammaires. Dans le cas présenté ici, l'analyse des laits de demi-mamelles aurait permis un dépistage plus précoce.

Pour l'ensemble de ces motifs, le dépistage des infections ne repose pas sur une seule valeur de comptage cellulaire mais sur un historique.

Les règles de décision sont le fruit d’une analyse statistique des différents cas rencontrés, le principe étant de comptabiliser le nombre de dépassements à un seuil donné. Sur l’exemple présenté, la règle aurait pu être par exemple : 2 dépassements d’un seuil de 2 500 000 cellules par ml (mais ce n’est qu’un exemple).

                    

Chèvre infectée de manière bilatérale par Staphylococcus epidermidis : (staphylocoque coagulase négative)

 

Ce dernier exemple concerne une infection bilatérale dès le début de la lactation, par un staphylocoque coagulase négative : Staphylococcus epidermidis.
Les valeurs de concentrations cellulaires des laits individuels sont systématiquement supérieures à un million de cellules par ml mais peuvent dépasser ponctuellement 2 millions de cellules par ml.

Même si dans le cas présent, on est sur des valeurs a priori plus faibles qu'en cas d'infections par des pathogènes majeurs, il peut arriver pour certaines infections à pathogènes mineurs que les résultats obtenus soient du même ordre que ceux dus à des pathogènes majeurs.

Voir à ce sujet la distribution des concentrations cellulaires.

              

 

 

Les règles d'interprétation des concentrations cellulaires...

 

Ces règles d'interprétation ont été définies après concertation des chercheurs français ayant contribué dans les années 1990-2000 aux travaux sur les relations entre concentrations cellulaires et infections mammaires : INRA Nouzilly, Anses Niort, Institut de l’Élevage.

Les résultats des études conduites par ces équipes étaient cohérents et convergents et ont permis de définir des seuils consensuels.

 

Deux seuils ont été définis.

Ils permettent de repérer différentes catégories de chèvres en fonction du degré d'atteinte (degré d'"inflammation") de leur mamelle.

Sont considérés tous les comptages cellulaires réalisés entre 15 jours après le démarrage de la lactation et 250 jours de lactation.

  • une chèvre est considérée comme saine si au plus un comptage est supérieur ou égal à 750 000 cellules par ml, sur au moins 6 contrôles durant cette période
  • une chèvre est présumée infectée ("présumée" car il ne s'agit que d'une indication sur le statut infectieux et non une certitude...) par un pathogène mineur lorsqu'au moins 2 comptages sont supérieurs ou égaux à 750 000 cellules par ml
  • une chèvre est présumée infectée par un pathogène majeur (il s'agit au sens strict d'une inflammation élevée quelle que soit l'origine de l'infection) lorsqu'au moins 3 comptages sont supérieurs à 2 millions de cellules par ml

       

 

Ces règles de décision permettent en outre d'orienter les décisions des producteurs en termes de gestion des animaux (orientation des traitements au tarissement à partir du seuil de 750 000 cellules par ml et orientation des réformes à partir du seuil de 2 millions de cellules par ml ) même si les critères de concentrations cellulaires doivent être associés à d'autres éléments de décision (ancienneté des infections, existence de signes cliniques, présence d'abcès, indurations, etc.).