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Le co-design aux Pays-Bas

Voyage d'étude

Publié le par Patrick Sarzeaud (Institut de l'Elevage)
Alimentation - Abreuvement Démarches de différenciation Bien-être Biodiversité et paysage Eau Coûts de production Gestion des effluents Production d'énergie Elevage et Société Evaluation environnementale Equipements d'élevage Qualité des produits laitiers Travail Revenu des éleveurs Bâtiment Economies d'énergie Bovin lait Autre filière Veau de boucherie
Le CoDesign… ou comment réunir les bonnes personnes aux bons endroits. Deux maitres-mots : - Etre focalisé « action », en visant des objectifs innovants – mais réalisables (et sans s’interdire d’expérimenter) - Négocier avec tous les acteurs qui comptent pour construire un futur partagé (dans une logique de partenariat public/privé, respectueux de la législation en vigueur)

« Reflexive Interactive Design » in agriculture : l’expérience du WUR

Le projet « Agricultural Knowledge, Technology and Innovation (AKIS) » de WUR s’emploie à développer la co-innovation

Laurens Klerkx, membre de ce groupe de R&D, explique, à travers un rapide historique, l’ampleur du changement qui s’est opéré depuis la fin des années 90 et présente les perspectives actuelles de leur travail.

En Hollande … point trop n’en faut des questions agro-écologiques. En revanche, les Pays-Bas se concentrent sur les questions

  1. des attentes consommateurs pour une alimentation durable et saine
  2. des systèmes de production « climato-neutres » (incluant les questions de bien-être animal)
  3. des chaînes de productions saines (nutrition et sanitaire)
  4. d’économie circulaire
  5. d’agriculture de précision / numérique.

Une crise profonde a touché le secteur agricole à la fin des années 90, avec, comme résultante, une plutôt mauvaise réputation pour celui-ci. Effet « kiss-cool » d’une dynamique politique « à la Thatcher », le dispositif de la R&D traditionnel s’était retrouvé fortement bousculé. Poussée jusqu’à un point quasi critique et irréversible il y a 15 ans, la logique de libéralisation et de transfert au privé a été progressivement réajustée. Aujourd’hui, la part du financement strictement privé en direct s’est stabilisée et l’état collecte et redistribue une partie de fonds privés.

 

Pour rebondir et se ressourcer, le fondamental, l'appliqué et le conseil se sont regroupés. Aujourd’hui, tous les grands projets sont systématiquement financés par des ressources conjointes public et privé, avec beaucoup plus d'écoute clients et de "demande driving" ; ainsi qu’un souci de l’impact affirmé et largement communiqué. La notion de durabilité est au centre des préoccupations. Elle est déclinée en 15 ambitions allant de la gestion de la ressource en eau au travail, en passant par le bien-être animal, la biodiversité ou la santé.

 

Smart farming & self organization farming sont donc depuis longtemps au centre de la R&D. Chercheurs et conseillers sont sollicités à la demande (ou pas) pour un rôle de contributeur techniques et/ou de facilitateur. Exemples : le réseau d’éleveurs « B2B » : « Dairy Farming Academy » (ici) ou plusieurs réseaux techniques (ici et ici – techniques de conduite d’élevage ; ici - mammites). Le dispositif s’appuie beaucoup sur des expérimentales reconverties en fermes de démonstration, les « dairy campus » et autres « centres d’innovation » (un exemple ici).

 

 

La RIO « Reflexive Interactive Design » appliquée en agriculture … Une méthode signée WUR

Ne négligez pas le rôle fondamental du facilitateur !

Bram Bos

Développant une méthode systémique relativement nouvelle, RIO s’appuie sur 3 fondements :

Réflexion, Interaction et Conception structurée

Retrouvez la méthodologie dans le document de présentation complet (en néerlandais)

 

  • Première étape : réunir tous les acteurs du groupe de réflexion dans un séminaire court et très finalisé vers des solutions opérationnelles.

L’idée est « d’enfermer » pendant 3 jours entiers des gens très divers … mais qui ont tous en commun l’envie de faire différemment et de faire changer ! Le but est d’identifier des objets, des fonctions, des solutions, des acteurs, etc. Le rôle du facilitateur est fondamental et il ne faut pas hésiter à y aller aussi « au feeling ». l’idée est d’être créatif et réaliste.

C’est une première phase de sélection d’ébauches de « solutions cohérentes »

 

Deuxième étape : approfondir les ébauches cohérentes de la première étape et élaborer des réalisations concrètes, mises en formes et « markétées » en direct.  

 

Cette phase de co-construction est plus intensive et aussi plus longue puisqu’elle se déroule habituellement sur 7 jours. Elle doit avoir lieu quelques mois après la première phase et repartir des conclusions de celle-ci. Elle est pilotée par des chercheurs qui peuvent apporter des éléments de faisabilité technique. A la fin du séminaire, le groupe doit avoir produit une véritable brochure illustrée de la solution promue !

 

 

 

Troisième étape : créer un consortium effectivement capable de réaliser les solutions

Cette phase nécessite d’impliquer des acteurs variés avec généralement un « appel d'offre » pour mettre en concurrence les maître d’ouvrages.

Cette étape permet également de prendre du recul et d’intégrer l'évolution des questions posées au départ.

L’objectif est d’aboutir à une réalisation innovante et économiquement performante : nouveau bâtiment, etc.

 

 

 

Quatrième étape : ancrer l’innovation … et coopter des « followers »

C’est là que ça devient réellement compliqué, comme l’explique Boelie Elzen (ici pour en savoir plus), expert au département « Livestock & Environment » du WUR (spécialiste « Agricultural systems, Animal production systems, Innovation adoption, Sustainability, Innovation sciences »)

 

Passer à l’étape d’adoption et d’ancrage terrain – avant de passer à celle de la diffusion à grande échelle - peut ressembler à « la quadrature du cercle ». Leurs expériences réussies de co-design, ayant abouties à la réalisation effective de solution – par exemple d’un nouveau concept de bâtiment pour les poules – n’arrivent pourtant pas à se développer autant qu’espéré. Et ce, malgré une communication intensive, pragmatique et factuelle sur les avantages de ces solutions innovantes.

Les spécialistes de la méthode RIO, avec le recul de plusieurs essais et « succes story » pensent intégrer maintenant cette phase d’impact beaucoup plus en amont - dès le début du projet - en fil rouge et en parallèle des trois phases initiales de co-design.

 

Cinquième et dernière étape : démultiplier l’innovation sur le terrain

Cette phase de dissémination, de développement à grande échelle (« industrialisation ») est de loin la plus incertaine dans les expériences menées à terme à ce jour.

L’enjeu est d’arriver à attirer suffisamment de « pionniers », capables d’entraîner avec eux un plus grand nombre d’éleveurs prêt à suivre le mouvement.

… affaire à suivre !