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Des mammites cliniques aux symptômes visibles

Publié le par Renée de Crémoux (Institut de l'Elevage)
Les mammites sont dites "cliniques" dès lors que l'on observe des symptômes visibles.

Des symptômes variés, non spécifiques

 

Généralement, on parle de mammite clinique pour désigner les formes aiguës des infections mammaires. Néanmoins, des infections anciennes, chroniques, peuvent également s'accompagner de signes visibles.

                    

Symptômes associés à une infection clinique aiguë :

 

Ils peuvent être :

 
  • fonctionnels :

    Il peut s'agir d'un lait modifié, qui change de couleur, d'odeur et/ou de consistance. Il peut éventuellement y avoir présence de grumeaux, de sang,...

    Une chute inexpliquée de la production peut également être un signe de mammite.

 
 
  • locaux :
    Lorsque la mamelle est chaude, gonflée, œdématiée, rouge ou douloureuse, il y a aussi mammite clinique. Un cas classique de mammite clinique est la mammite gangréneuse... Dans ce dernier cas, la mamelle atteinte, d'abord chaude et sensible prend une teinte violacée puis devient noire et froide.
 
 
  • généraux :
    Des signes généraux peuvent apparaître dans certains cas mais pas systématiquement. Le comportement des chèvres peut être modifié : chèvres agitées lors de la traite, parfois réticentes à se faire traire, chèvres abattues, présentant de la fièvre ou encore un manque d'appétit ...
 

 

 

Conséquences pour le repérage des infections cliniques aiguës
Pour repérer les mammites cliniques, il faut donc observer les chèvres, leur comportement. Si l’état général de la chèvre est altéré, il faut aussitôt vérifier s’il peut s’agir ou non d’une mammite.

La seule manière efficace pour repérer les mammites cliniques est de prélever les premiers jets de lait et de les examiner. Seul un bol à fond noir permet d’observer réellement les modifications de couleur (ou de consistance) du lait

 

 

Symptômes associés à des mammites chroniques :

Mamelle abcédée
Photo R. de Cremoux

Les symptômes associés aux mammites chroniques sont également variés. Ces mammites se caractérisent par une absence de signes généraux.

  

Localement, on peut observer des mamelles déséquilibrées, des signes d'induration, la présence de nodules ou d'abcès.

  

D'un point de vue fonctionnel, le lait peut là encore être modifié avec présence de grumeaux, de pus, ...

 

 

Fréquence et origine des mammites cliniques

 

Incidence [1] des mammites cliniques aiguës :

  

L'incidence est faible et généralement inférieure à 5 %. On parle de cas sporadiques.

Elles surviennent le plus souvent en début de lactation. Par comparaison à ce qu'on observe chez la vache laitière, leur fréquence en début et en fin de période sèche est bien moindre.

 

Plus de 60 % des mammites cliniques sont dues à Staphylococcus aureus (staphylocoque doré, faisant partie des staphylocoques coagulase positive), et plus de 75 % au genre Staphylococcus (regroupant les staphylocoques coagulase positive et coagulase négative).

 

Cinq à 15 % des cas cliniques sont causés par des bactéries gram négatif. [2]

  

Quelques cas particuliers :

 

Les mammites gangréneuses sont majoritairement dues à Staphylococcus aureus

 

 

 

 

Demi-mamelles nécrosées, gangrénées : une forme suraiguë très évocatrice
Photos Service de Pathologie de la reproduction - ENVT
Demi-mamelle restante après que le côté gangréné ait disparu
Photo R. de Cremoux

 Les levures Aspergillus fumigatus occasionnent des mammites hypertrophiantes ou pyogènes.

Les mammites pyocyaniques sont fréquemment associées à Pseudomonas aeruginosa.

Des mammites purulentes, abcédées, fistulisées sont souvent rapportées en cas d'infection par Arcanobacterium pyogenes.

     

 

Cas épi [3] - ou enzootiques [4]

 

Ces cas sont observés de manière exceptionnelle.

Peuvent notamment être en cause : Staphylococcus aureus, Streptocoques (uberis, suis), Pseudomonas aeruginosa, Aspergillus fumigatus, des mycoplasmes,…

Pseudomonas aeruginosa et Aspergillus fumigatus sont des agents infectieux opportunistes. Pseudomonas aeruginosa présente en outre une résistance naturelle à de nombreux antibiotiques.

On peut suspecter leur implication en péri- ou post-partum. Au moment du tarissement, la survenue d'un grand nombre de cas cliniques peut évoquer Pseudomonas aeruginosa.

                 

Bactéries opportunistes : attention à l'hygiène et aux modalités de mise en œuvre de l'antibiothérapie au tarissement

La mise en place d'un traitement intramammaire dans de mauvaises conditions d'hygiène constitue un facteur de risque important pour la survenue de mammites (sur)aiguës ou chroniques imputables à Pseudomonas aeruginosa ou Aspergillus fumigatus.

Dans la plupart des cas, il s'avère en effet que les précautions nécessaires n’ont pas strictement été appliquées : absence de désinfection de l'extrémité des trayons, introduction traumatique de la canule, traitements de glandes mammaires (en partie) obturées, absence d'antisepsie des trayons après traitement, couchage sur une litière contaminée juste après les injections,…

Certains facteurs de risque spécifiques ont été identifiés : multiplication de Pseudomonas aeruginosa dans l’eau de rinçage des faisceaux-trayeurs (risque accru au moment de la rupture de livraison de lait, la machine n’étant plus lavée et désinfectée quotidiennement), litière humide ou fourrage moisi contaminé par Aspergillus fumigatus (avec élimination des refus sur la litière),

Si ces agents pathogènes sont introduits dans la mamelle à l’occasion d’un traitement, la présence d’antibiotiques va favoriser leur développement dans la mesure où elle inhibe la croissance des bactéries classiques.

 

Notes :

[1] L’incidence correspond au nombre de nouveaux cas d’infection observés sur une période et pour une population donnée.

[2] La coloration de Gram permet de distinguer au microscope des bactéries Gram positif qui apparaissent mauves et des bactéries Gram négatif qui apparaissent roses. C’est un critère de classification des bactéries.

[3] Epizootique : qui prend l’allure d’une épidémie frappant les animaux

[4] Enzootique : qui n’atteint que les animaux d’une seule localité ou d’une seule exploitation, soit en permanence, soit à certaines époques