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Caractérisation des systèmes d'alimentation dans les élevages équins camargue à composante pastorale

Mémoire de fin d'études d'Aude Geiger

Publié le par Fabienne Launay (Institut de l'Elevage)
Alimentation - Abreuvement Pastoralisme Gestion du pâturage Cultures fourragères Equin
Un projet associant SupAgro Montpellier, L’Institut de l’Elevage, l’IFCE, le Conseil des Equidés et l’OIER-SUAMME a été lancé en 2011. Il vise à produire des données et références permettant de caractériser l’utilisation des parcours par les élevages professionnels d’équidés en Languedoc-Roussillon. Le premier volet de ce projet consiste à définir la place du pâturage dans les systèmes d’alimentation à composante pastorale des élevages Camargue et Endurance. Dans son mémoire de fin d’études, Aude Geiger réalise un premier état des lieux et définit les principales caractéristiques pastorales des élevages de chevaux Camargue en Languedoc-Roussillon.

Les exploitations équines sont aujourd'hui en plein développement. Afin d'améliorer leur appui technique, la création de référentiels technico-économiques est indispensable. Si le comportement alimentaire des équins et l'impact écologique de leur pâturage ont fait l'objet de nombreux travaux de recherche, des éléments précis sur la conduite du système d'alimentation au pâturage et sur parcours manquent.

En Languedoc-Roussillon, région particulièrement pastorale et dynamique sur le plan de la filière équine, un projet visant à caractériser l'utilisation des parcours par ces élevages a été lancé. À terme, il fournira des références techniques et un outil de simulation du pâturage adapté aux élevages équins. Premier volet de ce projet, ce mémoire décrit finement les pratiques de conduite des chevaux sur parcours dans les élevages Camargue, et les sécurités mises en oeuvre par les éleveurs.

Des enquêtes de fonctionnement ont été réalisées dans treize élevages Camargue de l'Hérault et du Gard. Elles portaient sur la composition du cheptel, la nature et le profil de pousse des ressources, l'utilisation que l'éleveur en fait, et les stratégies mises en oeuvre pour sécuriser le système d'alimentation. Ces enquêtes ont abouti à la réalisation de fiches-exploitations et d'une base de données qualitatives et quantitatives, reprenant l'ensemble des informations concernant l'exploitation, le cheptel, les ressources, et le système d'alimentation de tous les élevages.

Une analyse visuelle basée sur les taux de pâturage à l'échelle de l'exploitation a permis de construire trois groupes d'élevages. Le premier groupe s'appuie fortement sur les parcours, pour l'ensemble du cheptel équin. C'est un système très sécurisé, présentant peu de périodes critique sur la campagne. Le deuxième groupe a davantage recours à la surface fourragère principale, les parcours étant alloués seulement aux jeunes et aux poulinières. Différemment sécurisé, il est soumis à des risques, principalement en période estivale. Lorsque les surfaces ne sont pas engagées dans les mesures agri-environnementales, les parcours sont utilisés dans ces deux groupes en pâturage libre, sur de très longues périodes, et avec des chargements instantanés très faibles. Le troisième groupe ne s'appuie pas sur les parcours. Il mobilise uniquement les prairies, en ayant recours à un pâturage tournant minutieux. Il présente également des périodes critiques en été.

Une analyse des corrélations entre les variables du système d'alimentation et les variables de structure a permis de montrer que la part du parcours dans le système d'alimentation pouvait être résumée par trois lots : les poulinières, les jeunes mâles et les jeunes femelles. Sur parcours, les jeunes mâles sont conduits différemment des jeunes femelles, alors que la conduite des femelles suitées et en gestation est identique. En revanche, aucune corrélation forte n'est apparue entre la structure des exploitations et le fonctionnement de leur système d'alimentation. Les éleveurs n'adapteraient pas le nombre de chevaux à la taille de surfaces dont ils disposent, mais ils construiraient plutôt leur système d'alimentation en fonction d'un cheptel souhaité, quitte à acheter du foin.

Cette étude apporte des premières connaissances sur un thème peu abordé dans la littérature scientifique, et soulève de nouvelles questions écologiques et zootechniques, tant pour la recherche que pour l'élevage Camargue.

 

During the last decades many equine farms have been created. To inform and assist breeders, technical and economical references are essential. Grazing behavior of horses, and its positive impact on rangeland and biodiversity are already well known. However there is very little information about grazing systems at farm level.
A research-developement project is being developed in Languedoc-Roussillon, a region that has a dynamic equine network, and where pastoralism is deeply set in. The aim of the project is to characterize how rangelands are used by equine farmers, in order to create references and simulation tools adapted to horse grazing. The work which I undertook, makes the first part of this project. It focuses on grazing and feeding practices implemented by Camargue farmers.
The feeding and grazing systems of thirteen Camargue farms were surveyed extensively, applying the “functional analysis” described by Moulin (2002). Information was collected about herd composition, type of resources and grass growth, and how these resources were used to feed the herd, with a special attention to the strategies implemented to secure the feeding system. Based on data collected during the surveys, one descriptive document per farm and a database gathering both qualitative and quantitative information of all farms were produced. The detailed description was used to gain a general view of farm functioning and to interpret the results obtained with the database. The latter was used to create groups of farms based on their feeding and grazing practices.
With a visual analysis based on grazing importance at farm level, we separated three groups of farms. The first group strongly relies on rangeland and on grazing for all categories of horses. It is very secured and seldom experiences critical periods. The second group relies on both rangeland and grassland, and allows only mares and young animals to graze on rangeland. It is differently secured from the former group, and is more sensitive to summer drought. When resources are not under agrienvironmental measures, both systems use rangeland with free grazing, applying a low stocking density. The third group does not use rangeland, but only grasslands with a rotational grazing. It is also sensitive to summer drought.
Correlation analysis were performed for variables describing the feeding system and farm structure. Results suggest that the importance of rangelands in the feeding system can be summarized by considering three animal categories : mares, young males and young females. The last two categories are managed differently on pasture, contrary to lactating and pregnant mares. We also showed that breeders do not adapt their flock size to the amount and type of forage resources. They rather choose their feeding system as a function of the flock size they wish, even if it means buying hay. The dominant type of rangeland on the farm does not seem to impact the feeding system.
This study brings insights into a new subject. It points out differences between equine and ruminants systems. It also raises new research questions involving ecology and zootechny .