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Jacinthe, Java ou Jonquille... plus de la moitié des vaches ont un nom

Les bases de données nous parlent des vaches

Publié le par Pascale Le Mezec (Institut de l'Elevage)
Bien-être Elevage et Société Identification / RFID Performances et phénotypes Choix des reproducteurs Bovin lait Bovin viande
54% des vaches actives en France ont reçu un nom dès la naissance, signe que même dans des troupeaux dont la taille ne cesse de croître, les éleveurs identifient individuellement leurs animaux. Les vaches ne sont pas que des numéros... Est-ce que les noms qu'ils leur attribuent ont un sens ? Les choix les plus fréquents nous disent qu'au palmarès actuel des noms de vaches, les fleurs sont reines...

 

Un réseau puissant de collecte et d'échanges de données sur les animaux d'élevage

 

Les événements de la vie des bovins, naissances et vêlages, mouvements d'entrée et de sortie, sont enregistrés par les éleveurs depuis leur ferme et transmis via leur Etablissement local de l'Elevage (EdE) à l'échelle nationale. Des organismes techniques comme les entreprises de contrôle de performances (ECEL), les entreprises de mis en place (EMP) déclarent aussi des événements tels que les contrôles de production laitière, les pesées des veaux, les inséminations. Toutes ces données enregistrées sont centralisées dans les bases de données nationales, la BDNI = base nationale d'identification des animaux, ou le SNIG = système national d'information génétique. La grande force de ce réseau de bases de données est son exhaustivité qui garantit la traçabilité individuelle des ruminants.

Lorsqu'on analyse les données ainsi enregistrées au plan national, on apprend beaucoup de choses sur nos animaux d'élevage, et on peut préciser des aspects de la conduite adoptée par les éleveurs pour travailler avec leurs troupeaux. Parmi les outils qui s'appuient sur ces bases de données, l'observatoire Reproscope, qui décrit chaque année les performances de reproduction des bovins, donne aussi une image des élevages et de leur conduite selon la race, la région...

 

En 2017-2018, 7 millions de vaches sont élevées dans 128 000 troupeaux :

vaches laitières

3382746

vêlages

33%

primipares

55814

troupeaux de plus de 10 vaches vêlées

60

vaches vêlées par troupeau

vaches allaitantes

3722751 

22% 

72874

49

   2017-2018

 

Lorsque l'éleveur participe à ce dispositif en déclarant une naissance, il fait correspondre à son numéro d'identification unique les informations sur le sexe du veau, sa date de naissance, sa race, sa mère et son père, le troupeau, souvent aussi les conditions de la naissance (facile ou avec aide, voire césarienne, si c'est un jumeau) et parfois le poids du veau nouveau-né.

Et il a la possibilité, sans être obligé, d'attribuer à ce veau un nom ou une identification interne de son choix. Nous sommes allés voir si les vaches actives, qui ont donné naissance à un veau en 2017-2018, reçoivent toujours des noms, au moment où, avec l'agrandissement des troupeaux, la relation individuelle à l'animal se dilue.

 

Les trois-quarts des vaches laitières ont reçu un nom à leur naissance

 

Dans les troupeaux laitiers, où l'activité de la traite, même avec un robot, amène l'éleveur à côtoyer tous les jours ses animaux, 75% des vaches ont un nom. Dans les troupeaux allaitants, où la conduite des vêlages est plus groupée, où la période de pâturage demande moins de suivi individuel quotidien, 35% des vaches ont un nom.

 

Comment les éleveurs considèrent-ils leurs vaches ? Est-ce que les noms qu'ils leur attribuent ont un sens ? Les choix les plus fréquents nous disent qu'au palmarès des noms de vaches, les fleurs sont reines...

 

vaches laitières vaches allaitantes
1

JAVA

JAVA

2

JACINTHE

JONQUILLE

3

JONQUILLE

JACINTHE

4

JOLIE

IMAGE

5

IMAGE

JOLIE

6

IDOLE

IDOLE

7

JOYEUSE

JASMINE

8

LAVANDE

JADE

9

JASMINE

JOYEUSE

10

IDEALE

HIRONDELLE

 

Chacun de ces noms a été attribué plus de 10 000 fois pour les vaches laitières et 5 000 fois pour les vaches allaitantes. Il est recommandé d'attribuer les noms avec une première lettre qui correspond à l'année de la naissance, pour faciliter les repérages. En 2017-2018, les vaches actives les plus nombreuses sont les plus jeunes et ont entre 2 et 4 ans pour les laitières, entre 3 et 5 ans pour les allaitantes. Voilà pourquoi les noms en J (naissance en 2014) dominent.

A côté ces noms les plus populaires, une grande diversité de patronymes fleurit dans des registres variés allant

de la géographie ... JORDANIE et IRLANDE

à la poésie  ... ETOILE et LICORNE

en passant par l'humour ... JEEP ou LAMBADA

avec des thèmes attribués par famille ... PRESQUE et PAREILLE sont les deux petites jumelles d'IDENTIK

des noms en langue régionale ... HANTERNOZ ou BELTXA

et des prénoms du calendrier.

Les éleveurs ne manquent pas d'imagination, et le sens des noms est presque toujours positif et plaisant.

 

Que traduit le fait qu'on continue d'attribuer des noms (plutôt fleuris) aux vaches ? Faute d'avoir interrogé les éleveurs sur cette habitude, on avance quelques hypothèses :

  • certains éleveurs aiment travailler avec les animaux et leur sont attachés tout au long de leur période d'élevage ; le choix d'un nom est la première marque de l'attention qu'ils leur portent ;
  • d'autres éprouvent de l'attente vis-à-vis de la future carrière des femelles dans le troupeau, et manifestent leur intérêt en les nommant individuellement ;
  • pour d'autres encore, il est de tradition de nommer les vaches, et c'est une commodité de les repérer par un nom évocateur plutôt que par un numéro moins facile à retenir.
  • ...


Certes, les éleveurs qui n'attribuent pas de nom lors de l'identification des veaux peuvent aussi porter de l'attention aux individus de leur troupeaux. Mais la persistance de cette pratique majoritaire qui consiste à donner un nom aux petites femelles d'élevage à la naissance fait partie des signes montrant que les éleveurs prennent soin de la relation avec leurs animaux.